ŒDÈME HYSTÉRIQUE
exercée avec une certaine énergie. La pression de la cuisse, même le long du trajet de la veine saphène interne, est indolente. Il n’y a pas de douleurs spontanées.
La température des téguments est sensiblement égale des deux côtés.
Tous les mouvements de la jambe, du pied et des orteils sont exécutés normalement. La marche est possible, mais elle est suivie d’une fatigue rapide et d’une augmentation considérable de l’œdème.
Le sens musculaire est intact.
Le réflexe rotulien est normal à droite et très affaibli à gauche. Le réflexe au chatouillement plantaire est aboli des deux côtés.
La calotte crânienne en totalité, la moitié gauche de la face, le membre supérieur gauche jusqu’au moignon de l’épaule, le membre inférieur gauche jusqu’à la crête iliaque sont analgésiques (fig. 60), mais les piqûres pratiquées sur ces parties saignent et ne s’entourent pas de papules saillantes. La moitié droite de la face est hypoesthésique. Les membres du côté droit, le tronc et le cou ont conservé leur sensibilité normale.
Les conjonctives sont complètement anesthésiques. Le champ visuel est rétréci concentriquement, des deux côtés, beaucoup plus à gauche qu’à droite (fig. 70). Pas d’achromatopsie ni de dyschromatopsie.
L’ouïe, le goût et l’odorat sont intacts, mais le chatouillement de la muqueuse du nez ne provoque pas d’éternuement, et la piqûre de la langue n’est pas perçue douloureusement. Pas de zones spasmogènes.
Le cœur paraît absolument sain.
Les urines sont claires, limpides, abondantes et ne donnent aucun précipité par la chaleur ni par l'acide nitrique.
L’appétit est assez bon. Les maux de tète, si violents au début de la maladie, ont disparu depuis plusieurs semaines. La malade n’a pas d’attaques de nerfs, mais elle éprouve souvent de véritables accès d’énervement accompagnés de pandiculations involontaires et de secousses musculaires dont il lui est impossible de se rendre maîtresse. L’hypnotisation n’a pas été tentée.
Du 22 février au 1er mars, nous faisons appliquer tous les deux jours, pendant une heure chaque fois, un fort aimant sur la jambe gauche de la malade. Dès la première application, la sensibilité cutanée reparaît, sans transfert, dans tout le membre inférieur gauche.
Le 27 février, on constate une diminution très notable do l’œdème. Le 28, la malade nous raconte qu’elle est restée toute la journée précédente debout dans le magasin tenu par sa mère sans éprouver de fatigue. Le lor mars, l’enflure n’est plus appréciable : il y a à peine un centimètre de différence entre les deux mollets. La malade cesse de venir à la consultation.
Cette observation, Messieurs, me paraît fort intéressante. Elle offre, si je ne me trompe, un exemple très net d’œdème névropathique localisé, survenu chez une jeune fille manifestement hystérique à la suite d’une émotion morale et guéri par l’aimantation. Ainsi que l’indique Sydenham, cet œdème était dur, élastique,
DES TROUBLES TROPHIQUES DANS L’HYSTÉRIE
résistant sous le doigt, mais, contrairement aux affirmations du médecin anglais, il était beaucoup plus marqué le soir que le matin. Il ne faudrait donc pas considérer l’exagération vespérale de la tuméfaction comme un élément positif de diagnostic différentiel entre les œdèmes hystériques et les œdèmes organiques ou dyscrasiques.
L’œdème névropathique est le résultat d’une paralysie vasomotrice avec dilatation permanente des capillaires. On peut observer dans l’hystérie un état inverse des réseaux vasculaires, c’est-à-dire une contracture permanente des vaisseaux se traduisant par la pâleur et la réfrigération des tissus. Nous en avons eu un exemple sous les yeux dans un cas de paraplégie hystérique dont voici l’histoire :
Obs. II. — Paraplégie hystérique flaccide. Réfrigération permanente de la peau des jambes. Abolition des réactions vascidaires provoquées par les sinapismes. Guérison par la faradisation. — Marie M..., vingtquatre ans, tailleuse, est entrée à l’hôpital Saint-André, salle 7, lit 23, pour une paralysie des membres inférieurs.
Antécédents héréditaires : Père mort à quarante-six ans d’une fluxion de poitrine; c’était, au dire de la malade, un homme doux et rangé. Mère rhumatisante. Deux sœurs sont sujettes à des attaques de nerfs.
Antécédents personnels : A six ans, Marie a eu des douleurs si aiguës dans le bas-ventre et dans les membres inférieurs qu’elle est restée deux ans sans pouvoir marcher. A dix ans, fièvres intermittentes. A seize ans, fluxion de poitrine. A dix- sept ans, elle est entrée à l’hôpital pour des palpitations de cœur accompagnées d’œdème des membres inférieurs et d’ascite (?). Après dix-huit mois de maladie, elle guérit intégralement, quitta l’hôpital et se maria. A dix-neuf ans, fausse couche de deux mois. A vingt et un ans, péritonite (?) consécutive à un refroidissement. Jamais d’attaques convulsives.
Début de la paraplégie : Il y a six mois, Marie M... devint enceinte pour la seconde fois. Pendant trois mois et demi tout, alla pour le mieux, mais à cette époque, une chute sur le dos détermina, au grand désespoir de la malade, une seconde fausse couche. Les jours suivants une péritonite se déclara. Marie resta confinée au lit, souffrant beaucoup du ventre, des reins et des membres inférieurs. Quand les accidents aigus se calmèrent, elle s’aperçut que ses jambes étaient inertes, et depuis lors il lui a été impossible de les remuer.
Liât actuel : Les membres inférieurs sont paralysés et flasques; on peut les fléchir ou les étendre sans éprouver la moindre résistance, mais la