SENS MUSCULAIRE
JM
Que deviennent dans l’anesthésie hystérique ces trois sortes de sensations? Quelques expériences cliniques vont nous l’apprendre l.
a) Voici une de nos hystériques dont la peau est anesthésique sur tout le côté droit du corps. ,!c saisis entre les doigts son biceps brachial droit et je le comprime de toutes mes forces. Notre malade n’éprouve aucune douleur; elle ne sent même pas qu’on la touche. Le deltoïde, le sterno-cléido-mastoïdien, les muscles de l’éminence thénar et tous les autres muscles du côté droit du corps sont également insensibles à la pression, .le vous prie de remarquer incidemment que l’anesthésie de ces muscles ne les empêche pas de se contracter énergiquement sous l’influence des excitations directes. La percussion du biceps est suivie d’une contracture très appréciable et son pincement brusque provoque la formation immédiate du bourrelet saillant qui est connu sous le nom de contraction idio musculaire. L’anesthésie des muscles n’entraîne donc pas nécessairement après elle des modifications dans l’excitabilité des fibres musculaires. Un muscle peut être absolument insensible à la pression tout en restant excitable à la percussion et au pincement.
b) Chez cette même malade, les sensations qui accompagnent, dans les conditions normales, l’activité musculaire sont totalement abolies dans la moitié droite du corps. Il en résulte quelques incommodités qui, pour être légères, n’en sont pas moins souvent fort désagréables. Quand nous voulons faire un mouvement adapté à un but, nous sentons très bien si l’ordre donné par notre cerveau est convenablement accompli par nos muscles, si la dépense de forces est exactement proportionnée au travail commandé, si le but est atteint. Les choses ne se passent pas tout à fait ainsi chez notre malade. Celle-ci veut comme nous; ses muscles sont capables d’exécuter les mouvements voulus; mais il est nécessaire qu’elle en surveille l’action par le regard, car aucune sensation interne ne la renseigne sur la façon dont ses membres obéissent à sa volonté. Semblables à ces mauvais ouvriers qui ne travaillent
1 Depuis que cette leçon a été faite, plusieurs travaux relatifs au sens musculaire et aux troubles des fonctions musculaires dans l’hystérie ont été publiés. Nous signalerons les suivants :
A. Binet et Ch. Féré, Recherches expérimentales sur la physiologie des mouvements < hez les hystériques ( Archives de physiologie , octobre 1887). — • Du sens musculaire chez les hystériques (Revue philosophique, 1888).
H. Beaunis, Les sensations internes, 1 vol. in-8°, 1889.
Gharlton Bastian, On muscular sense. Brain, Journal of neurology, april 1887.