‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 4 sur 208 · CARACTÈRES DES ACCIDENTS HYSTÉRIQUES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DES ACCIDENTS HYSTÉRIQUES

Cela tient à des raisons faciles à comprendre. On définit ordinairement une maladie par l’indication de ses lésions essentielles ou par l’énumération rapide de ses symptômes caractéristiques. Or, l’hystérie n’a pas de lésions connues; c’est une névrose, c’est a dire une affection sine mater ia. D’autre part, ses symptômes sont extrêmement variables, et aucun d’eux ne peut être donné comme caractéristique.

En réalité, ce mot d’ hystérie est un vocable abstrait par lequel on désigne, non pas un être pathologique à physionomie distincte et uniforme, mais une foule d’accidents nerveux, en apparence très différents les uns des autres, bien qu’ils appartiennent à une seule et même famille naturelle. « Passio hysterica, » disait Galien, « unum nomen est, varia tamen et innumerabilia accidenta sub se comprehendit. » Et Galien avait raison, car les cliniciens n’ont jamais affaire à Y entité hystérie ; ils ne voient et ne traitent que des accidents hystériques.

Ces accidents se présentent avec des apparences très variées, mais ils ont quelques caractères communs qui permettent de reconnaître leur spécificité nosologique et qui pourraient à la rigueur servir de base à une définition clinique.

Ces caractères ne sont pas nombreux. Tout compte fait, on

l'organisme, surtout dans le commencement. 11 (Georget, De la physiologie du système nerveux et spécialement du cerveau. Paris, 1821, t. II, p. 261.)

« L’hystérie consiste en une névrose de l’appareil générateur de la femme, revenant par accès apyrétiques et offrant pour symptômes principaux un sentiment pénible de strangulation, la sensation d’une boule qui remonte de l’épigastre à la gorge, et souvent des convulsions accompagnées ou non de troubles sensoriaux ou intellectuels. » (Landouzy, Traite complet de l’hystérie, 2° édition. Paris, 1848, p. 10.)

«L’hystérie est une névrose du système nerveux cérébral, qui se manifeste plus ou moins brusquement par des crises de convulsions cloniques générales, et par la sensation d’un globe ascendant dans le trajet de l’œsophage, à l’extrémité supérieure duquel il vient se fixer, pour y causer une menace de sulfonation imminente. » (B cachet, Traité de l’hystérie. Paris, 1847.)

« L’hystérie est une névrose de l’encéphale dont les phénomènes apparents consistent principalement dans la perturbation des actes vitaux qui servent à la manifestation des sensations affectives et des passions. » (Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie. Paris, 1859.)

«Névrose cérébrale et ganglionnaire caractérisée par la sensation d’une houle épigastrique, suivie d’attaques convulsives cloniques, expansives, durant lesquelles l'intelligence et la sensibilité sont abolies ou diminuées; dans l’intervalle de ces accès on retrouve, à différents degrés, d’autres troubles de la sensibilité, de la motilité, de l’intelligence, qui servent également à la faire reconnaître. » (Monneret, Traité élémentaire de pathologie interne. 1864, t. 1, p. 132.)

De ces définitions, les unes sont erronées, car elles rattachent à un trouble primordial de l’appareil générateur de la femme une maladie qui se développe fréquemment chez l’homme; les autres manquent de précision ou de clarté. Beaucoup d’auteurs modernes ne définissent pas l’hystérie, approuvant en cela l’aphorisme de Lasègue : « La définition de l’hystérie n’a jamais été donnée et ne le sera jamais. »

peut, ce me semble, les résumer dans les cinq propositions suivantes :

a) Les accidents hystériques sont la conséquence de troubles

purement fonctionnels du système nerveux;

b) Ils peuvent être brusquement provoqués, modifiés ou supprimés par des influences psychiques ou par des causes physiques qui n’ont aucune action sur les accidents similaires dépendant de lésions organiques;

c) Ils se montrent très rarement isolés; dans l’immense majorité des cas, certains stigmates latents coexistent avec les manifestations éclatantes de la névrose;

cl) Ils n’ont pas d’évolution régulière; ils surviennent sans ordre préétabli, et se succèdent sous différentes formes et à différentes époques chez les mêmes sujets;

e) Ils n’ont habituellement pas sur la santé générale et sur l’état mental des sujets qui en sont atteints le retentissement profond qu’auraient des accidents similaires mais dépendant d’une autre cause.

Il est nécessaire de reprendre chacune de ces propositions, en y ajoutant quelques commentaires explicatifs.

a) Les accidents hystériques sont la conséquence de troubles purement fonctionnels du système nerveux .

Ils ne sont pas causés par des lésions organiques. Ils peuvent exister pendant des années sans- que la structure des organes sur lesquels ils siègent en soit modifiée d’une façon appréciable. Les autopsies, dans les cas d’accidents hystériques purs, sont toujours négatives. Pour débarrasser certains malades de douleurs tout à fait intolérables, on a eu quelquefois recours à des opérations chirurgicales qui ont permis de constater de visu l’état des organes hyperesthésiés, et on a pu s’assurer ainsi que l’arthralgie, la coccygodynie, l’ovaralgie, la gastralgie hystériques n’étaient en rapport avec aucune altération de structure des articulations, des os, des ovaires ou de l’estomac endoloris.

Il peut arriver, il est vrai, que des accidents hystériques coexistent avec des lésions matérielles ou se développent à leur suite

Page 1