‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 167 sur 208 · VARIETES CLINIQUES DE L'ABASIE · texte numérisé non relu

VARIETES CLINIQUES DE L'ABASIE

sont possibles et indolents. Les mouvements passifs, les tractions des membres, les chocs au niveau des articulations ne déterminent non plus aucune douleur.

Quand il est à genoux, il se tient fort bien en équilibre et peut progresser normalement. Il court avec agilité quand on le met à quatre pattes. Il peut se relever sans difficultés et sans prendre les attitudes signalées par M. Gowers chez les sujets atteints de paralysie pseudo- hypertrophique.

Quand il est debout, il reste immobile aussi longtemps qu’on le désire. Il peut également marquer le pas sur place. Mais si on le prie de marcher, il ne peut y arriver qu’en se tenant sur la pointe des pieds, en faisant de petits pas de dix à douze centimètres de longueur et en sautillant comme une pie. Il lui est impossible de progresser autrement; s’il veut faire des pas plus grands, il éprouve aussitôt dans les reins une douleur aiguë et s’affaisse sur le sol. Cependant, si on le soulève par les aisselles de façon à ce que ses pieds ne touchent plus terre, il peut, sans la moindre difficulté et sans en éprouver la moindre douleur, lancer librement ses jambes dans tous les sens et leur imprimer des mouvements pendulaires d’une grande amplitude.

Pas d’anesthésie de la face ni des muqueuses. Réflexes rotuliens et pharyngiens conservés. Les champs visuels n’ont pas été examinés1.

Telles sont, Messieurs, les principales variétés cliniques de l’abasie hystérique. L’interprétation pathogénique de cet intéressant syndrome est, dans l’état actuel de nos connaissances, entouré d’une certaine obscurité. M. Blocq en donne cependant une théorie qui paraît reposer sur des bases sérieuses. Il part de cette idée que la marche est un acte automatique secondaire. On apprend à marcher par un long et pénible apprentissage qui a pour effet d’adapter un mécanisme physiologique à une fonction déterminée.

« Au début, dit-il, toutes les forces de l’attention et de la volonté sont employées à organiser, à régulariser ce mécanisme, mais à mesure que le sujet est de plus en plus expert, les phénomènes deviennent de plus en plus automatiques, inconscients. Le rôle cortical s’efface graduellement, et presque tout se passe désormais dans les centres spinaux. Dans ces centres s’est organisé un appareil de cellules reliées entre elles, qui fonctionne de lui-même suivant de certaines règles lorsqu’il est mis en jeu par une influence venue de l’écorce... M. Charcot rend ce mécanisme saisissant à l’aide d’une image. Il compare les divers centres médullaires relatifs à la marche à ces rouleaux de cuivre des boîtes à musique, hérissés de petites pointes, dont la disposition

1 Trois semaines après, l’enfant guérissait subitement. Depuis le mois de décembre 1889 il marche et court avec autant d’assurance et d’agilité que les autres enfants de son âge.

DES PARAPLÉGIES HYSTÉRIQUES.

variable correspond à des airs différents. Dans le groupe cérébral cortical serait le ressort qu’il suffît de déplacer pour mettre 1 appareil en action. La comparaison nous paraît d’autant plus instructive en la circonstance que le même ressort a, dans l’orgue, la double fonction de suspendre le mouvement et de changer l’air. C’est ainsi que, dans le cas de la marche, les centres spinaux, une fois activés par le centre cortical, continuent à agir automatiquement jusqu’à ce que survienne l’ordre d’arrêt; et l’on conçoit qu’au lieu de commander soit la station, soit la marche, le groupe cérébral puisse mettre en jeu les groupes cellulaires spinaux où réside le mécanisme de la course ou du saut, etc. »

Ceci étant admis, M. lllocq pense que le trouble fonctionnel qui détermine l’abasie peut être considéré comme le résultat d’une intluenee d’arrêt portant son action soit sur le centre cortical de l’impulsion à la marche, soit sur le centre spinal d’exécution de la marche. La théorie est fort séduisante, et l’on peut ajouter qu’elle s’applique également, mutatis mutandis , à toutes les paralysies hystériques lesquelles paraissent dépendre toujours d’inerties fonctionnelles siégeant tantôt dans les groupes cellulaires de l’écorce cérébrale, tantôt dans ceux de la moelle allongée ou de la moelle épinière, c’est-à-dire dans les centres d’impulsion volontaire ou dans les centres d’exécution motrice.

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