INTERVENTION DES CENTRES NERVEUX
cel avant-bras gauche. Voilà la contracture qui s’étend aux muscles du cou, du visage, du membre inférieur gauche, et finalement se généralise à tous les muscles du corps, aussi bien à ceux du côté droit qu’à ceux du côté opposé. Or, il est ici tout à fait impossible de supposer que le frôlement de la peau de l’avant-bras gauche a agi mécaniquement sur les muscles du côté droit, puisque la même excitation directement appliquée sur les membres du côté droit ne détermine aucune espèce de réaction musculaire appréciable. Tout s’explique, au contraire, si l’on admet que l’excitation s’est transmise aux centres médullaires et qu’elle s’est propagée dans leur intérieur, d’après les lois connues de l’extension et de la généralisation des réflexes.
Est-ce à dire que la contracture soit un phénomène réflexe ordinaire? Nullement. Les actes réflexes vulgaires succèdent immédiatement à des excitations provocatrices, mais ils ne leur survivent pas; une réaction motrice répond directement à une sollicitation sensitive, puis tout rentre dans l’ordre jusqu’à ce qu’une nouvelle cause vienne produire un nouvel effet. La contracture, au contraire, persiste après que l’excitation qui lui a donné naissance a disparu. Elle naît bien sous l’influence d'une sollicitation extérieure, mais elle ne se dissipe pas quand la cause qui l’a provoquée a cessé d’agir. Il ne faut donc pas la considérer comme un acte réflexe simple, mais bien comme le résultat d’un changement d’état durable, produit par voie réflexe, dans l’excitabilité des centres médullaires, il est à peine besoin d’ajouter que le point de départ du réflexe modificateur peut être dans la peau, dans les muscles, dans les tissus ostéo-fibreux ou dans l’encéphale.
J’ai quelque remords de m’entretenir tranquillement avec vous des problèmes de physiologie pathologique que soulève l’étude des contractures, en ayant sous les yeux le spectacle des infirmités que nous avons provoquées. Il est vrai que nos malades ne souffrent pas beaucoup, car la rigidité musculaire ne cause pas, par elle-même, de douleurs aiguës; mais leurs membres sont le siège de sensations désagréables de tiraillement et, de plus, ils sont immobilisés dans des positions incommodes.
Nous sommes heureusement en mesure de guérir le mal que
nous avons fait, à la condition toutefois que nous n’attendions pas trop longtemps, il semble, en effet, que l’état pathologique des centres nerveux dont dépend la rigidité spasmodique des muscles soit d’autant plus difficile à modifier qu’il dure depuis plus longtemps. Abandonnées à elles-mêmes, les contractures que nous
avons provoquées persisteraient indéfiniment, et peut-être que dans quelques jours nous ne pourrions plus les faire disparaître à notre gré. J’ai laissé durer une fois pendant quarante-huit heures une contracture expérimentale du membre supérieur. Au bout de ce temps, la rigidité était aussi forte qu’au début de l’expérience; rien ne paraissait changé dans ses caractères; néanmoins j’eus bien plus de peine à la faire cesser que je n’en avais d’ordinaire à dissiper les contractures récentes chez la même malade. Je n’y aurais peut-être pas réussi si j’avais attendu deux ou trois jours
de plus.
Les procédés qu’on peut employer pour dissiper les contractures expérimentales sont assez nombreux.
Quand la rigidité est localisée à un membre ou à un segment de membre, on réussit ordinairement très bien à la faire disparaître par l’insufflation brusque et répétée de la peau de ce membre, par le massage ou la malaxation de ses masses musculaires, ou enfin par le pincement des tendons d’insertion des muscles contracturés. Exemple : Je souille brusquement et à plusieurs reprises sur l’avant-bras droit et sur le cou de Marie F... Après quatre ou cinq insufflations, les muscles du membre supérieur droit et du cou ont repris leur élasticité normale. Je malaxe fortement pendant quelques secondes les muscles de l’avant-bras du côté opposé, et la rigidité se dissipe petit à petit dans le membre correspondant.
Les mêmes manœuvres appliquées aux membres inférieurs sont suivies de résultats identiques; elles font cesser en quelques instants la contracture de ces membres.
11 est intéressant de constater que des excitations de même nature peuvent déterminer des effets absolument opposés, selon qu’elles sont fortes ou faibles. Ainsi, l’insufflation légère et le frôlement superficiel de la peau provoquent des contractures que l’insufflation brusque ou les frictions énergiques font disparaître.
Lorsque la contracture est généralisée ou étendue à un grand nombre de groupes musculaires, on peut la faire cesser d’un seul coup, dans tout le corps, par la suggestion, par la provocation