CARACTÈRES UES ACCIDENTS HYSTÉRIQUES
comme s'il y avait entre eux un rapport de cause à effet. 11 n’est pas rare, par exemple, qu’un traumatisme local soit suivi d’une paralysie ou d’une contracture franchement hystérique. Mais cela ne prouve pas sûrement que le trouble fonctionnel soit subordonné à la lésion matérielle. Celle-ci peut avoir été la cause occasionnelle de celui-là, sans être sa condition efficiente nécessaire. Et la preuve qu’il en est bien ainsi, c’est que, dans les cas de ce genre, on voit souvent l’accident hystérique guérir avant que les lésions qui l’ont provoqué aient disparu, tandis que d’autres fois il persiste et s’aggrave malgré la guérison intégrale des lésions provocatrices.
b) Les accidents hystériques peuvent être brusquement provoques, modifies ou supprimes par des influences psychiques ou par des causes physiques qui n’ont aucune action sur les accidents similaires dépendant de lésions organiques.
Pour démontrer cette proposition, je vais faire entrer quelquesunes des hystériques valides du service et vous rendre témoins des modifications qu’on peut provoquer dans leur état par des manœuvres de la plus grande simplicité.
En voici une qui est hémianesthésique gauche : je la pique profondément sur différents points du côté gauche du corps sans qu'elle éprouve la moindre douleur. Le côté droit, au contraire, a conservé toute sa sensibilité. Nous appliquons son avant-bras droit contre les pôles d’un fort aimant. Dans trois minutes, le côté gauche, qui était insensible, sera devenu sensible, et le côté droit, qui était sensible, sera devenu insensible.
Je tends la main à une deuxième malade, et je lui donne un shake h and un peu brusque. C’est une bien petite cause, et cependant elle a produit une contracture générale de tout le membre ébranlé par la secousse. Ce membre est devenu rigide* il est impossible d’en fléchir de force les différents articles; la malade ne peut lui faire exécuter aucun mouvement volontaire. Nous venons de créer là une infirmité des plus incommodes, qui persisterait peut-être plusieurs jours, plusieurs semaines ou plusieurs mois, si nous n’étions en mesure de la faire disparaître aussi facilement que nous l’avons produite. Je souffle brusquement, à plusieurs reprises, sur les téguments du membre contracturé, et vous voyez que la rigidité se dissipe, les jointures reprennent leur souplesse; la guérison est complète.
Voici une troisième malade dont la motilité volontaire est parfaite, .le lui dis avec autorité : « Vous ôtes paralysée du bras droit, » et cela suffit pour provoquer une paralysie immédiate du membre supérieur droit. Ce membre pend maintenant inerte et llasque le long du corps; la malade est incapable de le mouvoir, et elle en restera incapable pendant un laps de temps indéterminé, probablement fort long, à moins que je ne lui dise sur le même ton que tout à l’heure : « Vous n’êtes plus paralysée, vous pouvez remuer votre bras. »
Ainsi, Messieurs, l’anesthésie, la contracture, la paralysie et une foule d’autres accidents hystériques peuvent être provoqués ou supprimés, dans certains cas, par les causes les plus légères en apparence : par l’application d’un aimant, par la secousse brusque imprimée à un membre, par le souffle, par l’injonction pure et simple, et c’est là un des caractères les plus frappants et les plus fréquents des phénomènes qui dépendent de l’hystérie.
Mais je prévois une objection qui s’est peut-être déjà présentée à vos esprits. Si le médecin est armé de moyens si simples et si efficaces pour guérir les accidents hystériques, comment se fait-il qu’on rencontre fréquemment dans les hôpitaux ou dans la pratique civile des hystériques dont les paralysies, les contractures, les convulsions, etc., résistent pendant des mois et des années aux traitements les plus variés et les plus énergiques? Comment se fait-il, pourriez-vous me dire, que vous ayez vous-même, depuis plus de six mois, dans votre service, une hystérique paraplégique dont l’état est exactement aujourd’hui ce qu’il était le jour où la malade est entrée à l’hôpital? Ma réponse sera très catégorique. Il y a, en effet, des accidents hystériques rebelles à l’emploi des moyens thérapeutiques qu’on est habitué à diriger contre eux. Cependant ils n’échappent pas aux lois générales que nous venons de formuler, car un jour ou l’autre, brusquement, sous l’influence d’une émotion morale vive, d’un traumatisme ou de toute autre cause imprévue, ils peuvent disparaître instantanément, sans laisser de traces, sans convalescence, c’est-à-dire sans cette phase intermédiaire entre la santé et la maladie qui, dans toutes les affections organiques, correspond à la réparation progressive des lésions. Ces guérisons soudaines d’accidents hystériques ayant résisté à tous les traitements antérieurs sont loin d’être rares; elles se sont produites dans tous les temps et dans tous les pays, mais elles ont toujours été particulièrement fréquentes dans des
(AUACTKUKS DES ACCIDENTS II YSTÉIUQUES.
lieux auxquels l’imagination des peuples ou les superstitions religieuses ont attribué des pouvoirs surnaturels.
L’histoire nous a conservé des détails très curieux sur les guérisons miraculeuses opérées au xui° siècle sur le tombeau de saint Louis, et au xvii0 siècle sur le tombeau du diacre Paris. Grâce aux documents assez précis qui nous sont parvenus, il est souvent possible de faire des diagnostics rétrospectifs et de se convaincre (pie la plupart des miraculés étaient de vulgaires hystériques.
A ce point de vue, l’hystérie n’a pas dégénéré : elle est restée la grande pourvoyeuse des cures imprévues et extraordinaires, la source inépuisable du merveilleux en thérapeutique. Aussi, pour éviter de regrettables erreurs, ne faut-il jamais déclarer incurable un accident hystérique, quand bien même cet accident aurait résisté pendant des années aux traitements les plus rationnels et les plus énergiques. Même dans les cas qui paraissent les plus invétérés, une émotion morale vive, une frayeur, une colère, une contrariété, un chagrin, une joie, peuvent provoquer tout à coup la guérison..., faire un miracle.
c) Les accidents hystériques se montrent rarement isolés; dans l’immense majorité des cas, certains symptômes latents coexistent avec les manifestations éclatantes de la névrose.
dette coexistence de symptômes multiples est d’une importance capitale dans l’histoire clinique de l’hystérie. 11 serait très souvent impossible de faire le diagnostic des accidents hystériques les plus nets, si, à côté d’eux, on ne trouvait quelques-uns des stigmates latents qui révèlent leur véritable nature.
Voici un homme qui est entré dans notre service pour une monoplégie du membre supérieur droit. C’est un ivrogne incorrigible. Il y a une dizaine de jours, étant ivre-mort, il fit une chute, s’endormit peu de temps après le long d’un chemin et se réveilla le lendemain matin avec une paralysie complète de l’avant-bras et de la main. Quelle est la nature de cette paralysie? Dépend-elle d’une lésion des centres nerveux, ou bien est-elle une manifestation hystérique? L’étude des symptômes de la paralysie elle-même ne permet pas de trancher la question. Les muscles impotents sont flasques, sans modifications de l’excitabilité électrique, sans exagération notable des réflexes tendineux. Tout cela pourrait coïncider aussi bien avec une paralysie organique ou une paralysie dynamique. Mais si nous cherchons les symptômes concomitants, les
DÉFINITION DK L’IIYSTÉMK.
stigmates, nous trouvons que notre malade est hémianalgésique de tout le côté droit du corps, qu'il a un rétrécissement concentrique très marqué des deux champs visuels, que son réflexe pharyngien est aboli. Nous en concluons qu'il est hystérique et. que sa paralysie est, selon toute vraisemblance, de nature hystérique.
.le sais bien qu’en bonne logique ce raisonnement n’est pas irréprochable. Il serait possible, à la rigueur, que notre homme eût à la lois des troubles sensitivo-sensoriels d’origine hystérique et des troubles paralytiques d’origine organique. Cependant les cas simples sont les plus communs, et, dans la pratique, les diagnostics fondés sur la convergence des symptômes sont encore les plus sûrs.
cl) Les accidents hystériques n’ont pas d'é cotation régulière; ils surviennent sans ordre préétabli et se succèdent sons différentes formes et à différentes époques chez les mêmes sujets.
Rien n’est plus variable que la marche des accidents hystériques. Tantôt ils persistent immuables pendant des mois ou des années, tantôt ils se déplacent et se transforment incessamment. Le plus souvent ils surviennent par bourrasques sous l’influence de causes accidentelles; puis ils s’apaisent et disparaissent pour se reproduire à l’occasion de provocations nouvelles. Aussi les hystériques sont-ils perpétuellement en état d’instabilité morbide. Tel, que vous voyez aujourd’hui vigoureux et alerte, pourra demain être frappé de paralysie ou de contracture, souffrir des douleurs intolérables, ou vomir du sang il pleine cuvette, et tel autre, que vous trouvez un jour accablé, perclus, mourant, vous étonnera peut-être le jour suivant par la vivacité de son allure et la gaieté de son caractère.
11 en résulte que, lorsque les hystériques sont arrivés à un certain âge, leur histoire comporte d’ordinaire le récit d’une interminable série de maux. « Hysteria , » disait Rivière, « non morbus simplex, secl morborum iliada.» Prenez l’un ou l’autre de nos malades, interrogez-le sur ses antécédents morbides, et vous serez surpris du nombre des accidents qui ont, à diverses époques, troublé sa santé.
La plupart d’entre eux ont eu, dès leur enfance, des troubles nerveux intermittents : toux coqueluchoïdes, vomissements incoercibles, évanouissements fréquents; quelques-uns étaient somnam-