ANESTHÉSIES HYSTÉRIQUES DES OS, DES MUSCLES ET DES VISCÈRES
SOMMAIRE
I. Anesthésie des os, du périoste, des ligaments articulaires et des troncs nerveux des membres. Importance théorique de l'insensibilité des nerfs périphériques,
IL Anesthésies des muscles et du sens musculaire. Insensibilité des muscles: 1° à la pression; 2° à la contraction volontaire ou électrique; 3° à la fatigue.
III. Etude clinique d’un cas do paralysie de la conscience musculaire ou aptitude mo-
trice indépendante de la vue (DuchenneJ. Ce qu’on a improprement désigné sous le nom de paralysie de la conscience musculaire n’appartient pas au groupe des phénomènes sensitifs. La prétendue paralysie de la conscience musculaire est un trouble des organes cérébraux d’où partent les incitations motrices,
IV. Perle de la notion de position et d’existence des membres.
Y. Anesthésies viscérales : anesthésies des seins et des testicules. Anesthésie épigastrique profonde.
Messieurs,
Je voudrais vous donner aujourd’hui quelques détails sur les anesthésies hystériques des tissus profonds et des viscères. Malheureusement, il n’est pas très facile d’explorer la sensibilité des os, des ligaments, des nerfs, des muscles, et il est à peu près impossible d’étudier celle des organes renfermés dans les cavités splanchniques. Je ne pourrai dès lors vous fournir que des renseignements incomplets sur certaines parties du sujet que nous allons aborder; mais j’espère que vous voudrez bien ne pas m’en tenir rigueur ii cause de l’extrême difficulté des problèmes dont nous allons chercher ensemble la solution.
Les os et le périoste jouissent, à l’état physiologique, d’une sensibilité fort obtuse. Cependant ils sont sensibles, et quand
ANESTHÉSIES PROFONDES ET VISCÉRALES.
nous recevons un coup sur le tibia, ou quand notre poignet est fortement serré par la main d’une personne vigoureuse, nous éprouvons une sensation complexe dont tous les cléments ne sauraient être rapportés à la pression ou à la contusion de la peau. Dans l’hystérie, les os et le périoste deviennent quelquefois insensibles aux excitations les plus violentes. On peut piquer le périoste de certains hystériques, frapper leurs os avec des corps durs sans provoquer la moindre douleur. J’enfonce cette grosse épingle dans le radius droit de Paule C..., et vous voyez que la malade ne manifeste aucune souffrance. Je la pique dans le pariétal du même côté, et la patiente ne donne aucun signe de sensibilité. Avec le talon de cette bottine je frappe fortement la face antéro-interne du tibia droit de notre malade; celle-ci reste indifférente connue si elle n’avait rien senti. Je comprime de toutes mes forces son poignet droit entre la table et le manche d’un gros scalpel, elle ne pousse aucune plainte. Ses os et son périoste sont anesthésiques connue l’est sa peau.
L’insensibilité des ligaments articulaires est tout aussi absolue. A l’état normal, ces ligaments sont surtout sensibles à la traction et à la torsion. Vous savez quelle sensation désagréable provoque, la torsion exagérée des membres. Cette sensation est abolie chez beaucoup d’hystériques, et vous voyez que nous pouvons tordre le bras de notre sujet avec une grande force, sans déterminer la moindre souffrance.
En général, l’anesthésie des os et des ligaments coexiste avec l’anesthésie cutanée, mais elle peut être observée aussi sur des membres dont la peau a conservé sa sensibilité normale. Nous avions il y a quelques mois, dans nos salles, une malade qui ne ressentait aucune douleur quand on tiraillait ses jointures dans tous les sens, bien que sa peau fût partout sensible au contact, fi la piqûre et à tous les autres modes d’excitation.
Les anesthésies profondes dont je viens de vous entretenir ont été constatées et décrites par tous les auteurs qui se sont occupés de l’hystérie dans ces dernières années. Il n’en est pas de même pour les anesthésies des troncs nerveux, dont personne, je crois, n’a cherché à démontrer l’existence. Essayons, si vous voulez, de combler cette petite lacune.
11 est un nerf facilement accessible sur lequel pourront porter nos expériences; c’est le nerf cubital au niveau du point où il passe dans la gouttière qui sépare l’olécrâne de la tubérosité interne de l’humérus. Un choc portant exactement sur ce point