‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 34 sur 208 · SURDITÉ HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

SURDITÉ HYSTÉRIQUE

\oici en quoi il consiste : En diapason en vibration est appliqué sur U apophyse mastoïde. Les vibrations se transmettent par l'intermédiaire des os du crâne â l’appareil central de l’audition, et le sujet (s'il n'est pas absolument sourd), perçoit nettement le son grave ou aigu produit par le diapason. Après quelques secondes, les vibrations diminuant d'amplitude, le son produit diminue d'intensité, et finalement il cesse d’être perçu. A ce moment, sans amorcer de nouveau le diapason, 011 en présente les branches au voisinage de l’orifice externe de l'oreille. Alors, chez les sujets sains aussi bien que chez ceux qui ont une obtusion de l’ouïe de cause centrale, le son qui n’était plus perçu quand le diapason était appliqué sur l’apophyse mastoïde, est entendu de nouveau quand l'instrument est placé devant l’orilïce externe du conduit auditif. Au contraire, chez les malades dont l’audition est affaiblie par suite d’un obstacle matériel siégeant dans l’appareil collecteur et conducteur du son, le bruit produit par le diapason est perçu plus longtemps quand l’instrument est appliqué sur l’apophyse mastoïde. En d’autres termes, à l'état normal et dans les cas de surdité incomplète d’origine centrale, les vibrations du diapason sont perçues plus longtemps par voie aérienne que par voie crânienne, tandis que les mêmes vibrations sont plus longtemps perçues par voie crânienne que par voie aérienne dans les cas où l’affaiblissement de l’acuité auditive résulte d’un défaut de transmission des ondes sonores dans l’oreille externe ou l'oreille moyenne.

En appliquant ces données â l'examen des troubles de l’ouïe chez les hystériques, 011 constate facilement que l’expérience de Rinne donne presque toujours, sur les malades de ce genre, des résultats positifs, c’est-à-dire que les sons transmis par voie aérienne sont mieux perçus que les sons transmis par voie crânienne, ce qui permet d’attribuer la surdité hystérique à une paralysie centrale de l’audition.

,1e vous ai parlé, Messieurs, dans la dernière leçon, des rapports de l’anesthésie du goût et de l’odorat avec l’anesthésie tactile des muqueuses de la langue et de la bouche, et j’ai appelé votre attention sur ce fait, que les appareils sensitifs et sensoriels des muqueuses

en question sont quelquefois paralysés isolément et indépendamment les uns des autres. Il en est de même pour 1 organe de l’audition. I/ouïe peut être abolie chez des hystériques dont les muqueuses de l’oreille externe n’ont rien perdu de leur sensibilité tactile; elle peut être intégralement conservée chez des malades dont les muqueuses du tympan et du conduit auditif externe sont complètement anesthésiques. Ces propositions sont en opposition formelle avec celles qui ressortent des examens pratiqués en 1883 par M. VValton sur treize hystériques du service de M. Charcot1. Je crois, néanmoins, être autorisé à les maintenir in integro, et voici d’ailleurs deux malades qui vont me permettre de vous en démontrer l’exactitude. Jeanne L... est absolument sourde de l'oreille gauche, et cependant son tympan et sa muqueuse du conduit auditif externe sont parfaitement sensibles. Cab..., au contraire, présente une anesthésie complète des muqueuses du tympan et du canal auditif externe du côté gauche, bien qu’il ait conservé intacte l’audition par cette oreille.

Cette indépendance relative de l’anesthésie sensitive et de l’anesthésie sensorielle dans l’organe de l’ouïe ne s’observe pas très fréquemment. Dans la majorité des cas, ainsi que l’a signalé .M. Walton, l’ouïe est diminuée ou abolie en même temps que le tympan et la muqueuse de l’oreille externe sont hypoesthésiques ou anesthésiques, mais cette règle n’est pas absolue; et vous venez de voir par vous-mêmes qu'elle compte des exceptions assez nombreuses.

Passons maintenant à l’étude des anesthésies visuelles.

Certains hystériques perdent brusquement la vision; ils deviennent tout à coup aveugles. La veille ils y voyaient très bien; le lendemain, ils ne distinguent plus le jour de la nuit, ils ne perçoivent plus aucune sensation visuelle. Cette amaurose totale et complète ne s’accompagne d’aucune lésion apparente du fond de l’œil. Le cristallin, le corps vitré, la choroïde, la rétine ne présentent, à l’examen ophtalmoscopique, aucune modification de structure susceptible d’expliquer l’anesthésie de la vision. La cécité

1 Wallon, D enflions in hyslo'lcul hemianesthesla. Tïrain, vol.V, 1883, p. 458-472.

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