‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 138 sur 208 · OBSERVATION DE MUTISME HYSTÉRIQUE. 3Ü · texte numérisé non relu

OBSERVATION DE MUTISME HYSTÉRIQUE. 3Ü

nages (Musmeci), ont donné des succès merveilleux, même dans des cas où l’affection persistait depuis fort longtemps.

Le diagnostic du mutisme hystérique est, en général, très facile. La perte absolue de la parole, coïncidant avec la conservation parfaite de l’intelligence et des mouvements, ne peut guère s’expliquer autrement que par un trouble purement dynamique des fonctions cérébrales. L’aphasie organique n’amène jamais une impotence aussi absolue des muscles de la phonation; en outre, elle est presque toujours précédée d’un ictus apoplectique plus ou moins intense et accompagnée d’une paralysie motrice étendue h tout un côté du corps ou limitée à une moitié de la face et de la langue. Dans les cas douteux on devra, bien entendu, rechercher les stigmates sensitivo- sensoriels de l’hystérie, mais il ne faudra pas attacher à leur présence ou à leur absence une valeur absolue, car le mutisme est souvent un accident isolé; on peut l’observer chez des sujets qui n’ont jamais eu d’autres symptômes névropathiques et qui ne présentent aucun des stigmates révélateurs de l’hystérie.

N’ayant pas aujourd’hui sous la main d’exemples de mutisme hystérique, je me contenterai de vous rappeler les principaux détails de l’observation d’une malade qui a été traitée dans le service en 1885 :

}[utisme hystérique. — Émilie M..., âgée de vingt et un ans, est entrée à l’hôpital Saint-André le 1er mai 1885.

Antécédents héréditaires : Père alcoolique, d’un caractère extrêmement violent, mort à quarante-deux ans d’une fluxion de poitrine. Mère irritable et boudeuse, morte de couches. Frère maladif, acariâtre, s’adonnant à l’ivrognerie. Sœur très bien portante.

Antécédents personnels : Dans son enfance, Emilie a toujours été très impressionnable. La moindre contrariété l’exaspérait. Elle était sujette à des ci'ises de hoquet qu’il était impossible de réfréner et qui duraient souvent plusieurs heures consécutives. Réglée à quatorze ans; jamais d’attaques de nerfs; jamais de maladies sérieuses.

A dix-huit ans, elle vint à Bordeaux et se plaça en qualité de cuisinière. Elle avait de temps en temps des bizarreries d’humeur qui étonnaient un peu ses maîtres; mais comme elle était honnête et vaillante, on ne faisait pas attention à ses caprices et à ses bouderies.

Début des accidents : Le 29 avril 1885, Emilie, qui depuis deux jours était triste et maussade, vint trouver sa maîtresse et lui dit sur un ton très vif que la bonne du premier étage se moquait d’elle et que cela ne pouvait durer plus longtemps. Sa maîtresse la gourmanda doucement; mais Émilie ne voulut pas entendre raison. Elle alla se cacher dans la cave

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