RÉACTIONS PSYCHO-ÉMOTIONNELLES
sympathie ou de répulsion, d’affection ou de haine, de désir ou de crainte pour un objet quelconque, c’est-à-dire à peu près toutes les émotions morales et la plupart des actes d’idéation. Or, personne ne peut douter qu’il n’existe dans l’encéphale des organes de réception et d’élaboration psychiques, et que ces organes ne soient reliés aux autres éléments encéphaliques par des voies de conduction qui assurent les rapports physiologiques et maintiennent l’harmonie des synergies fonctionnelles entre les différentes parties des centres nerveux. 11 n’est pas possible d’affirmer aujourd’hui que les éléments spécialement affectés aux fonctions psychiques sont groupés dans un ou plusieurs centres anatomiquement distincts; il est. même probable qu’ils ne sont pas localisés dans une région étroite de l’encépale; mais, au point de vue de la physiologie générale, c’est là un détail sans importance, car un organe est différencié par sa fonction et non par sa forme. Sous cette réserve, nous pouvons considérer comme parfaitement exact le point de départ de la théorie de Briquet, et nous devons admettre qu’il existe dans l’encéphale des organes ou tout au moins des associations d’éléments anatomiques spécialement affectés à l’élaboration des phénomènes psychiques.
2° L' excitation des centres encéphaliques des passions affectives donne-t-elle lieu à des réactions spéciales ? Certainement oui, et les preuves qui le démontrent sont si nombreuses et si connues qu’il est à peine besoin de les rappeler. L’homme qui apprend tout à coup une mauvaise nouvelle, le soldat qui arrive sur le champ de bataille, l’amant qui attend sa maîtresse, l’acteur qui entre en scène, le concurrent qui se présente devant ses juges, la femme sensible qui assiste à un accident imprévu, l’enfant qui pâlit à l’idée de l’ogre, le voyageur qui traverse la nuit un forêt, etc., ne sont point dans leur état normal. Ils ne souffrent pas au sens physiologique du mot, car leurs organes sensitifs ne sont ébranlés par aucune impression violente, mais ils sont émus. Or, Yétat d’émotion est précisément le résultat spécial de l’excitation des organes encéphaliques des passions affectives. 11 varie dans ses manifestations avec l’impressionnabilité du sujet et aussi avec la nature et le degré de l’excitation psychique qui l’a provoqué. Ses symptômes sont complexes. Dans certains cas, l’émotion prend à la gorge, coupe la respiration, serre le cœur, arrête la digestion, rend tout tremblant, enlève les idées, paralyse les mou-
vements et déprime toutes les fonctions; dans d’autres, elle excite l’activité, décuple les forces, élève le cœur, stimule le courage, et d’un poltron fait un héros. Les diverses expressions, consacrées par l’usage, correspondent à des états psycho- physiologiques que nous connaissons tous pour en avoir ressenti les effets dans maintes circonstances.
Quant au mécanisme en vertu duquel des excitations purement psychiques arrivent à retentir sur les grandes fonctions organiques (respiration, circulation, digestion) et à stimuler ou à déprimer l’activité des centres moteurs et sensitifs, il est facile à concevoir si l’on tient compte de la loi qui préside à la diffusion des excitations dans les éléments cellulaires du système nerveux et qui peut être formulée dans les termes suivants : V irritation fonctionnelle d'une cellule nerveuse ne reste jamais limitée à la cellule directement irritée ; elle se transmet de proche en proche aux cellules voisines, de telle sorte que la mise en activité d'une seule cellule nerveuse modifie V excitabilité de tous les centres nerveux.
Les preuves sur lesquelles repose la démonstration de cette loi sont très nombreuses. Vous savez qu’il est impossible de contracter énergiquement un seul muscle ou un seul membre sans contracter aussi, dans une certaine mesure, les muscles voisins ou les membres du côté opposé. Pourquoi? Parce que l’excitation initiale, ne restant pas limitée aux cellules nerveuses directement sollicitées à l’activité, s’étend aux cellules voisines et les met en état d’irritation fonctionnelle. De même, l’attente d’une sensation rend la perception de cette sensation plus rapide et plus nette, parce que l’excitation des centres psychiques de l’attention réagit sur les centres sensitifs et modifie leur excitabilité.
MM. Bubnoff et Heidenhain ont fait une curieuse expérience qui démontre très nettement, ce me semble, l’action stimulante de l’excitation des centres sensitifs sur l’excitabilité des centres moteurs. Sur le gyrus sigmoïde d’un chien morphinisé, ces deux physiologistes déterminent, par tâtonnement, l’intensité rninima du courant faradique susceptible de provoquer des contractions musculaires dans l’un des groupes musculaires du côté opposé. Avec un courant de moindre intensité, il ne se produit aucune réaction motrice. Toutefois ce courant, inefficace dans les conditions habituelles, déterminera des contractions musculaires très fortes si, avant de l’appliquer sur les circonvolutions, on effleure la peau