‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 160 sur 208 · ELEMENTS DU DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

ELEMENTS DU DIAGNOSTIC

exemple tiré de ses cliniques : Henriette A..., dix-neuf ans, blanchisseuse, fille d’un père hémiplégique, était sujette depuis l’âge de seize ans à des attaques de nerfs. Le 29 novembre 1883, pendant son sommeil, une planche placée au-dessus de son lit se descelle et tombe sur sa tète. Elle se réveille en sursaut très effrayée, mais n’ayant reçu aucun traumatisme. Pendant le reste de la nuit elle est agitée et ne peut retrouver le sommeil. Le lendemain matin elle se lève comme d’habitude et va à son travail sans rien éprouver de spécial. A sept heures et demie du soir, elle s’affaisse tout à coup sur le côté droit, sans perdre connaissance, et devient subitement hémiplégique des membres du côté droit. Guérison rapide par la faradisation1 .

Enfin il convient de noter que le vertige initial qui a marqué le début de la paralysie ne s’est pas accompagné de perte complète de connaissance, ce qui serait sans doute arrivé s’il avait coïncidé avec la rupture ou l’oblitération d’une artère cérébrale de quelque importance 2.

c) Arrivons aux preuves tirées de l’étude des caractères objectifs de la paralysie elle-même.

Il est facile de reconnaître, avec un peu d’attention, que notre malade n’est pas atteinte de la paralysie qui succède d’ordinaire aux lésions destructives du cerveau. Les réflexes tendineux sont conservés intacts, sans exagération ni affaiblissement; il n’y a pas de troubles vaso-moteurs; les mouvements actifs du membre supérieur droit, qui a conservé sa motilité, ne provoquent pas de mouvements associés dans les membres paralysés; le réflexe abdominal de Rosenbach se produit avec la même vivacité des deux côtés. Tout cela serait fort anormal si nous avions affaire à une hémiplégie de cause organique. Dans ce cas, les réflexes tendineux seraient vraisemblablement exagérés, les parties paralysées seraient plus chaudes que les autres, les mouvements actifs des membres sains seraient accompagnés de petits mouvements

1 Charcot, Hémiplégie hystérique, leçon recueillie par M. P. Marie (Progrès medical, 1884, p. 205).

2 « Quand la paralysie hystérique se fait brusquement, dit Briquet, elle débute comme elle le ferait à la suite d’une hémorragie cérébrale; seulement elle n’est pas précédée par une porte de connaissance. » C’est en effet ainsi que se passent les choses dans la majorité des cas d’hémiplégie hystérique, mais non dans tous. Sydenham a eu raison de dire : « Quand l’hystérie attaque le cerveau, elle produit quelquefois une apoplexie entièrement semblable à l'apoplexie ordinaire et qui se termine comme elle par l’hémiplégie. » M. Achard a réuni récemment un certain nombre d’exemples d’ictus apoplectiformes d’origine hystérique dans son intéressante thèse de doctorat: l)e l’apoplexie hystérique. Paris, 1887.

DES HÉMIPLÉGIES HYSTÉRIQUES.

associés dans les membres impotents, et le réflexe de Rosenbach serait aboli du côté correspondant à l’hémiplégie b

Mais ce qui serait plus anormal encore, c'est la présence d'une anesthésie cutanée et profonde, occupant à la fois toute la moitié gauche du corps et toute l’étendue du membre inférieur droit; c’est, enfin, la coexistence d’une contracture des mâchoires avec une paralysie flaccide des membres et la coïncidence d’une monoplégie du membre inférieur droit avec une hémiplégie des membres du côté gauche. Les hémiplégies organiques ne présentent habituellement pas de telles irrégularités de distribution. Elles sont constituées, dans la grande majorité des cas, par une paralysie hémilatérale portant à la fois sur le membre supérieur, sur le membre inférieur et sur une moitié de la face. 11 en est tout autrement pour les hémiplégies hystériques. Celles-ci épargnent souvent la face ou, si elles l’atteignent, c’est sous la forme de contractures de certains muscles du visage, comme cela s’est produit chez notre malade, ou d 'hémispasme glosso- labié avec entrainement de la bouche et déviation excessive de la langue du côté correspondant à la contraction spasmodique de la musculature de la face et de la langue, ainsi que l’a montré M. Charcot.

Qui dit hémiplégie hystérique, dit hémiplégie curable. Formuler ce diagnostic, c’est nous imposer le devoir de chercher à débarrasser notre malade, le plus vite possible, de l’infirmité temporaire pour laquelle elle est entrée à l’hôpital. Quel traitement allonsnous employer? Le choix est malaisé, car si tout peut réussir à provoquer la cure rapide de certaines paralysies hystériques, tout peut également échouer, au moins pendant un temps fort long, et rien ne permet de reconnaître a priori quel sera, dans tel cas particulier, le moyen le plus sûrement efficace.

Peut-être arriverions-nous à guérir subitement notre malade en lui affirmant impérieusement qu’elle est guérie, en lui disant avec assez de maestria pour produire sur son esprit une impression profonde : « Levez-vous et marchez. » Mais c’est là un procédé difficile à manier, surtout par des personnes qui ne possèdent ni la conviction des thaumaturges, ni l’audace des Cagliostro.

La suggestion hypnotique présenterait moins de difficultés d’application; mais notre malade n’a jamais été hypnotisée, et j’éprouve toujours une certaine répugnance à commencer l’éduca-

1 Voyez, à ce sujet, P. Marie et Souza-Leite, Contribution ù l’étude de la paralysie hystérique sans contracture (Revue de médecine, 1885, pp. 421-430).

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