RÉACTIONS MOTRICES D'ORIGINE CORTICALE
irritation résultant de la diffusion des excitations provenant des centres psychiques.
A priori, vous le voyez, l’hypothèse n’a rien d’invraisemblable. Peut-être n'est-elle pas vraie; mais, dans tous les cas, elle mérite de fixer l’attention. Étudions- la donc sans parti pris, en profitant des travaux qui ont été publiés dans ces derniers temps sur les effets des excitations expérimentales de l’écorce du cerveau.
Quand, après avoir mis à nu les circonvolutions motrices du cerveau d’un chien ou cl’un singe, on lance dans ces circonvolutions des excitations électriques, on peut provoquer deux sortes de réactions motrices : 1° des mouvements simples succédant immédiatement aux excitations et cessant brusquement avec elles; 2° des mouvements convulsifs susceptibles de se prolonger après la cessation des excitations provocatrices sous la forme d’accès d’ épilepsie partielle ou jacksonienne.
Les mouvements simples se produisent surtout après les excitations brèves, peu nombreuses et d’intensité modérée. Ils sont en rapport direct avec l’excitation qui leur a donné naissance : une secousse électrique donne lieu à une contraction musculaire; deux secousses déterminent deux contractions, etc. Ils restent limités aux groupes musculaires dont les centres sont excités; pour qu’ils s’étendent à d’autres muscles, il faut que l’expérimentateur change l’écartement ou le point d’application des électrodes. Ils impriment en général aux membres de l’animal des déplacements étendus de flexion, d’extension, de rotation, etc., analogues à ceux qui se produisent dans ces mêmes membres sous l’influence de la volonté, à tel point qu’il est possible, après quelques tâtonnements préliminaires et en limitant exactement les champs d’excitation, de faire exécuter aux animaux en expérience des mouvements précis, systématisés, de leur faire élever telle patte, étendre telle autre, etc., ainsi que l’a montré M. Ferrier dans ses conférences publiques.
Les mouvements convulsifs sont bien différents. Ils surviennent de préférence après les excitations prolongées, fréquemment répétées ou très intenses d’emblée. Développés à la suite de ces excitations, ils deviennent, dès l’instant où ils ont débuté, indé-
pendants de la cause qui les a provoqués, c’est-à-dire qu’ils continuent leur évolution quoique le courant excitateur ne passe plus dans le cerveau. En outre, ils ne restent pas nécessairement limités, comme les mouvements simples, aux muscles correspondant aux centres primitivement excités. Après avoir pris naissance dans un membre ou dans un groupe musculaire isolé, ils peuvent s’étendre de proche en proche aux muscles voisins, gagner les quatre membres et se généraliser à tout le corps. Enfin, leurs caractères myographiques les différencient nettement des mouvements simples : ils débutent par une rigidité tétanique des muscles atteints, suivie de secousses brèves, serrées, rapides, devenant ultérieurement et graduellement plus amples et moins rapides.
Le mécanisme de ces accès convulsifs est plus complexe qu’il ne le semble au premier abord. Par le fait même qu’ils succèdent aux excitations intenses ou prolongées de l’écorce, on est naturellement porté à penser qu’ils sont l’expression la plus violente des réactions motrices de l’écorce elle- même. Mais cette explication est insuffisante, car si on enlève vivement d’un coup de couteau, les circonvolutions motrices du cerveau dans le cours d’un accès épileptoïde, l’accès n’en continue pas moins son cours. 11 est plus probable, ainsi que nous l’avons soutenu, M. François- Franck et moi, dans plusieurs publications, que l’accès épileptoïde est le résultat d’une excitation secondaire des centres moteurs de la protubérance et du bulbe, lesquels, après avoir été actionnés par la transmission des excitations venues de l’écorce, interviennent pour leur propre compte et sont, en somme, les véritables organes centraux des convulsions épileptoïdes1.
Mais ne nous arrêtons pas à ce détail. 11 nous suffit de savoir pour le moment que l’excitation expérimentale des régions motrices du cerveau peut être suivie, tantôt de grands mouvements cloniques ayant les apparences extérieures des mouvements intentionnels, tantôt de mouvements convulsifs toniques à type épileptoïde, pour que nous soyons autorisés à rapporter à l’excitation pathologique des mêmes régions du cerveau les mouvements désordonnés des membres qui se produisent dans le cours des attaques hystériques et les secousses épileptoïdes qui surviennent habituellement au début de ces attaques.
1 François -Franck ot A. Pitres, Recherches expérimentales et critiques sur les convulsions épileptiformes d'origine corticale ( Archives de physiologie normale et pathologique, 1880, 3e série, t. Il),