VINGT-HUITIÈME LEÇON
SOMMAIRE
I. Description du mutisme hystérique. Ses caractères cliniques.
II. Observation d'un malade atteint de bégaiement hystérique à la suite d’une violente
émotion morale. Discussion du diagnostic.
m. Cas analogue rapporté par M. Ballet. Le bégaiement vulgaire est peut-être, dans un bon nombre de cas, une manifestation persistante de l’hystérie infantile. Exemples confirmant cette hypothèse.
Messieurs,
Les troubles de l'articulation dépendant de l’hystérie sont très variés. Nous avons étudié, à propos des spasmes rythmiques, les cas dans lesquels des paroles nettement articulées sont émises involontairement par suite d'une contraction spasmodique des muscles du larynx. Nous nous occuperons aujourd’hui du mutisme et du bégaiement hystériques.
Le mutisme hystérique est une impotence fonctionnelle élective des muscles de la phonation. Il a été étudié dans ces dernières années par MM. Charcot \ Cartaz1 2 3, bock et par votre ancien camarade, le Dr Nattier *, qui en a réuni soixante et onze observations.
Les malades qui en sont atteints ont perdu totalement l’usage de la parole. Ils peuvent encore, en général, siffler, souffler, mouvoir
1 Charcot, Leçons sur les maladies du sijst. nerveux, t. III, et Leçons du mardi, 1. 1.
2 Cartaz, Du mutisme hystérique ( Progrès médical, 1886).
3 Bock, Ueber Injsterisclie Stummheil (Deutsche medizinische Zeitunçj, déc. 1886). * Nattier, Contribution à l’élude du mutisme hystérique ( Revue mensuelle de
larynqoloqic, 1S88).
leurs lèvres et leur langue dans tous les sens, mais ils sont incapables de parler, même à voix basse. Leur intelligence est conservée. S’ils savent écrire, ils répondent par écrit et avec une grande lucidité, aux questions qu’on leur pose. La parole seule leur lait défaut : ils ne peuvent plus parler.
Cet accident survient d’ordinaire, d’une façon soudaine, après une émotion morale vive, un traumatisme ou une attaque convulsive. On l’a vu se développer à la suite: de la frayeur d’un incendie (Cartaz), de la crainte causée par une agression criminelle (Fischer), de l’émotion provoquée par un enterrement (Panthcl), de la surprise résultant de l’envolée subite d’une compagnie de perdreaux (Panthel), d’une colère (Bail), d’une chute de voiture (Closmadeuc, Wertner), d’une section chirurgicale du tendon d’Achille (Demme), d’attaques d’hystérie (Bock, Charcot, etc.).
La durée du mutisme hystérique est très variable. Elle peut être fort longue. Elle a été de un an dans un cas de Wiedermeister, de treize mois dans un cas de Wertner, de vingt mois dans un cas de Philipeaux, de cinq ans dans un cas de Johnston, de douze ans dans un cas de Sédillot. J’ai vu récemment en consultation avec mon excellent confrère, le Dr Moure, une jeune femme de trentequatre ans qui, depuis dix ans, est atteinte d’une aphonie hystérique complète.
Mendel a cité un cas où le mutisme était intermittent : le malade parlait tous les jours de six heures à neuf heures du matin, puis il restait muet tout le reste de la journée. Assez souvent, après une période plus ou moins longue de silence absolu, les malades articulent nettement quelques paroles et retombent ensuite dans leur mutisme. Une jeune femme conduite dans notre service avec du mutisme hystérique s’écria tout à coup en voyant arriver la visite : «Tiens! voilà les médecins,» et fut incapable de prononcer une autre parole jusqu’au moment de sa guérison.
Le mutisme hystérique peut toujours guérir subitement. Les traitements les plus variés ont donné des guérisons instantanées. Une simple émotion morale peut amener ce résultat. Un malade de Wiedermeister qui était muet depuis un an retrouve la parole en voyant un incendie. La colère (Closmadeuc), l’ouverture violente de la bouche (Bright), la simple application du laryngoscope (Gilles de La Tourette), l’électrisation extra ou intra-laryngienne (Sédillot, Philipeaux, Cartaz, Moure), l’ivresse alcoolique (Ortolani), la suggestion hypnotique (Amadei, Dello Strigolo, Urechia), les pèleri-