VINGT-DEUXIÈME LEÇON
SOMMAIRE
I. Moyens thérapeutiques préconisés par les anciens auteurs. Traitements dérivant de la théorie utérine de l’hystérie.
II. Conduite à tenir en présence d'une hystérique en état do convulsions; moyens propres à arrêter les attaques.
III. Procédés à employer pour éviter la répétition immédiate des attaques. Effets spasmogènes et spasmo-frénateurs de la vision colorée. Application des lunettes colorées au traitement de certains cas d’hystérie convulsive. Exemple de guérison obtenue par ce moyen.
Messieurs,
Les attaques convulsives de l’hystérie ont relativement peu de gravité. Même quand elles se prolongent fort longtemps, même quand elles se répètent à de courts intervalles, elles ne mettent pas en danger les jours des malades. L’état de mal hystérique diffère notablement en cela de l’état de mal épileptique, lequel se termine habituellement par la mort dans un laps de temps restreint.
Néanmoins, il y a intérêt à faire cesser le plus tôt possible les paroxysmes convulsifs des hystériques, et je vais vous indiquer les moyens dont nous disposons pour atteindre ce but.
Rien ne montre mieux que l’histoire des traitements appliqués aux convulsions hystériques, l’influence fâcheuse des doctrines erronées sur la pratique médicale.
Pendant plusieurs siècles, on a considéré l’utérus comme l’organe provocateur des attaques convulsives de l’hystérie. On le supposait doué d’une sensibilité et d’une activité propres; on l’accusait d’entreprendre des pérégrinations capricieuses au milieu
des viscères abdominaux et thoraciques. C’est lui qui, s’agitant dans le ventre, donnait la sensation de boule mobile; c’est lui qui, montant au cœur et à la gorge, provoquait les palpitations cardiaques et la strangulation.
L’indication thérapeutique qui découlait de ces doctrines pathogéniques était très simple : ramener l'utérus à sa place et l’empêcher d’en sortir. Pour arriver à ce résultat, on pouvait employer soit la douceur et la persuasion, soit la contrainte et la violence.
Les procédés de douceur consistaient à offrir à l’utérus des satisfactions de nature à l’attirer et à le fixer dans le petit bassin.
Or, qu’est-ce que l’utérus affectionne par-dessus tout? Au dire d’Hippocrate et des anciens auteurs, les bonnes odeurs et les sensations voluptueuses.
Dès lors, quand on se trouvait en présence d’une personne en proie à des convulsions hystériques, il fallait commencer par oindre la vulve de substances aromatiques, en même temps qu’on faisait inhaler à la malade des substances fétides afin d’engager la matrice à regagner sa place habituelle.
Ces moyens ont été recommandés par les médecins les plus autorisés. Ambroise Paré énumère avec complaisance les parfums dont on doit enduire la vulve : gingembre, benjoin, thym, lavande, cannelle, musc, ambre et civette.
Pendant que ces parfums odoriférants sont dirigés sur la matrice, on enverra, dit-il, sur le nez et la bouche de la malade des vapeurs de substances fétides comme galbanum, scipagemim , ammoniacum, assa fœtüla, bitumen, oleum gazatce, huile de soulphre et de pétrolle; aussi des chandelles de suif recentement esteintes, plumes de perdrix, bécasses et de tous autres oiseaux, poil d’homme, de bouc, de vache, drap, feutre, vieilles savates de souliers, ongles et cornes de bestes, poudre à canon et soulphre vif brûlés et autres choses semblables, afm que çette puante vapeur contraigne la matrice d’aller en bas..., car la matrice fuit les choses puantes et se plaist aux choses odoriférantes L
Si l’utérus ne se décidait pas à revenir assez tôt à sa place, on avait recours aux frictions clitoridiennes. Galien les faisait pratiquer par les matrones romaines. Forestus recommandait aux sagesfemmes qu’il chargeait de cette mission, d’enduire leurs doigts
1 Ambroise Paré, 4e édition. Paris, 1585, p. 994.