‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 43 sur 208 · PARALYSIE DE LA CONSCIENCE MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

PARALYSIE DE LA CONSCIENCE MUSCULAIRE

suppléer la vision. L’une de ses malades ne pouvait remuer les doigts de la main gauche quand elle avait les yeux fermés; mais si on appliquait cette main gauche (anesthésique) sur sa tête (dont les téguments avaient conservé leur sensibilité normale), il lui était possible d'exécuter avec les doigts des actes définis. Le toucher, en conclut très logiquement Lasègue, vient donc se substituer au sens de l’action musculaire des doigts et de la vue, en avertissant le malade que le mouvement s’accomplit selon son intention. Mais, ajoute-t-il aussitôt, cette influence des sens ne fournit pas à clic seule l’interprétation de l’impotence, car le rôle qu’elle joue dans la physiologie musculaire est consécutif à la contraction; il est impossible de supposer qu’elle préside au mouvement à son origine.

La conclusion de tout ceci, c’est que les phénomènes qui se succèdent dans l’accomplissement régulier des mouvements volontaircs sont extrêmement complexes, et qu’ « admettre un sens ou une conscience de l’activité musculaire, indépendant et suffisant à tout expliquer, ce serait simplifier l’étude en sacrifiant une part de la vérité ».

Depuis la publication du travail de Lasègue, la question n’a fait aucun progrès décisif et nous nous trouvons aujourd’hui en présence des mêmes difficultés et des mêmes incertitudes qu’en 1864.

.le suis heureux de pouvoir vous montrer un exemple de para hjsie de la conscience musculaire. Il nous est fourni par un jeune homme, nommé Cab..., hystéro-épileptique, en traitement dans le service depuis deux mois environ. Il y a huit jours, à la suite d’une grande attaque convulsive, Cab... a présenté une paralysie complète du membre supérieur gauche. Depuis trois jours, il peut remuer ce membre, s’en servir avec énergie et précision, mais à la condition qu’il se rende compte, par la vue, des mouvements exécutés. Aussitôt qu’il ferme les yeux, son membre supérieur gauche retombe dans l’inertie. Ce sont bien là, vous le voyez, les caractères fondamentaux assignés par I indienne à la paralysie de la conscience musculaire. Profitons de l’occasion pour étudier ensemble les détails de la symptomatologie de cette forme singulière d’impotence fonctionnelle des muscles.

Une première particularité à noter, c’est que le membre supérieur gauche de Cab... est le siège d’une anesthésie totale et complète. La peau et les tissus profonds de ce membre sont

ANESTHÉSIES PROFONDES ET VISCÉRALES.

insensibles à tous les modes d’excitation. La figure 4 montre la distribution de celte anesthésie qui s étend notablement au delà de la racine du bras. Au membre inférieur gauche on constate les phénomènes de thermo-anesthésie que je vous ai montrés dans une des précédentes leçons.

|.' ' .}. Distribution topographique de l’anesthésie cutanée chez Cab...

«) Anesthésie totale et conmlèle. b) Thermoancslhésic avec conservation des perceptions tactiles cl douloureuses.

Lorsque le malade a les yeux ouverts, il exécute tous les mouvements possibles sans hésitation ni faiblesse. Il serre avec force le dynamomètre qui marque, de la main droite, 50 kilog.; de la main gauche, 36 kilog. Il porte ses mains sur la tète, boutonne ses vêtements, roule une cigarette, sans que l'observateur le plus attentif puisse reconnaître une différence entre la motilité du membre supérieur droit et celle du membre supérieur gauche.

L’occlusion des yeux ne modifie en rien l’aptitude motrice du membre supérieur droit, mais elle détermine une inertie complète du membre supérieur gauche. Dans ces conditions, le dynamomètre, serré par la main droite, indique une pression de

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