‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 144 sur 208 · CONDITIONS DE PRODUCTION · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE PRODUCTION

muscles qui se contracturent deviennent durs, rigides, résistant aux efforts d'extension passive, sans changer pour cela de longueur et sans modifier la position des leviers osseux sur lesquels ils s’insèrent, (l’est là une des raisons sur lesquelles s’appuie l’opinion

des auteurs qui considèrent la contraction et la contracture musculaires comme deux phénomènes différents, Il y en a plusieurs autres. On sait, par exemple, que les muscles contracturés conservent leur excitabilité et se contractent comme des muscles normaux sous l’intluencc des excitations électriques ou mécaniques. On sait aussi que les muscles contracturés sont plus froids que les muscles contractés. Enfin, MM. Brissaud et Uegnard ont constaté, en explorant le bruit musculaire à l’aide du microphone, que les muscles contractés produisent un bruit de roulement régulier et sonore, tandis que les muscles contracturés donnent un bruissement faible et inégal l.

Mais revenons à l’analyse des conditions de production des contractures.

L’expérience dont vous venez d’être témoins a été pratiquée sur un membre dont la peau jouissait de sa sensibilité normale. 11 n’est pas sans intérêt de savoir si elle donnerait les mêmes résultats dans le cas où l’excitation provocatrice serait appliquée sur des parties anesthésiques des téguments.

Bien de plus facile que de s’en assurer, puisque notre malade est hémianesthésique.

Constatons d'abord qu’elle ne sent ni les contacts, ni les piqûres, ni les pincements sur l’avant-bras droit. Cela fait, soufflons légèrement sur cet avant-bras comme nous l’avons fait sur l’autre... La solution de la question posée 11e se fait pas attendre. Voilà, en effet, la contracture établie dans tout le membre supérieur droit.

Conclusion : il n’est pas nécessaire que les excitations cutanées soient perçues pour qu’elles déterminent des contractures musculaires. Je dois ajouter à ce sujet que, chez un bon nombre d’hystériques hémianesthésiques, les contractures consécutives aux ' excitations superficielles de la peau se produisent plus facilement du coté insensible que du coté sensible; quelquefois même, on ne peut déterminer la contracture que par l’excitation du côté anesthésique. Je vous montrerai tout à l’heure une malade qui se trouve dans ce cas.

Quelque faibles que soient les effets mécaniques de l’insufflation

1 Brissaud et Regnard, Société de biologie , 1376.

légère de la peau, ou pourrait supposer que la pression produite par le souille se transmet aux muscles sous-jacents et détermine leur contracture par le fait de l’excitation physique de leurs fibres. Mais voici une expérience qui doit faire rejeter cette hypothèse: .le frôle très légèrement une dizaine de fois, avec un bout de papier roulé, la face antéro-interne de la jambe droite de notre malade, en ayant soin de ne toucher la peau que dans les points où elle recouvre directement le tibia. Sous cette influence, les muscles de la jambe se contracturent tout aussi énergiquement que si nous avions agi sur la peau du mollet. L’effet musculaire produit est donc bien le résultat de l’excitation de la peau ellemême, et non des muscles sous-jacents, puisqu'il ce niveau il n’y a pas de muscles sous-jacents.

Or, il n’existe pas (chez les animaux supérieurs du moins) d’appareil nerveux reliant directement la peau aux muscles. Pour qu’une excitation limitée il la peau arrive il provoquer une réaction musculaire, il faut nécessairement qu’elle soit transmise à la moelle épinière par l’intermédiaire des nerfs centripètes, qu’elle se réfléchisse dans la moelle et qu’elle atteigne les muscles par l’intermédiaire des nerfs centrifuges. Il faut, en d’autres termes, qu’elle suive les voies ordinaires des réflexes, et que les centres nerveux interviennent dans le mécanisme de leur production.

Cette intervention des centres nerveux est déjà rendue très vraisemblable par le fait de la généralisation rapide des contractures à la suite des excitations prolongées d’un point limité du corps. L’expérience que nous allons faire la mettra, si je ne me trompe, au-dessus de toute contestation.

■le vous disais tout à l’heure que, chez un certain nombre d’hystériques hémianesthésiques, la contracture pouvait être facilement provoquée par l’excitation de la peau du côté anesthésié, tandis qu’il était impossible de la produire par l’excitation de la peau du côté normalement sensible. Thérèse C... est une des deux malades sur lesquelles j’ai constaté depuis longtemps cette particularité, ■le passe légèrement et à plusieurs reprises la pulpe des doigts sur la peau de son avant-bras droit (côté sensible), et il ne se produit aucune rigidité musculaire. Je répète la même manœuvre sur la peau de l’avant- bras gauche (côté anesthésique), et la contracture s’établit rapidement dans les muscles du membre correspondant. Jusque-là il n’y a rien qui soit de nature à éclairer la solution du problème que nous étudions. Mais continuons à exciter la peau de

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