DES SPASMES
RYTHMIQUES II YSTÉRIQUES.
Cela dura, sans atténuation, quatorze mois consécutifs; puis les ciis, les insomnies, l’agitation disparurent, et M. X... jouit pendant tiois ans,
de 1881 à 1884, d’une parfaite santé.
Au commencement de janvier 1884, en se promenant dans le* lues de Bordeaux pour se distraire, il rencontra un de ses amis qui 1 engagea a retirer le plus promptement possible ses fonds d une entreprise financièie dans laquelle ils étaient engagés. J rès inquiet des renseignements que venait de lui donner son ami, et craignant pour la sécurité de sa fortune, M. X... rentra chez lui dans un état de profonde mélancolie.
Pendant trois jours, il s’occupa de rechercher un nouveau placement pour son argent. Le quatrième, en se réveillant, il commença à pousser distinctement et avec force les cris qu’il poussait deux ans auparavant . Numa! Hélène! Camille! Maria!
Quand je vis le malade quinze jours plus tard, appelé auprès de lui en consultation par son médecin ordinaire, M. le docteur Lande, je le trouvai agité, marchant de long en large dans sa chambre, incapable de rester assis plus de quelques minutes.
Il ne présentait aucun trouble de la motilité volontaire ni de la sensibilité cutanée. Les sens spéciaux paraissaient normaux; toutefois l’examen méthodique des fonctions visuelles ne put être pratiqué. La langue était saburrale; anorexie, perte complète de l’appétit. M. X... était tracassé par des idées tristes; il se disait obsédé par la pensée de la mort et par le désir de se suicider. L’avant -veille, il avait tenté de se noyer. Il était, en outre, fatigué par une insomnie persistante.
Toutes les deux, trois, quatre ou cinq minutes, il poussait brusquement à voix haute, claire, brève et bien timbrée, quelques cris très nettement articulés. Tantôt il lançait successivement et très rapidement les quatre noms indiqués plus haut: Numa! Hélène! Camille! Maria! tantôt il répétait l’un d’eux quatre ou cinq fois de suite avec une grande violence : Numa! Numa!... Hélène! Hélène! Hélène! Hélène! etc.
L’émission de ces mots était accompagnée de secousses convulsives violentes dans les muscles des bras et du tronc. Quelquefois le malade s’abaissait ou s’accroupissait pour les proférer.
Dans les intervalles des secousses et des cris convulsifs, M. X... parlait tout à fait librement; il racontait le début de sa maladie et l’histoire de sa vie sans hésitation, sans défaillances de mémoire, et s’il n’eût parlé incessamment de l’incurabilité de son affection et de sa mort prochaine, on eût pu le considérer comme un homme tout à fait sain d’esprit.
Les cris se produisaient souvent au milieu d’une phrase commencée; le malade ne pouvait ni les retenir ni les étouffer, ni même modérer leur éclat. Si on le priait de faire un effort pour prononcer d’autres mots que ceux qu’il avait coutume de proférer, de dire, par exemple, Henri au lieu de Numa, Jeanne au lieu d’Hélène , il promettait de le faire, mais n’y réussissait jamais. Cependant il racontait (et ses parents confirmaient ce récit) que lorsqu’il voyait un de ses amis, il répétait souvent pendant des heures entières, toutes les deux ou trois minutes, le nom de cet ami, Un
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de ses cousins, nommé Georges, étant venu lui rendre visite quelques jours auparavant, il avait crié toute la journée: Georges! Georges! Georges! Georges! La veille de la consultation, préoccupé de l’idée de voir un nouveau médecin, il avait crié presque uniquement le nom de ce médecin.
Ajoutons à ces détails que pendant le sommeil les cris et les secousses étaient absolument suspendus. Nous conseillâmes une cure hydrothérapique et l’usage d’une solution de bromure de potassium et de chloral.
Six semaines plus tard, je rencontrai par hasard M. X... à l’établissement hydrothérapique au. moment où il venait de prendre sa douche. Il me raconta qu’il était un peu moins triste, qu’il dormait un peu mieux la nuit et qu’après chaque douche il restait ordinairement une heure ou deux sans proférer de cris. Pendant qu’il me donnait ces renseignements, il se mit tout à coup à pousser ses exclamations habituelles : Numa! Hélène! Camille! Maria! et comme je paraissais surpris de cette contradiction entre son récit et ses actes: «Me voilà reparti, dit-il, beaucoup plus tôt qu’à l’ordinaire, et vous ne savez probablement pas pourquoi. Je vais vous l’expliquer. Voyez- vous dans le parc cet officier d’artillerie? Son costume m’a fait songer à mon fils. Aussitôt j’ai recommencé à crier, et à présent cela ne cessera que ce soir quand je m’endormirai. »
Je n’ai pas revu le malade depuis cette époque, mais M. le docteur Lande, qui a continué à lui donner des soins, a eu l’obligeance de me donner de ses nouvelles. Son état s’est amélioré lentement, et il a fini par guérir dix-huit mois environ après le début de l’accès.
Il serait, je crois, bien difficile, en l'état actuel de nos connaissances, de classer cette observation dans un des cadres nosologiques établis par les pathologistes. U ne s’agit pas évidemment d’un cas régulier de maladie des tics convulsifs, ni d’une espèce vulgaire de vésanie, ni d’une variété de paramyoclonus multiplex. Est-ce un exemple de spasmes hystériques? Peut-être; mais le plus sage est de ne pas formuler encore de diagnostic nosographique et d’attendre que des faits nouveaux viennent dissiper l’obscurité qui entoure pour le moment l’analyse de ce cas L
1 II existe dans la science quelques observations analogues :
Calvert Holland (cité par Galvagni, Spasmi ritmici, p. 56) a raconté l’histoire d'un homme do vingt-huit ans, mineur, qui, après avoir travaillé dans une galerie où l’air était vicié, fut pris de désordres de la digestion, d’embarras de la parole et de vertiges. Deux mois après, étant assis, il éprouva un besoin irrésistible de parler. Les paroles étaient rapides et peu distinctes; le malade avait tendance à balbutier, à répéter deux ou trois fois la même chose. Cependant l’intelligence était intacte. Peu de temps après survinrent des accès de spasmes rotatoires de la tète. Guérison cinq mois après.
M. B. Bail ( Des impulsions intellectuelles , in l’Encéphale, 1881, p. 26) rapporte qu’une jeune fdle se mettait à chaque instant à genoux, sans aucun motif plausible faisait le signe de la croix et répétait : Jésus, Marie, Joseph. « Tout se bornait là, dit l’auteur, mais ces éjaculations pieuses se produisant au milieu d’un salon, sur une place publique ou dans un wagon de chemin de fer, avaient fini par porter de graves atteintes à sa réputation et la faire considérer comme aliénée. »
Après avoir passé en revue les différentes variétés symptomatiques des convulsions rythmées d’origine hystérique, il nous reste à faire œuvre de synthèse et à dégager de la comparaison des faits particuliers que nous avons étudiés jusqu’à présent les caractères communs appartenant au groupe nosologique des spasmes rythmiques hystériques. Cela ne sera pas, je pense, très difficile. Tous les spasmes rythmiques hystériques ont, en effet, un air de famille qui ressort clairement des analogies de leur étiologie, de leur symptomatologie et de leur pronostic. Les tics hystériques, les chorées hystériques, les toux hystériques, les aboiements hystériques, etc., ne sont pas, à proprement parler, des espèces morbides distinctes, ce sont des variétés d’un seul et même processus pathologique. Ils peuvent siéger sur tel ou tel groupe musculaire, différer les uns des autres par leurs effets et par leurs apparences extérieures, mais ils n’en ont pas moins la môme origine et la même signification clinique.
Malheureusement leur rapprochement a été rendu très difficile par le fait de la multiplicité des dénominations qu’on leur a appliquées. On a eu le tort, jusqu’à présent, de les classer et de les décrire d’après leur siège, au lieu de les grouper d’après leurs affinités naturelles. On a commis à leur sujet la même faute que commirent jadis les aliénistes quand ils prirent pour base de la classification des monomanies les actes criminels ou délictueux accomplis par les aliénés. Tous les spasmes rythmiques du visage ont été réunis en bloc pour former l’espèce des tics convulsifs non douloureux ou spasmes mimiques; ceux du cou ont reçu les noms de tics rotatoires ou d’hyperkinésie de l’accessoire de Willis; ceux des membres sont devenus les chorées anormales ou impulsions locomotrices, avec leurs innombrables variétés : ambulatoire, saltatoire, malléatoire, etc.; de telle sorte que, petit à petit, on s’est habitué à considérer les tics de la face, les tics de la tête et du cou, les pseudo-chorées ambulatoires, saltatoires, etc., comme autant d’espèces morbides différentes, alors qu’en réalité ce sont des symptômes sans aucune spécificité nosologique.
Il est temps de réagir contre cette manière de procéder. Les aliénistes ont eu le bon esprit de renoncer à la doctrine étroite et
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mal conçue des monomanies le jour où ils ont nettement compris que les actes des aliénés sont des effets n'ayant, par eux-mêmes, aucune signification relativement à la nature de la maladie qui les provoque.
De même, les convulsions rythmées sont des symptômes communs à plusieurs états pathologiques distincts. Pour en faire une classification naturelle, pratique et utile, il faut remonter à leur cause. Or, l’hystérie est une de ces causes, probablement la plus fréquente et la plus importante de toutes. Il est donc tout à fait logique de séparer du groupe hétérogène des convulsions rythmées les cas qui dépendent de l’hystérie, afin de les réunir dans une description commune, comme on le fait avec raison pour les paralysies hystériques ou les contractures hystériques, lesquelles présentent toutes, où quelles siègent, un certain nombre de caractères communs.
Résumons brièvement les caractères généraux des spasmes rythmiques hystériques.
a) Étiologie. — Ces spasmes surviennent habituellement chez des enfants ou des jeunes adultes prédisposés à l’hystérie par leurs antécédents héréditaires ou personnels, ou atteints d’hystérie avérée. Presque toujours ils se développent à la suite d’émotions morales vives ou de traumatismes. Chez les hystériques sujets à des attaques convulsives, ils peuvent quelquefois succéder à des attaques de ce genre.
11 est fort rare qu’ils arrivent sans cause occasionnelle manifeste et qu’ils débutent insidieusement. En général, ils s’installent tout d’un coup et prennent dès le premier jour le type qu’ils conserveront invariablement jusqu’au moment de leur disparition.
b ) Symptômes. — Les secousses convulsives siègent sur un ou plusieurs muscles; quelquefois sur des groupes musculaires systématiquement associés; quelquefois sur les muscles d’un seul côté du corps.
Elles se succèdent tantôt rapidement, une ou plusieurs fois par seconde, par exemple; tantôt lentement, toutes les minutes, toutes les trois minutes ou plus rarement encore. Dans tous les cas, elles
se répètent, chez les mêmes sujets, à des intervalles sensiblement égaux. Habituellement elles sont brusques, subites, semblables à celles que pourraient provoquer des décharges électriques isolées; mais elles peuvent aussi être lentes, soutenues, progressives, comme celles qui accompagnent les efforts volontaires.
Ces secousses se reproduisent continuellement ou surviennent par accès d’une durée variable. Elles cessent toujours pendant le sommeil naturel et quelquefois pendant le sommeil hypnotique provoqué. Souvent elles peuvent être suspendues temporairement, soit par la pression de zones frénatrices, ovariennes ou autres, soit par certaines attitudes du corps, soit par la fixation de l’attention, soit enlin par la mise en activité de certains muscles, de ceux par exemple qui entrent en contraction dans le chant ou la lecture à haute voix.
Les spasmes rythmiques ne s’accompagnent d’ordinaire d’aucun trouble spécial de l’intelligence. Les malades qui en sont atteints se rendent parfaitement compte des mouvements inutiles ou grotesques qu’ils exécutent, mais ils ne peuvent en empêcher la production. Ils sont à la fois conscients de leur état maladif et conscients de leur impuissance à réprimer les manifestations de cet état maladif.
c) Diagnostic. — Rien n’est plus facile que de reconnaître un spasme rythmique, mais il est quelquefois malaisé de découvrir sa nature, car il n’existe aucun caractère pathognomonique permettant de distinguer, par le simple examen du syndrome convulsif, un spasme rythmique hystérique d’un spasme rythmique non hystérique.
C’est donc par voie indirecte que le médecin devra chercher à résoudre le problème. Il s’attachera à déterminer les conditions étiologiques qui ont joué le rôle de cause occasionnelle dans l’apparition des convulsions rythmées; il scrutera les antécédents héréditaires et personnels du malade, afin de découvrir les moindres traces de la prédisposition névropathique; il recherchera surtout, avec un soin minutieux, les stigmates sensitivo-sensoriels de l’hystérie, c’est-à-dire les symptômes révélateurs de la grande névrose. Et si cette enquête lui fournit des preuves de l’existence de l’hystérie, il pourra presque sûrement en déduire que le spasme rythmique observé chez un sujet hystérique est un spasme de nature hystérique. 11 aura alors une base relativement solide pour établir
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le pronostic et diriger le traitement. Si, au contraire, l’enquête ne donnait pas de résultats, si la nature du spasme restait inconnue ou insuffisamment déterminée, le médecin ne pourrait se prononcer sur le degré de gravité de la maladie et serait embarrassé pour instituer un traitement sérieux.
d ) Marche, Durée, Terminaisons. — La durée des spasmes rythmiques hystériques est on ne peut plus variable. Dans quelques cas, ils sont tout à fait transitoires; dans d’autres, ils persistent, immuables, pendant des mois ou des années. Néanmoins, on doit toujours espérer et prévoir leur guérison, car les accidents hystériques les plus tenaces sont toujours susceptibles de disparaître brusquement, sans convalescence, sous l’influence d’un remède nouveau, d’une attaque convulsive, d’une émotion morale, d’un traumatisme, d’un ébranlement quelconque du système nerveux, ou même d’une modification spontanée dans la marche de la maladie.
e) Pronostic. — A propos du pronostic, il convient de signaler une particularité importante. Comme tous les autres accidents de l’hystérie, et plus peut-être que beaucoup d’autres, les spasmes rythmiques sont contagieux par imitation. Les grimaces, les hurlements, les contorsions bizarres auxquels donnent lieu les diverses variétés de convulsions rythmées sont de nature à frapper vivement l’imagination des personnes qui entourent les malades, et si parmi ces personnes il s’en trouve quelques-unes qui soient prédisposées à l’hystérie, elles auront beaucoup de chances pour tomber malades à leur tour et pour répéter bientôt involontairement les grimaces, les hurlements et les contorsions qui ont sollicité leur attention et, dans une certaine mesure, troublé leur esprit.
Aussi, quand un accident de ce genre vient à se produire dans un milieu où se rencontrent habituellement réunis un grand nombre de postulants à l’hystérie, comme, par exemple, dans un pensionnat, un atelier, une prison, un couvent, le médecin doit, sans hésiter, exiger le départ immédiat du premier malade afin de prévenir le développement d’une véritable épidémie d’accidents analogues.
Briquet rapporte plusieurs exemples de ces petites épidémies de spasmes rythmiques hystériques h ltard a été témoin du fait suivant qui mérite d’être cité textuellc-
1 Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l’hystérie , p. 323 à 325.
mont parce qu’il est plein d’enseignements pratiques de la plus haute importance :
« MUc de C..., âgée de quinze ans, irrégulièrement menstruée, devint sujette à des tressaillements qui se manifestaient seulement quand elle entendait sonner la cloche do sa pension. Elle levait légèrement les épaules et poussait un petit cri aigu. En quelques semaines, ce symptôme acquit une telle intensité que ce cri instantané dégénéra en clameurs bruyantes et prolongées, en hurlements retentissants qu’on eût pris de loin pour les aboiements d’un chien et que provoquaient non pas seulement la cloche du pensionnat, mais le moindre bruit inattendu et la plus légère sensation un peu brusque de plaisir ou de peine. Ces cris, toujours accompagnés du soulèvement des épaules, duraient quelquefois plusieurs heures sans discontinuer, s’affaiblissant seulement par intervalles pour éclater avec plus de violence quelques minutes après et finissant par amener une tuméfaction livide de la face, une abondante transpiration et un état de prostration profonde suivie d’assoupissement. Pédiluves irritants, bains mucilagineux, saignées générales, applications de sangsues aux cuisses, usage des antispasmodiques, recommandations pressantes et même menaces pour provoquer de la part de la malade l’exercice d’une volonté fortement répressive, tout fut mis en usage sans succès. Je la fis transporter dans une chambre isolée, située à l’extrémité du jardin, et dont rien ne pouvait interrompre la solitude et le silence. Pour la soustraire encore plus complètement à l’action des bruits, je lui fis boucher les oreilles avec des morceaux d’éponge imbibée d’huile. Cet expédient produisit quelques jours de calme, mais il n’était, pas complet et j’espérais peu le voir durer. En effet, les convulsions des organes vocaux revinrent comme auparavant, et, de plus, sans cause provocatrice apparente. Ces cris devinrent plus variés, représentant successivement ceux qui expriment la surprise, la terreur, le désespoir; puis s’éloignant de ceux que produit la voix humaine pour se rapprocher des cris des animaux et tous entremêlés de mots inarticulés dont les uns ne présentaient aucun sens et dont les autres étaient des expressions de douleur et d’angoisse. Cet état ne s’accompagnait, même pendant les crises, d’aucun mouvement fébrile. Mais l’appétit était perdu; cette jeune fille maigrissait et se plaignait d’une faiblesse extrême. Les accès revenaient tous les jours, quelquefois même au nombre de deux, et souvent la nuit n’en était pas exempte... Les cris devinrent si bruyants et si violents que malgré l’éloignement de la chambre occupée par la malade et le soin qu’on avait de tenir les croisées et les portes fermées, les éclats de sa voix retentissaient dans les classes et les dortoirs du pensionnat et troublaient les études et le sommeil des autres pensionnaires. Deux ou trois d’entre elles, et c’étaient des plus jeunes, quand elles venaient tout à coup à entendre ces clameurs, tressaillaient vivement; bientôt elles firent entendre un petit cri aigu accompagné d’un soulèvement d’épaules, ainsi qu’avait débuté, chez leur compagne, cette maladie convulsive. Tout annonçait, en effet, qu’elle allait se développer et se propager par l’influence de l’imitation, quand
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ou sc décida a prendre nue mesure décisive. Toutes celles qui commençaient a crier furent renvoyées dans leur famille et cessèrent bientôt d’être tourmentées par ces bruyantes agitations. Dans l’impossibilité de prendre le même parti pour M110 de G..., qui était orpheline, elle fut envoyée sous la surveillance d’une garde particulière.
» On remarqua qu’ayant été prise pendant le trajet d’une de ces attaques, la crainte d’être un sujet de spectacle pour les passants avait considérablement diminué la violence de scs cris. Je mis à profit cette observation en exigeant qu’elle fût tous les jours conduite en promenade dans les rues les plus fréquentées de Paris. Ce moyen diminua notablement les accès. Je l’appuyai d’un autre pris également dans la médecine morale. Cette jeune personne m’ayant avoué qu’elle éprouvait une sorte d’humiliation d’habiter une maison qui renfermait toutes sortes de malades, même des folles, et qu’elle ne pouvait penser sans chagrin aux suppositions auxquelles celte séquestration donnerait lieu, je me gardai bien de dissiper ses craintes à ce sujet. Je crus même devoir les exagérer en convenant, comme malgré moi, que la plus innocente et la plus naturelle de ces suppositions serait de la faire passer pour folle; que les intérêts de sa santé, de son éducation et surtout de sa réputation lui faisaient une nécessité d’une guérison prompte, et qu’elle pouvait l’obtenir d’elle-même en luttant contre ses accès de toutes les forces de sa volonté et de sa raison.
» J’obtins de ces deux moyens de répression un succès plus prompt et plus complet que je n’eusse osé l’espérer. Les accès diminuèrent si rapidement qu’au bout de cinq semaines Mlle de G... se trouva complètement guérie. Seulement, il lui resta de cette maladie, qui avait duré à peu près trois mois, une mobilité nerveuse excessive que les avantages d’une menstruation plus régulière, du mariage, de la maternité et un laps de quinze années n’ont aucunement amortie1. »
f) Traitement. — Le traitement des spasmes rythmiques hystériques est incertain. Dans quelques cas, les remèdes les plus simples font disparaître les accidents; dans d’autres, toutes les médications échouent.
Les principes qui doivent diriger le médecin dans le choix des agents à conseiller, découlent de la nature des accidents. Par cela même que ces accidents sont de nature hystérique, on commencera par leur appliquer avec toute la rigueur possible le traitement général de la diathèse hystérique : hydrothérapie, isolement, exercices physiques, etc.; et puisqu’on sait pertinemment qu’ils sont toujours curables, on s’abstiendra de leur opposer des moyens thérapeutiques qui pourraient présenter par eux- mêmes quelques dangers.
i Itard, Mémoire sur quelques fonctions involontaires des appareils de la locomotion, de la préhension et de la voix ( Arch . gén. de méd., 1825, obs. IX, p. 100).
3UG
C’est vous dire que toutes les opérations chirurgicales qui ont été quelquefois employées contre les spasmes localisés sont lormcllement contre-indiquées quand ces spasmes sont d’origine hystérique. Quelle que soit la variété de convulsions rythmées a laquelle on
ait affaire, si le malade qui en est atteint est sujet à de grandes attaques hystériques, on pourra souvent obtenir la guérison du spasme intercurrent en provoquant purement et simplement une ou plusieurs attaques convulsives par l’excitation des zones spasmogènes. Si le malade est hypnotisable, on réussira parfois à le débarrasser des accidents spasmodiques par suggestion, ainsi que M. Bernheim en rapporte quelques exemples Dans les cas nombreux où ces procédés ne sont pas applicables, on aura recours à d’autres moyens, autant que possible inoffensifs. La faradisation des muscles convulsés, l’électrisation statique, les pulvérisations d’éther, les révulsifs locaux, les sudations générales, etc., rendent souvent de réels services, pourvu que le malade soit convaincu de leur eflicacité. Il n’est même pas mauvais qu’il les croie très énergiques et qu’il redoute un peu leur action. Des pilules de mica panis, décorées d’un nom pompeux et ordonnées avec une mise en scène un peu théâtrale, sont souvent plus utiles que les médicaments à effets physiologiques violents. En matière d’hystérie, c’est surtout la foi qui sauve et qui guérit.
1 Bernheim, De la suggestion et de ses applications à la thérapeutique. Paris, 188G, p. 332.