REFROIDISSEMENT DES TISSUS
malade est incapable de les mouvoir volontairement. Les masses musculaires des cuisses et îles mollets ont conservé leur volume normal. Les
Fie. 71. — Distribution de l’anesthésie cutanée chez Marie M.
réactions électriques des muscles et des nerfs ne sont pas modifiées. L’excitabilité galvanique est peut-être un peu diminuée dans les triceps suraux, mais il n’y a pas de réaction de dégénérescence. La notion de
DES TROUBLES TROPHIQUES DANS L’HYSTÉRIE
position des membres inférieurs est abolie; la malade ne se rend pas compte, quand elle a les yeux fermés, des déplacements qu on imprime a ses jambes. Les réflexes rotuliens sont faibles. Pas de trépidation épileptoïde.
Les jambes çt les pieds sont le siège d’une anesthésie totale et complète, aussi bien de la peau que des parties profondes (fig. 71). Les piqûres pratiquées sur ces régions ne sont pas perçues et ne saignent pas; les sinapismes placés sur les mollets ne provoquent ni rubéfaction ni sensations douloureuses.
La température des jambes et des pieds est beaucoup plus basse que celle des cuisses et du tronc : elle est de 25° sur les jambes, de 34° sur les cuisses et de 38° dans le vagin.
La malade se plaint d’éprouver constamment dans les extrémités inférieures une sensation pénible et permanente de froid. De plus, elle ressent dans les reins, les cuisses et les jambes, des douleurs rongeantes qui s’exaspèrent à certains moments au point de devenir insupportables.
Les fonctions de la vessie et du rectum s’exécutent régulièrement. Les membres supérieurs ne présentent aucun trouble de la sensibilité ni de la motilité. Le cœur est sain. L’utérus est un peu plus volumineux et un peu moins mobile qu’à l’état normal.
Le réflexe pharyngien est conservé. Les deux champs visuels sont rétrécis concentriquement (fig. 72). Les couleurs sont bien distinguées. Il n’y a pas de polyopie monoculaire.
La colonne vertébrale n’est le siège d’aucune déformation ni d’aucune sensibilité anormale à la pression. On peut percuter vigoureusement toutes les apophyses épineuses sans provoquer de douleurs.
En présence de ces symptômes je portai le diagnostic de paraplégie hystérique, fondé sur les considérations suivantes :
1° Marie M... a deux sœurs hystériques et elle a eu elle -même dans son enfance et dans sa jeunesse des accidents étranges dont la guérison intégrale permet de soupçonner la nature névropathique.
2° La paraplégie a débuté à la suite d’une contrariété; la malade désirait un enfant; elle était heureuse d’être enceinte et ses espérances ont été brusquement déçues par l’accident qui a interrompu le cours de sa grossesse.
3° Cette paraplégie, qui dure déjà depuis deux mois, est restée flaccide et ne s’est pas compliquée d’atrophie des muscles paralysés. Ces muscles ont même conservé leurs réactions électriques normales. Or, les paraplégies organiques qui restent llaccides s’accompagnent, a brève échéance, d’atrophie musculaire ou tout au moins de modifications des réactions électriques.
4° L’anesthésie et la paralysie motrice ne se superposent pas d’une façon concordante: la première est limitée aux jambes et