RÉACTIONS PSYCHO-ÉMOTIONNELLES
qui recouvre les muscles actionnés par le centre cortical excité. L’hyperexcitabilité artificiellement provoquée par ce procédé ne persiste que quelques secondes, mais on peut la reproduire plusieurs fois de suite \
Si, au contraire, ainsi que cela résulte des recherches que j'ai faites sur ce sujet avec le concours de mon excellent ami M. François-Franck, on pince énergiquement la peau de l’animal, l’excitabilité des centres moteurs est diminuée, et le courant minimum, efficace avant la production de la douleur, devient inefficace après 2.
11 est bien difficile d’expliquer ces faits autrement que par une diffusion sur les centres moteurs des excitations transmises aux centres sensitifs ou plutôt par une modification dynamique des cellules motrices, résultant de l’irritation fonctionnelle des cellules sensitives.
Les excitations psychiques sont soumises aux mêmes lois. Elles ne restent pas limitées à leur point d’origine. Les changements moléculaires qui correspondent à l’activité des éléments cellulaires ébranlés par les passions affectives rayonnent dans tous les sens, stimulent ou dépriment l’excitabilité des éléments voisins, retentissent sur les centres moteurs et sensitifs, sur les noyaux d’origine des nerfs viscéraux, et finalement déterminent Y état d’émotion, c’est-à-dire l’état psycho-physiologique qui est l’expression spéciale de la réaction des centres nerveux aux excitations psychiques.
3° L’ exagération des réactions spéciales succédant à l’excitation des centres des passions affectives peut-elle rendre compte de la production des attaques hystériques ? Nous voici arrivés au point culminant de notre étude. Remarquez bien que nous n'avons pas à nous demander maintenant si les émotions morales sont capables de provoquer des attaques d’hystérie. C’est là une question jugée dans le sens de l’affirmative par l’observation clinique, et il ne faut pas songer à faire appel de cette sentence, car aucune démonstration théorique ne saurait prévaloir contre les faits. Mais, étant admis qu'il existe des rapports de causalité entre les émotions morales et les attaques hystériques, nous avons à rechercher par quel mécanisme physiologique l’attaque-effet
1 Bubnolï et Heidenhain, Ueber Erregungs uncl Hemmungs-vorgange innerhalb der motorischen Hirncentren ( P/lüger’s Arcliiv für gesammelte Physiologie Bd XXVI).
i François-Franck et À. Pitres, Recherches expénmenlales cl critiques sur l’excitabilité des hémisphères cérébraux ( Archives de physiologie, '1883, 3e série, 1. V).
succède à l’émotion-cause, afin de savoir, en définitive, si les plie-
rr.ènes complexes des attaques peuvent, oui ou non, s’expliquer par l’hypothèse d’une exagération des réactions d’origine psychoémotionnelle.
Si l’attaque d’hystérie se bornait à ses phases initiales, si elle se composait exclusivement des symptômes de la période præconvulsive : idées tristes, recherche de la solitude, suffocation, strangulation, sanglots, palpitations de cœur, langueur d’estomac, lipothymies, sensations douloureuses dans les membres, pandiculations, hoquet, besoin d’activité physique, secousses musculaires et autres, il y aurait une telle analogie entre ses caractères cliniques et ceux de l’état dans lequel se trouvent souvent les personnes frappées d’une émotion violente, que tout le monde conclurait de la comparaison des deux séries de phénomènes à l’identité de leur nature intime. Mais les symptômes communs que nous venons de rappeler sont suivis, dans les attaques hystériques, d’une période convulsive plus ou moins violente, commençant en général par des convulsions toniques épileptoïdes et se continuant sous la forme de mouvements désordonnés. Quelle est la raison d’être de ces convulsions, et comment se rattachent-elles aux manifestations initiales de l’attaque? On peut, si je ne me trompe, l’expliquer assez facilement.
Nous avons été conduits à admettre précédemment qu’il existe des organes centraux spécialement affectés aux fonctions psychiques, que l’excitation de ces organes se propage dans l’encéphale et modifie l’excitabilité des autres centres fonctionnels, que les réactions provoquées par la diffusion de leur excitation sont la condition psycho-physiologique de l’état d’émotion, et, enfin, que les phénomènes observés pendant la phase initiale des attaques sont identiquement semblables à ceux qui caractérisent l’état d’émotion. Nous pouvons dès lors supposer que la condition organique des deux phénomènes est la même, c’est-à-dire qu’ils dépendent tous les deux d’une même modification de l’excitabilité encéphalique, provenant d’une seule et même cause: la diffusion d’excitations primitivement localisées dans les centres psychiques. S’il en est ainsi, les cellules des régions motrices du cerveau doivent être influencées comme toutes les autres, et nous en arrivons alors à nous demander si la période convulsive des attaques hystériques n’est pas tout simplement la réaction motrice naturelle résultant de l’irritation fonctionnelle des centres moteurs corticaux,