‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 44 sur 208 · PARALYSIE DE LA CONSCIENCE MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

PARALYSIE DE LA CONSCIENCE MUSCULAIRE

LO kilog., tandis que son aiguille reste au zéro lorsque, après avoir placé l’instrument dans la main gauche de Cab..., on prie celui-ci de serrer de toutes ses forces. Nous disons au malade, en lui tenant les paupières fermées, de frapper des coups de poing sur la table avec sa main droite, il le fait aussitôt. Nous le prions

de répéter le même mouvement avec sa main gauche, la main reste inerte, impuissante à accomplir le mouvement voulu. La volonté commande, le muscle n’obéit pas.

Chez Cab..., de même que chez le malade observé par Lasègue, l'influence de la vue sur l’aptitude motrice peut être suppléée par les sensations tactiles. En voici la preuve : après avoir fermé les

veux de notre sujet, je place sa «main gauche sur la table et je le prie de remuer ses doigts comme s’il jouait du piano. Malgré les sollicitations les plus pressantes, sa main reste immobile. Je la place alors sur sa cuisse droite, dont la sensibilité est intacte, et aussitôt notre malade exécute les mouvements demandés.

Ainsi, l’intervention des impressions sensorielles (visuelles ou tactiles) suffit à faire disparaître l’impotence motrice résultant de la prétendue paralysie de la conscience musculaire. Ce n’est pas tout. Je me suis assuré ces jours -ci, par des expériences nombreuses, qu'on pouvait rendre, dans une certaine mesure, l’aptitude motrice au membre supérieur gauche de notre malade sans faire intervenir aucune influence sensorielle. C’est ainsi que des mouvements continus ou régulièrement rythmés, commencés les yeux ouverts, peuvent être continués les yeux fermés. C'est ainsi encore que certains mouvements synergiquement associés peuvent être exécutés d’emblée malgré l’occlusion des paupières.

Je vais répéter devant vous les principales expériences sur lesquelles sont fondées ces affirmations :

1° Je prie Cab... de tourner rapidement les mains autour d’un axe fictif; il exécute parfaitement ce mouvement. Pendant qu’il le fait, je lui ferme les yeux, et le mouvement continue à se produire des deux mams. Sans relever ses paupières, je lui dis d’arrêter ses mains : il obéit aussitôt; puis je lui ordonne de recommencer le mouvement qu’il faisait il y a un instant. Il le recommence, mais de la main droite seule.

2° Le malade étant assis sur une chaise, je le prie de frapper avec la main gauche des coups rapides sur la table et de ne cesser que lorsque je le lui commanderai. Il obéit sans aucune hésitation. Après quelques secondes, je lui ferme les yeux, et il

ANESTHÉSIES PROFONDES ET VISCÉRALES.

continue à élever et à abaisser régulièrement sa main avec la

commandement; mais tant que ses yeux resteront fermés, il sera incapable de recommencer le même exercice.

3° Après avoir bandé les yeux de notre malade, je le prie de se mettre dans la position d’un boxeur en garde et de simuler une lutte à coups de poing. Cette position est assez familière à Cab..., qui a été marin et qui a fait de la boxe une étude particulière. Aussitôt notre homme se met en garde, menaçant avec le poing droit son adversaire imaginaire et portant Yavantbras gauche à la hauteur de son visage pour parer les coups. De môme, si nous ordonnons S notre malade, ayant toujours le bandeau sur les yeux, de faire le geste de nager, il lance ses deux bras en avant et leur fait exécuter à tous les deux de grands mouvements circulaires. Au même moment, il lui serait tout à fait impossible de porter la main gauche seule à sa bouche ou sur sa tète.

Les expériences dont vous venez d’être témoins prouvent, si je ne me trompe, que les phénomènes décrits par Duchenne sous le nom de 'paralysie de la conscience musculaire dépendent surtout d’un trouble partiel des incitations motrices. Ce trouble, d’origine centrale, peut être corrigé, soit par l’intervention de certaines influences sensorielles, soit par divers modes d’entraînement des centres qui président à l’exécution des mouvements. En réalité, il ne s’agit pas là simplement d’un trouble de la sensibilité musculaire. L’anesthésie des muscles est peut-être un de ses éléments constitutifs, mais son origine réelle est certainement en dehors des muscles et même des centres des perceptions sensitives. J’ai saisi avec plaisir l’occasion de vous montrer un exemple de ce curieux syndrome pathologique, mais je tiens à bien faire observer que la paralysie de la conscience musculaire est essentiellement une forme de paralysie motrice, et non pas un effet direct de l’anesthésie hystérique des muscles '.

1 Depuis que cette leçon a été faite, j’ai eu l’occasion d’étudier un nouveau cas de paralysie de la conscience musculaire chez un homme de trente-cinq ans atteint d'hystéro-neurasthénie d’origine traumatique. Cet homme présentait, entre autres symptômes, une anesthésie généralisée de la peau et des muqueuses. Les phénomènes de là paralysie de la conscience musculaire étaient, chez lui, d’une netteté parfaite. Quand il avait les yeux ouverts, il se tenait debout, marchait avec assurance et exécutait avec précision tous les mouvements commandés. Quand il avait les yeux fermés, il était incapable de faire aucun mouvement volontaire. Dans l’obscurité de la nuit, il en était réduit à ne pouvoir se tourner dans son lit, et, n’ayant aucune

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