SENS .MUSCULAIRE
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c) La fatigue musculaire est un phénomène très complexe. Il serait peut-être intéressant d’en étudier comparativement tous les détails dans les muscles normalement sensibles et dans les muscles anesthésiques, mais cela nous entraînerait fort au delà des limites de cette leçon. Bornons-nous donc à rechercher si la sensation bien connue de courbature se produit, après l’activité soutenue ou les efforts répétés, dans les muscles anesthésiques. Afin de résoudre cette question, j’ai pratiqué hier deux expériences dont les résultats me paraissent assez précis:
La première a consisté à faire exécuter à notre malade, avec le bras gauche d’abord, puis avec le bras droit, un travail exigeant un certain déploiement de forces, l'aule a été conduite au laboratoire, et là, elle a été mise en demeure de tourner avec la main gauche (côté sensible) le volant de notre machine à électricité statique. Après cinq minutes de cet exercice, la malade était épuisée; tout sou membre supérieur gauche était courbaturé; elle déclara qu’il lui était impossible de continuer. Après un repos d’un quart d’heure, Faute recommença à tourner la roue de la main droite (côté anesthésique). Elle le fit, sans interruption, pendant dix minutes consécutives. Au bout de ce temps elle se plaignit d’un sentiment pénible dans le dos, mais elle ne ressentait, disaitelle, aucune fatigue dans le membre supérieur droit.
La seconde expérience avait pour but de rechercher si les muscles anesthésiques étaient capables de rester, plus longtemps que les muscles normaux, en état de contraction soutenue. Pour cela, j’ai fait asseoir Faille sur un tabouret, et je lui ai fait placer les bras en croix, en la priant de rester dans cette position aussi longtemps que cela lui serait possible. Après deux minutes et demie, elle a déclaré qu’elle éprouvait des tiraillements très . pénibles dans l’épaule du côté gauche (normal), et elle a abaissé le membre de ce côté. Le bras droit, au contraire, est resté étendu, sans fatigue, pendant trente minutes consécutives. Au bout de ce temps l’expérience a été interrompue, parce que la malade prétendait ressentir une douleur assez vive dans un point très limité situé à la face antérieure de l’articulation scapulo-humérale. Mais cette douleur (dont je ne m’explique pas la nature) était, à son dire, tout à fait différente de la sensation de courbature qu’elle avait ressentie précédemment dans les muscles du bras et «le l’épaule du côté opposé.
Il paraît ressortir clairement de ces expériences que les sensa-
ANESTHÉSIES PROFONDES ET VISCÉRALES.
lions do fatigue et de courbature ne se produisent pas, dans les muscles anesthésiques, comme elles se produisent dans Igs muscles jouissant de leur sensibilité normale, et, d une manière plus générale, que toutes les sensations simples dont on peut légitimement rapporter l’origine au tissu musculaire sont abolies par le fait de l’anesthésie hystérique des muscles.
En vous parlant, il y a un instant, de la perte des sensations de l’activité musculaire, je vous faisais remarquer que la malade sur laquelle nous observions ensemble cette variété d’anesthésie était capable d’exécuter tous les mouvements voulus par elle, même lorsque ses yeux étaient fermés. La perte du sentiment de la contraction des muscles est une cause de maladresse, d’incertitude dans les mouvements, mais non pas d’impotence absolue.
Dans certains cas, cependant, les choses se passent autrement. Les malades exécutent parfaitement tous les mouvements volontaires possibles quand leurs yeux sont ouverts et deviennent incapables d’en accomplir aucun aussitôt que leurs yeux sont fermés. C’est là ce que Duchenne 1 a décrit sous le nom de paralysie de la conscience musculaire ou de l'aptitude motrice indépendante de la vue. «Chez les sujets atteints de cette forme de paralysie, dit-il, la volonté n’a le pouvoir de provoquer la contraction des muscles qu’à la condition d’être éclairée par la vue.» D’après Duchenne, la conscience musculaire serait indépendante de la sensibilité musculaire.
En 1864, Lasègue2, à propos de deux cas cliniques observés dans son service, publia dans les Archives générales de médecine un de ces articles pleins de verve et de bon sens clinique dont il avait le secret. Ses malades présentaient nettement les phénomènes signalés par Duchenne : les yeux ouverts, ils exécutaient tous les mouvements possibles, tandis qu'ils devenaient impotents aussitôt qu’ils étaient privés de la vue. Lasègue analysa avec soin les caractères cliniques de cette impotence spéciale, et il remarqua un fait très curieux, c’est que le tact pouvait, dans certaines conditions,
1 Duchonne (de Boulogne), Électrisation localisée, 2° édit., 1861, p. 424, et 3° édit., p. 702.
2 Lasègue, Anesthésie et atnxie hystériques (.1 rchivcs générales de médecine, 1864).