‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 45 sur 208 · NOTION DK POSITION DES MEMBRES · texte numérisé non relu

NOTION DK POSITION DES MEMBRES

On confond très souvent, en clinique, le sens musculaire avec

sensations distinctes et, dans une certaine mesure, indépendantes les unes des autres.

les yeux fermés, de la position qu’occupent nos membres dans l’espace. Dans diverses circonstances pathologiques, cette notion est abolie. Les malades qui perdent leurs jambes dans leur lit sont nombreux; vous en trouverez beaucoup parmi les ataxiques; vous en trouverez aussi parmi les hystériques. Mais il n’est pas exact que la notion de position des membres soit une simple modalité du sens musculaire. Elle parait être le résultat d’un ensemble complexe de sensations provenant à la fois de la peau, des articulations, des ligaments, en un mot de tous les tissus sensibles. Que les muscles y prennent une certaine part, cela est possible, mais cette part est accessoire, et la preuve, c’est que le

notion do la position occupée par ses membres, il restait immobile comme une masse inerte.

Quelques observations, faites sur ce malade, confirment l’opinion d'après laquelle les phénomènes de paralysie de la conscience musculaire ne seraient pas seulement dus à un simple trouble de la sensibilité des muscles, corrigé par l’intervention de la vue :

1° L’occlusion des paupières d’un côté était suivie d’un affaiblissement considérable dos muscles du côté correspondant et d’un affaiblissement marqué mais très appréciable des muscles du côté opposé. La pression sur le dynamomètre était mesurée :

2° L'occlusion des paupières empêchait ou gênait le fonctionnement de muscles soustraits, à l'état normal, au contrôle de la vue. Ainsi, les deux yeux fermés, le malade ne pouvait ni parler, ni tirer la langue hors de la bouche, ni avaler une gorgée d'eau préalablement introduite dans la cavité buccale. Un seul œil étant fermé, il pouvait parler ou avaler, mais avec beaucoup de difficulté.

3° L’occlusion des paupières avait un retentissement très marqué sur les fonctions psycho-sensorielles. Los deux yeux fermés, le malade était comme étourdi, incapable de comprendre ce qu'on lui disait. Si, après avoir fermé un de ses yeux, on lui parlait à l'oreille du côté opposé, il comprenait ce qu'on lui disait et y répondait; si on lui parlait à l’oreille du côté correspondant, il ne comprenait rien aux questions qu’on lui posait.

Tout cela est fort curieux. Il est très difficile d’on fournir l’explication physiologique. La seule déduction qu’on en puisse légitimement tirer, c’est que la paralysie du sens musculaire n’est pas la conséquence de la seule anesthésie du sens musculaire. C’est un phénomène plus complexe dont l’interprétation nous échappe encore.

A l’état normal, nous nous rendons très exactement compte, même

Quand les deux yeux étaient ouverts, Quand les deux yeux étaient fermés.

Quand l’œil droit seul était ouvert.. , Quand l'œil gauche seul était ouvert

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Main droite.

Main gauche.

14 kilog.

ANESTHÉSIES PROFONDES ET VISCÉRALES.

sentiment de la position des membres peut être conservé chez des sujets dont les muscles sont totalement anesthésiques. Nous avons nettement constaté ce fait sur une de nos malades qui était anesthésique du côté gauche du corps. Les muscles étaient insensibles à la pression, au choc, à la piqûre. La malade avait perdu le sentiment de l’activité musculaire et celui de la fatigue. Cependant si, après lui avoir fermé les yeux, nous déplacions son membre supérieur gauche, elle s’en rendait parfaitement compte; elle savait très bien à quelle hauteur nous élevions sa main, dans quelle position nous placions ses doigts. Bref, elle avait conservé le sentiment de la position, bien qu’elle eût perdu les sensations simples d’origine musculaire.

A vrai dire, les choses ne se passent pas ainsi chez tous les hystériques anesthésiques. Habituellement, la notion de position des membres est pervertie ou abolie quand la peau et les muscles sont profondément insensibles. Paule G..., par exemple, et Cab..., sur qui nous venons d’étudier divers détails de l’anesthésie musculaire, ne se rendent aucun compte, lorsque leurs yeux sont fermés, des déplacements qu’on imprime à leurs membres anesthésiques. Mais, au point de vue théorique, la coexistence habituelle de deux phénomènes ne suffit pas à prouver la subordination étiologique de l’un à l’autre. Au contraire, le fait que la perte du sentiment de position des membres ne coïncide pas nécessairement avec l’anesthésie musculaire, démontre clairement qu’il n’y a pas, entre ces deux troubles sensitifs, un rapport direct de causalité et qu’ils ne dépendent pas l’un de l’autre.

Nous arriverions sans doute à des conclusions identiques si nous avions les moyens d’étudier en détail un autre trouble de la sensibilité qui s’observe quelquefois dans l’hystérie : je veux parler de la perte du sentiment de l’existence des membres. A l’état normal, nous avons la sensation intime de l’existence de nos membres. Nous sentons, même sans les regarder et sans les mouvoir, que nous avons des mains, des pieds, des bras, des jambes. On admet généralement que ce sentiment est le résultat des mille impressions internes et externes qui excitent incessamment nos organes. Le sang qui traverse nos tissus, l’air qui frôle notre peau déterminent, dit-on, des sensations légères, inconscientes, dont l’accumulation se traduit par le sentiment de l’existence ou, si l’on veut, par la conscience du moi organique. Cette explication paraît rationnelle et bien fondée. Cependant, quand on interroge

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