SÉRIATION DES PHÉNOMÈNES
de l’encéphale, aux loyers d’origine des nerfs sensitifs, et déterminer ainsi une hémianesthésie complète sans paralysie du mouvement? Si la supposition d’un trouble circulatoire dans les centres nerveux rencontre de telles difficultés lorsqu’il s’agit d’expliquer les accidents paralytiques et anesthésiques de l’hystérie, que sera-ce si l’on cherche à se rendre compte ainsi des phénomènes d’excitation bulbo-médullaire, des hyperesthésies, des convulsions, des contractures et des symptômes mixtes de paralysie et d’excitation : c’est-à-dire, par exemple, de ces cas où une contracture coexiste avec une anesthésie complète dans une partie du corps?» 11 n’y a rien à ajouter à ces critiques, si ce n’est qu’alors même que le spasme vasculaire serait la condition immédiate des troubles encéphaliques, il faudrait encore expliquer la raison d’être de ce spasme.
Nous pouvons maintenant reconstituer par la pensée la série des phénomènes qui se passent au sein des centres nerveux dans le cours des attaques convulsives de l’hystérie. Supposons, si vous voulez, une jeune femme soudainement épouvantée par un spectacle terrifiant. Il en résultera aussitôt un ébranlement violent des éléments centraux de l’activité psychique, donnant lieu aux symptômes vulgaires de l’émotion, symptômes qui sont identiques à ceux de l’aura hystérique : concentration de la pensée, tristesse, ennui, recherche de la solitude, agacement, irritabilité. En général, tout se borne à cela, du moins chez les sujets bien portants. Mais si la personne supposée est hystérique ou prédisposée à l’hystérie, la frayeur peut devenir l’occasion d’une attaque. Alors l’excitation, primitivement localisée à certaines régions du cerveau, s’irradie aux autres parties de cet organe. Les palpitations, les sanglots, l’angoisse respiratoire, les sensations de strangulation, les bâillements, les hoquets, etc., sont les conséquences directes de sa transmission aux centres cardio-respiratoires; les douleurs erratiques, les souffrances localisées dans certains points du tronc ou des membres, les hallucinations indiquent son passage sur les centres sensitifs ou psycho-sensoriels; enfin, les convulsions révèlent son extension aux centres moteurs corticaux et basilaires.
Après la tourmente, certains sujets ne reviennent pas tout de suite à eux; ils restent en état de sommeil hypnotique, état qui
correspond à une modalité particulière de l’activité des centres nerveux, dont nous ne connaissons pas la nature, mais dont nous savons très bien qu’il peut être provoqué par une foule de moyens apportant dans l’exercice des fonctions cérébrales incomparablement moins de perturbations que ne le fait une attaque d’hystérie.
Il est à peine besoin d’ajouter que les attaques, provoquées une première fois par une cause violente, se renouvelleront ultérieurement avec d’autant plus de facilité qu’elles se seront répétées un plus grand nombre de fois. Il est inutile de dire également que les manifestations extérieures des attaques varieront d’un sujet à l’autre selon la nature des excitations provocatrices et de l’excitabilité relative des différentes parties des centres nerveux. Tout cela se comprend aisément.
Le fait capital, celui qui domine toute cette étude et qui doit lui servir de conclusion, c’est que Tliyperexcitabilité de certaines régions des centres nerveux et l’exagération morbide des réactions partant de ces régions hyperexcitables paraissent être, ainsi que l’a fort bien compris Briquet, la cause intime des attaques convulsives hystériques, et qu’elles rendent suffisamment compte de la sériation des phénomènes complexes qui composent ces attaques.