‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 166 sur 208 · VARIETES CLINIQUES DE L'A BASIL · texte numérisé non relu

VARIETES CLINIQUES DE L'A BASIL

toujours été d’une émotivité excessive, pleurant à chaudes larmes pour le moindre reproche, tremblant comme une feuille pour la moindre peur.

Vers le 18 décembre 1888, il eut une légère stomatite qui dura Irois ou quatre jours seulement. Pendant le cours de celte indisposition, il déclara qu’il ne pouvait plus se tenir sur ses jambes, et, de lait, quand on voulait le faire lever, il s’affaissait complètement. Couché sur le dos, il remuait ses jambes sans la moindre difficulté; il jouissait de toute sa force. Mais aussitôt qu’il était mis sur ses pieds, il s’affaissait comme une masse. Sous l’influence d’un traitement général tonique et de frictions excitantes, ces symptômes s’amendèrent assez rapidement, puisqu’au bout de deux mois, l’enfant pouvait faire d’assez longues promenades et jouer avec ses petits camarades. Cependant il était vite fatigué eL, de temps en temps, il

s’affaissait encore subitement, mais se relevait aussitôt.

Les choses en étaient là, lorsque le 20 avril, à la suite d’une légère réprimande qui lui fut adressée à table, la pseudo- paralysie a reparu. Elle se présente avec les caractères suivants : lorsque l’enfant est couché ou assis, il n’offre rien d’anormal; lorsqu’il est debout, il se tient quelques instants fort bien, puis tout à coup ses jambes s’effondrent, et il est obligé

de faire un effort violent pour se remettre en équilibre, Cela se répète

toutes les quatre ou cinq secondes.

Les mêmes phénomènes se produisent dans la marche. L’enfant fait avec assurance dix ou douze pas, puis tout à coup il s’affaisse. En général il se relève comme s’il était mû par un ressort, avant de s’être étendu par terre; mais de temps en temps il tombe sur le sol.

J’ajoute, pour être complet, que la force est intégralement conservée dans les muscles des jambes, qu’il n’y a aucun signe de lésions articulaires, que les réflexes rotuliens sont normaux, qu’il n’existe pas de trépidation épileptoïde.

Les stigmates hystériques sont réduits au minimum : la sensibilité cutanée est normale; le réflexe pharyngien est conservé; il n’y a pas de

diathèse de contracture; ou ne trouve rien autre chose à signaler qu’un

double rétrécissement concentrique des champs visuels. Mais c’est bien suffisant pour confirmer le diagnostic1.

On a décrit sous le nom d ’abasie trépidante une variété de l’abasie hystérique dans laquelle les membres inférieurs sont le siège, dans la seule position verticale, d’un tremblement involontaire plus ou moins intense. Les observations n’en sont pas rares. M. Charcot, M. lilocq, M. Grasset en ont rapporté des exemples. Je vous en ai aussi montré quelques-uns quand nous nous sommes occupés ensemble des tremblements hystériques2. Je n’y revien-

1 J'ai appris, depuis que cette leçon a été faite, que le jeune Canz... avait recommencé à marcher quelques jours après son retour dans sa famille.

2 Voyez XXIIIe leçon, observations des nommés Roub..., p. 289, et Guin..., p. 293.

402 DES PARAPLÉGIES HYSTÉRIQUES.

drai pas, mais en revanche je voudrais vous parler d’une autre variété d’abasie à laquelle on pourrait donner le nom de sautillante. Elle est caractérisée par cette particularité que les malades ne peuvent progresser qu’en faisant de petits sauts qui donnent à leur allure la plus singulière apparence.

En voici un exemple :

Oiïs. V. — Abasie hystérique à forme sautillante chez un petit garçon de onze ans — Alide Gl..., âgé de onze ans, m’a élé adressé au mois de novembre 1889 par un médecin très distingué du Tarn-et-Garonne, M. le l)r Cabadé, de Valence -sur- Lot.

Ses antécédents héréditaires laissent beaucoup à désirer. Sa mère appartient à une famille dont plusieurs membres sont perclus de rhumatismes; son père a eu à différentes reprises des accès épileptiformes (?) qui ont disparu à la suite d’un traitement prolongé par le bromure de potassium.

Lejeune Gl... a joui pendant sa première enfance d’une bonne santé. Il a eu cependant quelques poussées d’eczéma. 11 est fort intelligent et très émotif.

Au mois de mars 1889, il ressentit dans la cuisse droite des douleurs assez vives accompagnées d’un léger gonflement des ganglions de l’aine. Après quelques jours de repos, la tuméfaction ganglionnaire se dissipa, mais les douleurs persistèrent. Dès ce moment, la marche devint difficile : le petit malade ne pouvait, sans souffrir, appuyer son pied droit sur le sol. Un beau jour, sans cause connue, la douleur passa de droite à gauche, et c’est la jambe gauche qui devint impotente. Cet état persista sans aucune modification appréciable, malgré des traitements très variés (bains, douches, pointes de feu, électrisation, aimantation, sédatifs nervins, etc.) jusqu’au mois de juillet. La santé générale restait excellente; l’enfant, dont la gaieté n’était pas altérée, sautait toute la journée sur la jambe droite; il ne souffrait que lorsqu’il essayait de s’appuyer sur sa jambe gauche. Dans le décubitus dorsal, tous les mouvements étaient possibles et indolents.

Dans le courant du mois de juillet, après une consultation à laquelle prirent part MM. Cabadé (de Valence) et Bonnemaison (de Toulouse), le petit malade fut envoyé à Saint-Sauveur (Hautes -Pyrénées). Pendant le voyage, il guérit. Arrivé à Saint-Sauveur, il put descendre seul du train et marcher comme s’il n’avait jamais rien eu d’anormal. Cette guérison persista jusqu’au mois d’octobre.

A cette époque, le jeune Gl... se plaignit de douleurs dans les genoux, le dos, les hanches, et les symptômes d’abasie commencèrent à se montrer. Le 30 novembre je constatai les phénomènes suivants :

État général excellent: l’enfant est frais, vigoureux, actif; l’appétit est bon, l’intelligence vive. Apyrexie complète.

Il n’existe aucune lésion locale des articulations ni de la colonne vertébrale.

Quand le malade est étendu sur un lit, tous les mouvements volontaires

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