ÉLÉMENTS DU DIAGNOSTIC
membres inférieurs. Les yeux fermés, le malade ne se rend pas compte des déplacements qu’on imprime à ses jambes : il ne peut pas attraper ses talons avec ses mains; il perd ses jambes dans son lit.
Les muscles des membres inférieurs ont leur volume normal ; ils sont fermes et un peu sensibles à la pression. La force y est bien conservée.
Les réflexes rotuliens ne sont pas abolis. Celui du côté droit est plus ample et plus brusque que celui du coté gauche.
Le réflexe au chatouillement plantaire est affaibli.
L'introduction du doigt au fond du pharynx ne provoque pas de hautle-cœur.
La miction est facile. Le malade a quelquefois de la spermatorrhée. 11 n’a plus d’érection depuis plusieurs mois.
Les appareils respiratoire, circulatoire et digestif ne présentent rien d’anormal.
L’intelligence est intacte. Le sommeil est souvent troublé par des cauchemars terrifiants. Pas de céphalée. Le caractère est inquiet, chagrin, mobile à l’excès.
En résumé, François M... présente des symptômes qui ressemblent incontestablement à ceux de l’ataxie locomotrice progressive. Il a des douleurs à type fulgurant, de l’incoordination motrice exagérée par l’occlusion des yeux, des troubles profonds du sens musculaire, etc. Mais c’est un névropathe qui a eu antérieurement des accidents complexes dont quelques-uns au moins (anesthésie de la muqueuse conjonctivale, attaques de sommeil) sont de nature hystérique. Avant de poser un diagnostic ferme, il faut savoir si l’hystérie ne pourrait pas également expliquer les symptômes actuels.
Vous remarquerez tout d’abord que notre malade n’a que les symptômes les plus saillants du tabes : les douleurs à type fulgurant et les troubles de la coordination motrice. Plusieurs signes moins apparents, mais tout aussi importants pour l’établissement du diagnostic, font défaut. Les réflexes rotuliens sont conservés; les réactions de l’iris à la lumière et à l’accommodation sont normales; il n’y a pas d’atrophie blanche de la papille.
Or, c’est précisément ainsi que se sont passées les choses chez la plupart des malades atteints du pseudo-tabes hystérique dont les observations ont été publiées. Les symptômes extérieurs du tabes étaient très nets, mais les symptômes latents, ceux qu’on pourrait ajuste titre appeler les stigmates tabétiques : le signe de Westphall, la papille d’Argyll Robertson, l’atrophie papillaire, etc., faisaient défaut.
Dès lors, nous devons, ce me semble, raisonner de la façon suivante: Notre malade a des symptômes sensitifs et moteurs qu’on peut rencontrer également dans le tabes vrai et dans le pseudotabes hystérique. Il est en outre porteur de quelques stigmates hystériques (abolition du réflexe pharyngien, rétrécissement concentrique des champs visuels) et ne présente pas de stigmates tabétiques (signe de Westphall, signe d’Argyll Robertson, atrophie papillaire). En conséquence, il est très vraisemblablement atteint de pseudo-tabes hystérique. Il n’a pas de lésions indélébiles de la moelle épinière. C’est un de ces faux ataxiques qui peuvent guérir d’un instant à l’autre sous l’influence de simples émotions morales.