ANESTHÉSIES PROFONDES ET VISCÉRALE
régulièrement que sous l'œi! du maître, ses muscles n’exécutent lidèlement ses ordres que si elle fait incessamment attention a eux. Veut-elle déplacer un verre? Elle le peut fort bien; toutetois elle est obligée de regarder ce qu’elle fait et de maintenir constamment ses muscles, par un effort de volonté consciente, au degré de contraction convenable. Si, par hasard, elle s’oublie un instant, le verre a beaucoup de chances de s’échapper de ses mains et de se briser. De là résulte, non pas une impotence fonctionnelle véritable, mais une maladresse évidente que la vue et l’attention peuvent atténuer dans une certaine mesure sans la corriger complètement. En réalité, la vue n’est pas indispensable à l’exécution des mouvements. Les yeux fermés, notre malade peut porter la main droite à son nez ou à son front; cependant, elle ne le fait pas aussi sûrement que de la main gauche. Lorsque ses yeux sont ouverts, la motilité est intacte des deux côtés; lorsqu’ils sont fermés, les mouvements du membre supérieur droit sont incertains, hésitants, tandis que ceux du membre supérieur gauche restent fermes, précis, résolus. Ce trouble léger dans l’adaptation des mouvements volontaires à un but déterminé dépend très vraisemblablement de l’anesthésie musculaire.
En autre phénomène qui doit être rapporté sans aucun doute à la même cause, c’est la 'perte de la notion du poids des objets. Tandis que, de la main gauche, notre malade apprécie exactement le poids des corps qu’on la prie de soulever, elle ne se rend que très imparfaitement compte du poids de ceux qu’on place dans sa main droite. Si ces corps pèsent moins de 400 ou 500 grammes, elle ne sent pas du tout l’effort qu’elle est obligée de faire pour les soutenir. S’ils pèsent plusieurs kilogrammes, elle reconnaît vaguement qu’on lui a mis dans la main quelque chose de lourd, mais elle ne peut apprécier, même approximativement, leur pesanteur.
Il convient d’ajouter ici que les contractions musculaires provoquées par l’électrisation ne sont pas mieux perçues que les contractions volontaires. J’applique sur le biceps brachial de notre malade les électrodes d’un appareil d’induction relativement très puissant. Le muscle se raccourcit vivement, car malgré son anesthésie il est excitable par l'électricité, mais la malade n’a été informée de sa contraction par aucune sensation douloureuse.