‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 172 sur 208 · TRENTE-SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-SIXIÈME LEÇON

DES TROUBLES TROPHIQUES DANS L’HYSTÉRIE

SOMMAIRE

I. Œdème des membres inférieurs simulant une phlegmatia cilba dolens, survenu chez une hystérique à la suite de contrariétés et modifié par l’aimantation.

II. Réfrigération permanente des jambes dans un cas de paraplégie hystérique : guérison par la faradisation.

III. Atrophie musculaire hystéro-traumatique sans paralysie ni contracture préalables.

IV. Paralysie faciale hystéro-traumatique avec affaiblissement rapide de l’excitabilité

électrique des muscles du visage.

V. Eschare fessière et chute spontanée des dents dans le cours d’une paralysie hystérique des quatre membres.

Messieurs,

Jusque dans ces dernières années, l’opinion à peu près unanime des cliniciens était que l’hvstérie ne détermine pas de troubles trophiques, fies œdèmes, signalés jadis par Sydenham et par Brodie, étaient considérés comme des exceptions tellement rares qu’il n’y avait presque pas lieu d’en tenir compte, et, dans la pratique, il suffisait qu’on constatât une modification notable de la nutrition locale pour qu’on éliminât l’hypothèse de l’hystérie. Les études entreprises récemment sur les atrophies musculaires liées aux paralysies et aux contractures hystériques 1 ont été, pour beaucoup de médecins, une révélation imprévue. Elles ont ouvert la voie à des recherches qui nous ménagent probablement bien d’autres surprises.

A vrai dire, il est encore impossible de tracer une histoire didactique complète des troubles trophiques dépendant de l’hystérie; mais les faits s’accumulent petit à petit, et dans un avenir prochain ils seront sans doute assez nombreux pour servir de base à des

1 Voyez XXX(; leçon, page 394 et suivantes.

DES TROUBLES TROPHIQUES DANS LTIYSTÉRIE.

déductions rigoureusement établies. Pour le moment il convient de recueillir des documents. Aussi vais-je vous faire connaître, sans y ajouter de longs commentaires, quelques exemples de troubles trophiques et vaso-moteurs que nous avons eu l’occasion d’observer sur les hystériques de notre service.

L’œdème se montre assez souvent, chez les hystériques, à titre de complication des contractures ou des paralysies. Il est rare qu’il survienne indépendamment de tout trouble concomitant de la motricité. Cependant l’existence de l’œdème hystérique isolé est admise par la plupart des auteurs classiques. Sydenham a même depuis longtemps indiqué les principaux caractères qui permettent de distinguer cette variété d’infiltration œdémateuse de celle qui dépend de lésions organiques vulgaires: «On peut toujours, dit- il, observer deux choses dans l’enflure des hydropiques, c’est qu’elle est plus considérable le soir et que, quand on la presse fortement avec le doigt, l’impression y reste comme dans la cire molle. Au contraire, l’enflure des personnes hystériques est plus grande le matin, et quand on la presse avec le doigt il ne reste aucune marque. Le plus souvent aussi l’enflure n’est qu’à une des deux jambes b »

Néanmoins les exemples d'œdème hystérique indépendant de toute complication susceptible de jeter le doute sur l’exactitude du diagnostic sont peu nombreuses. Georget, Landouzy, Briquet n’en ont, à ma connaissance, rapporté aucun, et ceux qu’on rencontre çà et là dans les recueils périodiques sont rédigés avec si peu de détails, qu’il est à peu près impossible de fonder sur eux un jugement sérieux.

L’observation suivante, recueillie à la consultation externe de notre clinique, par M. Fischer, me paraît être à l’abri de ces reproches :

Observation I. — Œdème hystérique des membres inférieurs. — * Ml,a G..., âgée de vingt ans, est une belle et grande jeune fdle qui a joui jusque dans ces derniers temps d’une bonne santé. Son père et sa mère n ont jamais eu d accidents nerveux. Ils ont huit enfants, tous vivants et bien portants. Mlle G..., qui est la cadette, s’occupe très activement de

1 Sydenham, Dissertation sur l’affection hystérique.

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