S F. N S MUSCULAIRE
détermine, quand la sensibilité du nerf est normale, un engourdissement douloureux qui s’étend à la face interne de l’avant-bras et de la main et qui cause une sensation très pénible. Cette sensation se produira-t-elle sur un membre atteint d’anesthésie hystérique? Nous allons le savoir tout de suite. Avec un marteau plessimétrique je frappe un coup sec sur la gouttière du nerf cubital droit de Paule G..., la malade n’accuse aucune douleur. Je frappe plus fort, elle ne sent rien. Le nerf est donc anesthésique comme le sont les autres tissus du membre. Pour nous en assurer d'une façon plus précise, j’enfonce une épingle à travers la peau qui recouvre la gouttière épitrochléenne, et j’en promène la pointe sur les tissus qui occupent le fond de cette gouttière. Le nerf ne peut échapper à l’excitation; il a été atteint, en effet, car voilà que les muscles de l’avant-bras se sont brusquement contracturés; mais son irritation n’a provoqué aucune sensation douloureuse; la malade n’a ressenti et ne ressent actuellement aucune souffrance. J’appelle votre attention sur l’intérêt théorique des expériences que nous venons de pratiquer. Elles prouvent, si je ne me trompe, que l’anesthésie hystérique n’est pas le résultat d’une
inertie fonctionnelle des extrémités terminales des nerfs sensitifs;
car, si l’organe de cette anesthésie était périphérique, l'excitation directe des troncs nerveux devrait éveiller des sensations douloureuses dans les ganglions centraux restés intacts. Du moment qu’il est possible de frapper et de piquer les nerfs des membres sans provoquer de réaction sensitive, c’est que l’organe de l’anesthésie est situé au-dessus des nerfs, et comme, au-dessus des nerfs, il n’y a que les centres nerveux, c’est dans une modification fonctionnelle des centres nerveux qu’il nous faudra chercher plus tard la cause déterminante des anesthésies hystériques.
L’existence des nerfs sensitifs dans les muscles et les tendons a été démontrée par des recherches relativement récentes, dont les plus importantes sont dues à MM. Cari Sachs1, Rollet2 et
1 Cari Sachs, Untei'suchungeii übcv die sensiblen Nerven de*' Muskeln (. Reicherl’s und der Bois-Reymond,’ s Archiv, 1874, et Physiolorj. und anatorn. Untevsuchungen i ber die sensiblen Nervcn dey Muskeln. Inaug. Dissert, Berlin, lb75).
- Rollet, Ueber einem Nervenplexus und Nevvenendigungen in einev Sehne (SU:, d. K. Aknd. dry Wissensch., 1870).
ANESTHÉSIES PROFONDES ET VISCÉRALES.
Golgi1; niais longtemps avant les travaux de ces auteurs on savait que les muscles sont le siège de sensations spéciales et même de sensations très délicates. Dès 1824, Charles Dell 2 avait émis l’hypothèse qu’ils reçoivent deux sortes de nerfs : les uns moteurs , qui provoquent la contraction; les autres sensitifs, qui renseignent le cerveau sur l’état de contraction ou de relâchement des muscles et lui fournissent, pour employer les expressions de l’auteur anglais, le sentiment du muscle en action. Cette hypothèse, très vivement attaquée par certains physiologistes, a fait l’objet d’interminables controverses dont elle est sortie victorieuse. Ce que l’on désigne aujourd’hui, avec Landry, sous le nom de sens musculaire, correspond à peu près à ce que Ch. Dell appelait le sentiment du muscle en action, Gerdy le scn'iment de l’activité musculaire, C. Dracli le sentiment du mouvement , E.- II. Weber le sens de la force.
Mais ces noms différents ne s’appliquent qu’à une partie des sensations ayant leur point de départ dans les muscles, et, pour étudier utilement les altérations pathologiques de la sensibilité musculaire, il faut que nous passions en revue tous les modes de réaction sensitive des muscles. Aussi, négligeant à dessein l’histoire des discussions qui se sont produites au sujet du sens musculaire, nous allons, si vous le voulez bien, rechercher ensemble quelles sont les sensations simples qui nous viennent des muscles, et voir comment elles sont modifiées ou abolies par le fait de l’anesthésie hystérique.
Une analyse très facile à faire sur soi-même permet de dissocier au moins trois ordres de sensations d’origine musculaire :
a) Quand nous comprimons fortement un de nos muscles, nous éprouvons une souffrance différente de celle que produit la pression de la peau ou des autres tissus profonds.
b) La contraction d’un muscle est accompagnée d’une sensation toute particulière qui nous fait apprécier exactement le degré de durcissement actif des fibres musculaires.
c) Quand un de nos muscles est resté contracté pendant un certain temps ou quand il s’est contracté souvent à des intervalles rapprochés, nous éprouvons une sensation pénible de fatigue ou de courbature.
1 Camillo Golgi, Sui nervi dei tendini ( Memorio délia reale Accademia delle Scienze di Torino, série U, t. NXX1I, 1880).
2 Ch. Bell, An exposition of lhe natural spslem o f Lhc nerves of the human bodp. London, 1824. Trad. franç. par Genest, Paris, 1825, et The hand , ils mechanism and. vital ondoiements. London, 1832.