‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 169 sur 208 · ANALYSE DES OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

ANALYSE DES OBSERVATIONS

Kilos survenaient en général par crises d’une durée variable de quelques heures à quelques jours, comme dans l’ataxie vraie.

hes douleurs en ceinture sont presque aussi souvent notées. La malade de M. lluchard était comme «serrée dans une cuirasse»; celle de M. Ballet avait la sensation «d’une ceinture entourant le thorax»; l’homme dont j’ai eu l’occasion de pratiquer l’autopsie avait « le bas du ventre et le haut des cuisses comme serrés dans un filet à mailles étroites ».

Kn même temps, existent habituellement des douleurs rachidiennes spontanées ou provoquées par la pression. M. lluchard a noté chez sa malade une douleur sourde le long de la colonne vertébrale, douleur qui devenait assez vive quand on comprimait les apophyses épineuses dorsales. Le sujet observé par M. Michaut avait une plaque d’hyperesthésie siégeant au niveau des trois premières apophyses épineuses dorsales.

Des fourmillements désagréables, des engourdissements des membres inférieurs ont été constatés quelquefois, ,11s étaient très intenses dans l’observation de MM. Lecorché et Talamon. Le malade de M. Féré avait, en outre, des -plaques d'hyperesthésie cutanée. Le simple frottement de son pantalon autour du genou lui était extrêmement pénible, et il était parfois obligé de retirer son porte-monnaie de sa poche à cause des sensations douloureuses que lui faisait éprouver le contact d’un corps résistant avec la cuisse.

Deux malades avaient de Y hyperesthésie plantaire ; le premier avait la sensation d’un corps étranger interposé entre ses pieds et le sol (obs. Kowalewski); le second éprouvait constamment la sensation d’une plaie vive ou d’une brûlure siégeant sous la plante des pieds (obs. Ballet).

D’autres avaient de Ycinesthésie plantaire et ne sentaient pas ou sentaient mal la résistance du sol. Ainsi, le malade de M. Michaut croyait toujours marcher sur un tapis moelleux ou sur du coton, et le malade dont j’ai pratiqué l'autopsie avait une sensation très curieuse de dénivellement; il lui semblait, quand il appuyait le pied par terre, que le sol s’enfonçait de deux à cinq centimètres. Toutefois ces phénomènes d’anesthésie plantaire sont relativement rares chez les pseudo-tabétiques; dans la plupart des observations il est dit que la notion de résistance du sol était bien conservée. Il faut ajouter aussi que les réflexes au chatouillement de la plante des pieds, qui sont communément abolis chez les ataxiques

vrais, sont presque toujours normaux dans les cas de pseudo-tabes, ils étaient même exagérés dans l’observation de MM. Lecorché et Talamon.

Le sens musculaire ou plutôt la sensation de position des membres est ordinairement conservée. Les pseudo- tabétiques se rendent habituellement compte, les yeux fermés, des déplacements qu’on imprime à leurs membres inférieurs. Cependant cela n'est pas constant. Le malade de M. Michaut perdait ses jambes dans le lit et ne pouvait attraper ses talons sans tâtonnements qu'avec le secours de la vue.

11 en est de même pour les réflexes patellaires qui sont le plus souvent normaux (obs. Ballet, Ilucliard, etc.), et parfois exagérés (obs. Michaut), ou même considérablement augmentés (obs. Lecorché et Talamon). Il est exceptionnel qu’ils soient abolis; cependant ils ont disparu temporairement chez le malade de M. Féré et dans le cas de M. le I)1' Petit (de Rennes) l’abolition des réflexes rotuliens est explicitement signalée.

Quelques troubles de la vision ont été notés chez les pseudotabétiques. Un de ces malades avait comme un brouillard devant les yeux (obs. Ballet), un autre présentait un léger affaiblissement de l’acuité visuelle (obs. Michaut); deux ou trois ont eu de la diplopie passagère. Jamais on n’a constaté chez eux ni l’atrophie blanche de la papille qui complique si souvent l’ataxie vraie, ni la modification particulière des réactions pupillaires (abolition des réflexes aux excitations lumineuses coïncidant avec la conservation des réflexes aux efforts d’accommodation) qui est connue sous le nom de signe d’Argyll Robertson et qui a une si grande importance dans le diagnostic des périodes initiales de la sclérose des cordons postérieurs.

Parmi les autres symptômes constatés dans le pseudo -tabes, il faut signaler : la paresse vésicale avec lenteur de la miction (deux cas), la polyurie (deux cas), le ténesme rectal avec faux besoins d’aller à la garde-robe (un cas), les crises gastralgiques avec vomissements douloureux et gastrorrhée (deux cas), l’apparition (Y ecchymoses spontanées (un cas).

Enfin les malades présentaient souvent, en outre des accidents directement attribuables au pseudo-tabes, des stigmates hystériques (hémi-hypoesthésie, abolition du réflexe pharyngien, rétrécissement des champs visuels) ou des symptômes de neurasthénie (céphalée en casque, mélancolie anxieuse, etc.).

Kn résumé, Messieurs, l’analyse que nous venons do faire des observations de pseudo-tabes névropathique publiées jusqu’à ce jour, démontre que le tabes vrai et le pseudo-tabes ont quelques symptômes communs. Les troubles de l’équilibration et de la marche, le signe de Romberg, les phénomènes sensitifs sont ou peuvent être identiques dans les deux cas. Les différences tiennent surtout à l’absence ou à la présence des réflexes rotuliens et plantaires, du signe d’Argyll Robertson, de l’atrophie papillaire. Ils tiennent aussi aux antécédents des malades et à l’existence ou à la non -existence de symptômes nerveux dépendant de la neurasthénie ou de l’hystérie.

Le malade à l’occasion duquel nous avons été amenés à nous occuper aujourd’hui du pseudo-tabes hystérique est un homme de trente-sept ans, qui se plaint d’éprouver des douleurs aiguës à type franchement fulgurant. De plus, il marche avec une extrême difficulté, lançant parfois ses jambes au delà du but à atteindre comme le font les véritables ataxiques. Les yeux ouverts, il se tient assez bien dans la position verticale; les yeux fermés, il hésite, chancelle et tombe. 11 a perdu la notion de position des membres inférieurs; il a eu à diverses reprises des troubles de la vue; à certains moments sa vessie se vide difficilement. Voilà, vous en conviendrez, un ensemble de symptômes de nature à faire songer à l’ataxie locomotrice progressive. Cependant l’histoire des antécédents du malade et l’analyse attentive des phénomènes morbides qu’il présente actuellement me font penser que nous sommes en présence d’un cas de pseudo-tabes hystérique. Pour vous en convaincre, je vais vous donner connaissance de l’observation détaillée recueillie par l’un des meilleurs externes du service, M. R. Rivière :

Ons. VI. — Pseudo-tcibes hystérique. — François Mouj., âgé de trentesept ans, garçon épicier, né à Besançon, est entré à l’hôpital Saint-André le 13 janvier 1890. Il se plaint de douleurs fulgurantes dans les jambes, dans la tête, au creux épigastrique, et de difficultés de la marche.

Antécédents héréditaires : Son grand-père et sa grand’m'ere sont morts à un âge très avancé. Son père, âgé de soixante-quinze ans, jouit encore d’une excellente santé; il n’a point fait abus d’alcools. Sa mère, âgée de soixante-quatorze ans, est très bien portante; elle est un peu vive,

mais elle n’a jamais eu d’attaques de nerfs. Deux frères du malade ont été tués dans une explosion de pièces d’artifices à Paris. Deux de ses sœurs sont mortes de la petite vérole; une autre est morte de la fièvre typhoïde, une quatrième d’une maladie de cœur. Quatre de ses sœurs vivent encore, se portent très bien et n’ont présenté aucun accident sérieux.

François affirme énergiquement que, dans sa famille, il n’y a jamais eu de maladies nerveuses ni mentales.

Antécédents personnels : A quinze ans François quittait Pesançon et se rendait à Paris, où il entrait comme employé dans une épicerie. 11 resta dans cette maison jusqu’à son départ pour l’infanterie de marine, et, à Paris pas plus qu’au régiment, il ne se livra à des excès alcooliques ou sexuels.

En 1870, il eut la petite vérole.

Envoyé au Sénégal en 1877, il y fut pris, après cinq mois de séjour, d’une insolation; il resta deux mois à l’hôpital, et, pendant le premier mois, il eut un délire tellement violent qu’on fut obligé de lui mettre la camisole de force. Il rentra ensuite dans sa compagnie, après avoir refusé un congé de convalescence. Depuis cette insolation, François souffrit de maux de tète intermittents. Il rengagea en 1879 et alla d’abord en Cochinchine, où il souffrit de la malaria, puis en Australie.

Au mois de janvier 1884, il ressentit de violents maux de tète, des douleurs dans les reins; il urina du sang (bien qu’il n’ait eu précédemment aucun accident vénérien) ; en même temps il sentit que ses jambes devenaient raides et il eut un nouvel accès de délire qui dura trois semaines; quand il revint à la raison, il se trouva paralysé des deux jambes. C’est alors qu’il fut rapatrié, et, à Rochefort, le médecin principal lui donna le certificat de visite suivant :

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