OPINION DE BRIQUET
faible degré, la symptomatologie des attaques hystériques. Ces attaques ne seraient donc que l’exagération morbide d’une série de phénomènes normaux dépendant d'un certain mode d’excitation de l’encéphale, et les hystériques ne différeraient, en dernière analyse, des sujets sains que par l’excitabilité plus grande de leurs centres affectifs encéphaliques.
.le vous demande la permission de vous citer tout au long l’argumentation de Briquet, car c’est, à mon avis, un des passages les plus remarquables de son livre :
«Je suppose, dit-il, une femme impressionnable qui éprouve une émotion morale; à l’instant même, elle est prise d’un malaise et d’un sentiment douloureux de compression à la région épigastrique; la respiration se gêne et se trouble; il survient soit de l’anhélation, soit de l’oppression; des palpitations de cœur s’y joignent; la gorge se serre et la strangulation se manifeste.
» Si l’émotion a été fort vive, il se produit des vertiges, des troubles dans la tète, quelque peu d’embarras dans les idées, eL la tendance à la perte de connaissance, qui est imminente, peut aller jusqu’à faire chanceler et à forcer de recourir à un appui pour prévenir la chute.
» Si, enfin, l’émotion a été très forte, les membres supérieurs deviennent le siège d’une sensation d’agacement, et de fourmillement qui ne permet pas de les laisser un instant en repos; le besoin de les agiter, de les tordre se fait sentir; en même temps, les membres inférieurs éprouvent un tremblement convulsif tel que la station sur les jambes devient impossible et la perte de connaissance finit par avoir lieu. Au bout de quelques instants de ces malaises, arrivent les soupirs, les sanglots et les pleurs qui viennent terminer la scène; après quoi, tout rentre dans l’ordre, et il ne reste plus qu’un peu de céphalalgie et une courbature générale.
» Tels sont les traits principaux par lesquels se manifeste la réaction de la portion de l’encéphale où siègent les impressions affectives; il ne s’agit plus que de comparer ce tableau avec celui d’une attaque d’hystérie...
» Or, les phénomènes fondamentaux (de l’attaque hystérique) sont dans l’ordre suivant : malaise et sensation d’oppression et de constriction à l’épigastre, gêne de la respiration avec anhélation ou oppression, sensation de globe montant de l’épigastre à la gorge, palpitations, strangulation, perte de connaissance, agitation plus ou moins convulsive des membres et, à la fin, soupirs, sanglots et pleurs, puis céphalagie et courbature pendant vingt-quatre heures... Une attaque d’hystérie simple ne saurait donc être que la répétition exacte des troubles par lesquels se manifestent les impressions morales vives ou pénibles. On comprendra facilement que plus les sujets qui éprouvent ces impressions sont excitables, que plus ils sont hystériques, plus les phénomènes qui se produiront auront de violence et seront nombreux. Une hystérique est un sujet chez lequel ces manifestations se font avec facilité et comprennent dans leur champ un
nombre d’organes d’autant plus étendus qu’il s’en trouve qui, par leur susceptibilité propre, par leur habitude d’être mis en mouvement, sont prédisposés à entrer dans ces manifestations...
» En résumé, une attaque d’hystérie n’est rien autre chose que la réaction de la portion d’encéphale à laquelle aboutissent les impressions affectives, laquelle se traduit à l’extérieur par les actes exagérés ou pervertis à l’aide desquels ces impressions se manifestent habituellement au dehors.
» Quant au mécanisme de la production de l’attaque, il est souvent fort simple. Une excitation émanée d’un point quelconque de l’économie et transmise par des fibres nerveuses à l’encéphale, se réfléchit par l’entremise de ce centre nerveux sur des fibres motrices, pour donner lieu à des mouvements qui se manifestent dans les muscles de la vie animale et dans ceux de la vie organique... Sous l’influence de l’excitation des fibres nerveuses de l’encéphale, il se produit rapidement dans cet organe une congestion à laquelle il faut rapporter la chute subite et la perte de connaissance. Cette congestion est encore augmentée par les efforts de respiration et par les violents mouvements qu’exécutent les malades. En même temps le trouble des mouvements des muscles de la poitrine altère la respiration et y détermine la production d’un certain degré d’asphyxie, etc. »
J’ai tenu, Messieurs, à citer textuellement les opinions de Briquet, parce que je crois qu’elles renferment une grande part de vérité et qu’avec quelques modifications de détails elles doivent être considérées encore aujourd’hui comme l’expression la plus heureuse et probablement aussi la plus exacte de la formule pathogénique des attaques convulsives de l’hystérie. Nous allons d’ailleurs en analyser les différents termes.
L’attaque hystérique peut-elle être expliquée, ainsi que le dit Briquet, par la réaction exagérée des centres encéphaliques des passions affectives? Pour résoudre la question, il convient de la diviser. Elle comporte en effet trois parties distinctes: 1° Existe-t-il des centres encéphaliques des passions affectives? 2° Si ces centres existent, leur excitation donne-t-elle lieu à des réactions spéciales? 3° Si ces réactions sont réelles, leur exagération peut-elle rendre compte des phénomènes complexes des attaques hystériques?
1° Existe-t-il des centres encéphaliques des passions affectives? Sous ce nom de passions affectives, il faut comprendre tous les phénomènes psychiques impliquant un sentiment de