‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 176 sur 208 · ATROPHIE MUSCULAIRE HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

ATROPHIE MUSCULAIRE HYSTÉRIQUE

aux pieds; la seconde s’étend à toute la musculature des membres inférieurs. Une lésion médullaire rendrait difficilement compte de cette discordance qui est toute naturelle s’il s’agit d’une paraplégie hystérique.

5° Il n’y a pas de troubles de la miction ni de la défécation, ce qui serait fort extraordinaire si la paraplégie était causée par une lésion destructive de la moelle épinière.

0° Enfin, nous trouvons dans le rétrécissement concentrique des champs visuels un stigmate hystérique d’une réelle importance.

Les événements ultérieurs ont démontré l’exactitude du diagnostic. Marie M... a été soumise à un traitement actif par la faradisation. Dès les premières séances la sensibilité a reparu dans les jambes. A la huitième, la guérison était complète. A ce moment les jambes avaient une température normale. Le thermomètre placé sur les mollets marquait 32° 8, sur la cuisse 34° 2, dans le vagin 38° 1. Un sinapisme appliqué pendant dix minutes sur la jambe droite provoqua une rubéfaction très notable de la peau sous-jacente et une vive douleur.

Les atrophies musculaires qui accompagnent si souvent les paralysies et les contractures hystériques tiennent, selon toute vraisemblance, à un trouble purement dynamique des cellules des cornes antérieures de la moelle. Mais les modifications intra-cellulaires dont dépend l’atrophie sont autres que celles qui causent la paralysie ou la contracture, puisque les deux séries de phénomènes ne sont pas nécessairement associées et qu’on observe fréquemment des cas de paralysie hystérique ou de contracture hystérique de longue durée, sans traces d’atrophie musculaire concomitante, et quelquefois des cas d’atrophie musculaire hystérique sans paralysie ni contracture concomitantes.

Les faits appartenant à ce dernier groupe, c’est-à-dire les faits d’atrophie musculaire hystérique primitive, sont peu connus je crois cependant en avoir vu quelques-uns, et le malade que je vous présente me paraît être de ce nombre.

1 MM. Gilles de La Tourette et Dutil en rapportent un dans leur mémoire sur les Troubles trophiques dans l’hystérie ( Nouvelle Iconographie photographique de la Salpêtrière, 1889, t. II, obs. I, p. 253).

DES TROUBLES TROPHIQUES DANS L’HYSTÉRIE

Ons. III. — Atrophie musculaire hystérique sans paralysie ni contracture. — Bar..., vingt-trois ans, biseauteur-polisseur sur glaces.

Antécédents héréditaires : Grand’ mère maternelle asthmatique. Père mort à trente-cinq ans de fièvre typhoïde, était alcoolique et très irascible. — Mère vivante, sujette à des crises nerveuses sans pertes complètes de

connaissance.

Antécédents personnels : Fièvres intermittentes de huit a douze ans. Pas d’excès alcooliques; pas de syphilis. Bar... est d’un caractère très emporté, mais il n’a jamais eu d’attaques de nerfs.

Début de la maladie : En 1882, dans le courant d’une dispute avec un Espagnol, Bar... reçut un coup de couteau sur le bord axillaire du grand pectoral gauche. La plaie saigna abondamment et guérit au bout de quelques jours sans avoir donné lieu à des complications pulmonaires.

Quelques mois plus tard, Bar... s’aperçut que les muscles de l’éminence thénar gauche maigrissaient. Un an après, il commença à ressentir quelques fourmillements sur le bord interne de la main et de l’avant-bras du même côté. La force du membre supérieur gauche n’était pas notablement diminuée, mais l’amaigrissement allait toujours en s’accentuant. A ces symptômes s’ajoutèrent, en 1886, des palpitations de cœur et des douleurs assez vives au niveau de la région lombaire de la colonne vertébrale. C’est surtout à cause de ces douleurs que le malade est entré à l’hôpital le 15 février 1887.

Ainsi que vous le voyez, Bar... est un jeune homme robuste taillé comme un hercule.

Le membre supérieur gauche est le siège d’une atrophie musculaire très marquée. Les saillies des éminences thénar et hypethénar, celles des interosseux sont effacées et remplacées par des creux. La main, au repos, a l’attitude dite en griffe , mais les mouvements de ses divers segments sont encore possibles. L’extension volontaire des doigts est cependant incomplète et accompagnée d’un tremblement oscillatoire très manifeste qui s’étend bientôt à toute la main et s’arrête aussitôt que cesse l’effort volontaire. La pression du dynamomètre égale : du côté droit, 45 kilog.; du côté gauche, 15.

Les muscles de l’avant-bras gauche sont proportionnellement moins amaigris que ceux de la main. La mensuration comparée des deux avautbras donne un centimètre de différence en faveur du côté droit, bien que le malade soit gaucher.

Les réflexes tendineux du poignet gauche sont affaiblis. Les réflexes à la percussion directe des muscles de l’avant-bras et du bras sont normaux.

Les réactions électriques (faradiques et galvaniques) des muscles atrophiés et des nerfs qui les animent sont absolument normales. Il n’y a pas traces de réaction de dégénérescence.

Les muscles des épaules, du cou, du tronc, du membre supérieur droit et des membres inférieurs, ont leur volume normal.

Sur le bord inférieur du muscle grand pectoral gauche, on remarque une cicatrice linéaire de trois centimètres de longueur environ, lisse, indolente, non indurée et n’adhérant pas aux tissus profonds.

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