‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 139 sur 208 · DU MUTISME ET DU BÉGAIEMENT HYSTÉRIQUES · texte numérisé non relu

DU MUTISME ET DU BÉGAIEMENT HYSTÉRIQUES

et y resta trois heures, assise sur un tas de bois. Puis elle monta dans sa chambre; là elle perdit connaissance et eut une violente attaque de nerls, la première de sa vie, à la suite de laquelle elle perdit l’usage de la parole. Elle paraissait comprendre ce qu’on lui disait, mais elle 11e pouvait y répondre que par gestes. On la garda deux jouis, et, la maladie ne cédant pas, 011 finit par se décider à l’envoyer à 1 hôpital.

État actuel le 2 mai : Émilie M... a les apparences extérieures d’une santé florissante. Son œil est vif, son teint coloré. Elle a conservé ses forces et son appétit. Si on lui parle, elle entend fort bien ce qu on lui dit; elle montre par ses gestes et sa mimique qu’elle comprend ce qu’on lui demande, mais elle est incapable de répondre. Cependant, quand la visite est arrivée dans la salle, Émilie, qui était debout auprès du lit d’une de ses voisines, a dit très distinctement ces mots: «Tiens! voilà les médecins! » puis elle est allée à son lit et est retombée dans le mutisme absolu.

Les lèvres, les joues, la langue ont conservé intégralement leur sensibilité et leur motilité. La déglutition est normale. Les organes des sens ne présentent rien d’anormal. Légère hypoesthésie de la moitié gauche du tronc et des membres du côté gauche.

Le diagnostic de mutisme hystérique étant porté, on chercha à faire exécuter à la malade une série de mouvements forcés des lèvres. Peu à peu elle arriva à prononcer la lettre a, puis les voyelles 0, i, u, é, puis les consonnes. Le lendemain on pouvait lui faire dire quelques mots : bonjour, madame , etc., mais elle avait encore beaucoup de difficultés à prononcer. Le jour suivant, 4 mai, la malade parlait sans hésitation ni difficulté; elle était guérie du mutisme pour lequel elle était entrée à l’hôpital.

Le bégaiement, le bredouillement, le zézaiement et, d’une façon générale, tous les vices de l’articulation qui dépendent de contractions spasmodiques des muscles phonateurs, se développent fréquemment à l’occasion d’émotions morales vives et se comportent, par la suite, comme de véritables accidents hystériques. Après avoir résisté pendant des années aux traitements les plus rationnels, ils disparaissent quelquefois tout à coup, sous l’influence d’une nouvelle émotion morale ou par l’effet d’une de ces méthodes curatives qui appartiennent plutôt à la médecine d’imagination qu’à la thérapeutique physiologique.

L'étude des cas de ce genre n’a pas été faite jusqu’à présent avec tout le soin qu’elle mérite. Il serait certainement intéressant de la reprendre et de la compléter par des observations originales

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