DEGRÉS ET VARIÉTÉS
démontra par de nombreux exemples la réalité et la fréquence de ce symptôme chez les hystériques. A cette époque, renseignement de M. Charcot attirait déjà à la Salpêtrière beaucoup de savants français et étrangers. Je me rappelle encore la stupéfaction qui se peignait sur tous leurs visages lorsque le maître enfonçait sans hésiter de longues épingles d’acier dans les membres anesthésiques des hystériques de son service. Remarquez que presque tous les médecins qui étaient si grandement surpris par ces expériences avaient lu le livre de Briquet. Interrogés sur les symptômes de l’hystérie, pas un d’eux n’eût oublié de signaler l’anesthésie cutanée; mais cette anesthésie, qu’ils connaissaient de réputation, ils ne l’avaient pas vue par eux-mêmes, ils ne l’avaient jamais directement constatée, et ils n’imaginaient pas qu’elle pût avoir des caractères aussi nets.
Quoi qu’il en soit, les démonstrations faites par M. Charcot et les recherches poursuivies sous sa direction à la Salpêtrière eurent pour résultat de vulgariser la connaissance de l’anesthésie hystérique et de mettre l’existence de ce symptôme au-dessus de toute contestation. Elles peuvent être légitimement considérées comme le point de départ des nombreux travaux qui ont été publiés depuis une quinzaine d’années sur ce sujet.
L’anesthésie cutanée est caractérisée par l’abolition totale ou partielle, complète ou incomplète, des perceptions sensitives ayant leur point de départ dans la peau.
Dans les conditions physiologiques, vous le savez, la peau nous fournit des sensations multiples et complexes de contact, de pression, de température, etc., et si une excitation trop forte vient à être appliquée sur un point quelconque de sa surface, le sensorium en est aussitôt informé par une perception douloureuse dont la nature et l’intensité sont en rapport avec la qualité et la violence de l’excitation provocatrice.
La peau anesthésique a perdu en totalité ou en partie sa sensibilité normale. Elle est insensible à tous les modes d’excitation ou seulement à quelques-uns d’entre eux. C’est vous dire qu’il existe dans l’anesthésie des degrés et des variétés que nous allons étudier sur nature.
Voici une malade qui est atteinte d’ anesthésie totale et complété. .le traverse sa main avec une épingle, je brûle avec un thermocautère la pulpe de ses doigts, je pince de toutes mes forces un pli de la peau de son avant-bras, tout cela laisse notre malade indifférente; elle ne sent pas le contact, elle ne souffre pas quand on la pique, quand on la pince ou quand on la brûle. Son anesthésie est donc totale, puisqu’elle porte sur tous les modes de la sensibilité cutanée, et complète, puisque les excitations les plus énergiques ne sont suivies d’aucune perception.
Voici une autre malade chez laquelle l'anesthésie est totale et incomplète. Chez elle, les sensibilités cutanées sont émoussées, non abolies. Les contacts sont perçus, pourvu qu’ils soient un peu énergiques. Les piqûres, les pincements, les brûlures provoquent des sensations désagréables, mais beaucoup moins vives que chez les personnes dont la peau a conservé sa sensibilité normale. On a donné le nom d ’hypoesthesie à cet affaiblissement des sensibilités cutanées.
L’anesthésie peut êtr e partielle. 11 existe même plusieurs variétés d 'anesthésies partielles, car l’un ou l’autre des différents modes de la sensibilité cutanée peut être aboli alors que les autres sont conservés, .le vais vous montrer quelques exemples des principales variétés de l’anesthésie partielle.
a) Voici une malade qui ne ressent pas la moindre douleur lorsqu’on soumet sa peau à des excitations violentes, bien qu’elle perçoive encore très nettement le simple contact des corps étrangers, le frôlement et le chatouillement. Les yeux fermés, elle se rend parfaitement compte de la forme, de la dimension, de l’état lisse ou rugueux des objets qu’on place dans sa main. Elle peut reconnaître, par le simple contact, une étoffe de soie ou de toile; elle distingue un corps sec d’un corps mouillé; et cependant si nous traversons de part en part la pulpe de ses doigts avec une épingle, elle n’en éprouve pas de douleur. Un jour elle s’est brûlée profondément la main avec un fer a lisser sans s’en apercevoir. Elle se rendait bien compte qu’elle touchait un fer chaud, mais comme elle ne souffrait pas à son contact, elle ne pensait pas qu’il fût assez chaud pour brûler les chairs. Cette variété d’anesthésie partielle, dans laquelle les sensations tactiles sont conservées tandis que les sensations douloureuses sont abolies, a reçu le nom d’ana/r/ésie.