‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 35 sur 208 · AMAUROSE HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

AMAUROSE HYSTÉRIQUE

persiste en général pendant quelques jours, quelques semaines ou quelques mois; puis elle disparaît sans laisser de traces.

On trouve dans les auteurs un bon nombre d’exemples de ces amauroses temporaires des hystériques. En voici un dont l’histoire me revient à l’esprit et qui a été communiqué par MM. Dujardin- Heaume tz et Abadie, en 1879, à la Société médicale des hôpitaux de Paris1 * 3. Une jeune fille de seize ans, élève de l’École normale de la Seine et jouissant d’une bonne santé apparente, se plaignit un soir de lourdeur de tête. Elle monta à l’infinnerie et se coucha. Le lendemain matin elle était complètement aveugle. En même temps, elle était devenue analgésique sur toute la surface du corps. La guérison survint en quelques jours, après un petit nombre de séances d’électrisation statique.

L’amaurose hystérique n’est pas toujours aussi fugace. Souvent elle résiste pendant des mois et des années aux traitements les plus énergiques; puis, un beau jour, à la suite d’une attaque convulsive ou à l’occasion d’une émotion morale, elle guérit. Tout récemment, mon excellent confrère le L)1 Àrmaignac m’appelait en consultation, avec MM. (L Martin et Landreau, auprès d’une enfant de dix ans, tille et petite-fille de névropathes avérés, qui avait perdu la vision de l’œil gauche depuis quatre ans. L’examen ophtalmoscopique, pratiqué a diverses reprises par M. Àrmaignac, n’avait rien révélé d’anormal dans l’épaisseur des milieux transparents ni dans la structure des membranes du fond de l’œil, .le me rendis à la convocation de mon confrère, mais ce fut uniquement pour constater l’étrange mobilité de certains accidents hystériques, car, depuis la veille au soir, la petite malade avait retrouvé la vision. Elle était guérie. La peur de la consultation avait fait disparaître le mal L

Les faits de ce genre sont assurément fort intéressants. 11 faut

1 Dujardin-Beaümetz et Abadie, Cécité hystérique; amélioration par Ut métallo-

thérapie et les applications d’aimant. Disparition complète des troubles visuels sous l’influence de l'électricité statique (Bulletins de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 1879, p. 145).

3 M. Armaignac» communiqué ce fait au Congrès d'ophtalmologie de Caris dans la séance du 7 mai 1887. En présence de guérisons subites analogues a celle dont il s’agit ici, on est toujours tenté de supposer qu’on a été la dupe d’habiles simulateurs. Dans le cas actuel, nous crûmes devoir écarter cette supposition principalement pour les deux raisons suivantes : 1° dans les examens pratiqués antérieurement à la consultation, le champ visuel de l'œil droit (non amaurotique) avait été trouvé notablement rétréci ; après la guérison son étendue était normale; 2° au moment, de la consultation nous recherehàmes les stigmates sensitifs de l’hystérie, et nous trouvâmes une analgésie complète de la muqueuse conjonctivale gauche.

les connaître puisqu’on peut être exposé à les rencontrer dans la pratique, mais il faut savoir aussi qu’ils sont exceptionnels et que, dans la plupart des cas, les troubles de la vision dépendant de l’hystérie sont à la fois moins accentués et plus persistants.

En fait, ils se présentent presque toujours sous la lorme de Yamblyopie hystérique, et ils sont caractérisés par un ensemble de symptômes parmi lesquels ligurent, à des degrés divers, en même temps qu’un affaiblissement plus ou moins marqué de

l'acuité visuelle, des troubles de la perception des couleurs, des modifications dans la forme et l'étendue du champ visuel, de

l’asthénopie, des troubles de l'accommodation.

Chacun de ces éléments constitutifs de l’amblyopie hystérique mériterait une description détaillée. Je me contenterai de vous en dire quelques mots pour vous faire comprendre la complexité des phénomènes qui accompagnent les anesthésies partielles de la vision.

1° Troubles de la perception des couleurs (achromatopsie et dyschromatopsie ).

l/anesthésie chromatique est un des troubles sensoriels les plus curieux de l’hystérie. Elle peut être complète (achromatopsie) ou incomplète (dyschromatopsie).

Dans le premier cas, les malades ne perçoivent plus aucune couleur; ils distinguent nettement les contours des objets, les intensités des tons, les ombres, les reliefs, la perspective, mais non le coloris. Un tableau à l’huile leur apparaît comme un lavis à l’encre de Chine ou à la sépia.

Dans le second cas, ils ne voient qu’un certain nombre de couleurs. Présentez à une hystérique dyschromatopsique des papiers colorés ou des étoffes teintes en bleu, rouge, jaune, vert, violet, elle ne distinguera qu’une partie des nuances placées sous ses yeux; les autres lui paraîtront toutes d’un gris sale plus ou moins foncé.

Ea perte de la notion des couleurs se fait dans un ordre régulier, c’est-à-dire que certaines couleurs cessent toujours d’être perçues alors que la perception des autres est encore bien conservée. Dans sa marche progressive, la cécité chromatique dépendant de l’hystérie, porte toujours primitivement sur le violet et le vert; puis, selon les cas, sur le bleu, le jaune et le rouge, ou sur le rouge, le jaune et le bleu.

Lg tableau suivant indique 1 ordre de disparition des diverses couleurs dans la dyschromatopsie hystérique.

Il est lacile de voir, en comparant ces deux séries, qu’elles ne diffèrent que par la transposition du bleu et du rouge. Certains hystériques distinguent nettement le rouge alors qu’ils ne reconnaissent plus les autres couleurs; d’autres ne perdent la notion du bleu qu’après celle du rouge, mais tous commencent par perdre la perception du violet et du vert avant celle des autres couleurs.

La dyschromatopsie n'est pas, vous le savez certainement, un symptôme spécial a l’hystérie. On l’observe fréquemment dans d’autres affections, particulièrement dans les intoxications nicotinique et alcoolique et dans certaines lésions organiques du nerf optique; mais, au dire des spécialistes, il serait souvent possible de distinguer les diverses espèces de dyschromatopsie par le seul fait de l’ordre dans lequel disparaissent les perceptions colorées; c’est ainsi que, dans l’intoxication nicotinique, le rouge et l’orangé cesseraient d’être perçus avant le bleu, le violet et le jaune1. La vision du rouge serait également intéressée la première dans l’alcoolisme chronique et dans l’atrophie tabétique du nerf optique.

2° Modifications dans l’étendue et la forme du champ visuel (rétrécissement concentrique du champ visuel).

Quand nous fixons un objet, nous dirigeons notre œil de telle sorte que l’image de cet objet se forme sur les parties les plus sensibles de la rétine, c’est-à-dire sur la tache jaune. Nous voyons alors, aussi nettement que possible, l’objet fixé; mais, en même temps, nous apercevons plus ou moins distinctement ce qui l’entoure, parce que les images formées sur la rétine, en dehors de la tache jaune, donnent lieu, elles aussi, à des sensa-

Skiue a.

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