VARIÉTÉS CLINIQUES DE L’ABASIE
L’abasie hystérique est, en général, une manifestation bénigne (le la névrose. Sa durée a varié, clans les observations connues, de quelques jours à quinze mois. La guérison est la règle, mais les récidives ne sont pas rares.
Sans être très commune, l’abasie hystérique se rencontre assez souvent dans la clinique courante. Depuis que M. Charcot a appelé sur elle l’attention des observateurs, on en a publié de nombreux exemples. J’en ai vu moi-même quelques-uns, dont je vais vous indiquer les principales particularités.
Ors. III. — Abasie hystérique à forme paralytique chez un jeune garçon . — Le jeune Roger de G..., âgé de dix ans et demi, était en pension, à la fin de 1882, au collège des dominicains d’Arcachon. Un matin, se sentant fatigué, il demanda à rester au lit plus tard que de coutume. Le surveillant du dortoir ne voulut pas accorder l’autorisation demandée, et pour être bien sur que l’enfant ne se rendormirait pas, il lui aspergea le visage avec quelques gouttes d’eau froide. Roger fut extrêmement blessé de ce procédé. Il s’en plaignit amèrement à ses parents, et comme ceux-ci ne paraissaient pas attacher grande importance à ses plaintes, il concentra son ressentiment sans l’oublier. Quelques jours après, pendant les vacances du premier de l’an, il fut pris de grandes attaques convulsives accompagnées de contractures, de photophobie, de délire. L’enfant tenait des propos incohérents; il émettait des idées peu en rapport avec son âge et son éducation; il parlait nègre : « moi pas content, moi souffrir de la tète, etc. »; il interpellait grossièrement les personnes qui le soignaient, etc.
C’est alors que je le vis pour la première fois en consultation avec mon Irès distingué confrère M. le Dr Hameau (d’Arcachon). Le diagnostic d’hyslérie infantile s’imposait. Nous conseillâmes de séparer momentanément l’enfant de sa famille qui l’entourait d’une sollicitude excessive, et de lui faire suivre un traitement hydrothérapique régulier à Bordeaux. On l’envoya dans la maison de santé dirigée par M. le Ü1' Delmas. En très peu de temps les accidents s’apaisèrent. L’enfant revint à Arcachon tout à fait rétabli, au moins en apparence, dans le courant du mois de mars. Mais le 2 avril, sans convulsions préalables, sans cause connue, il devint incapable de se tenir debout et de marcher. On le transporta de nouveau à Bordeaux, où je le trouvai dans l’état suivant :
Lorsqu’il était étendu sur son lit ou assis sur un fauteuil, il pouvait mouvoir ses jambes dans tous les sens et sans aucune difficulté. Il donnait des coups de pied vigoureux; il opposait une résistance très grande aux efforts qu’on faisait pour fléchir malgré lui ses jambes sur ses cuisses; il