‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 46 sur 208 · NOTION DK L'EXISTENCE DES MEMBRES · texte numérisé non relu

NOTION DK L'EXISTENCE DES MEMBRES

des hystériques assez intelligents pour pouvoir analyser des sensations délicates, on apprend avec étonnement que plusieurs d’entre eux, malgré l’anesthésie absolue du tégument externe et des tissus profonds, ont conservé la notion de l’existence de leurs membres. Ils n’éprouvent aucune sensation quand on touche leur peau, quand on frappe leurs muscles, quand on tiraille leurs articulations, et pourtant ils sentent qu’ils possèdent leurs quatre membres. Ce n’est guère que dans certains cas de paralysie à la fois motrice et sensitive que le sentiment intime du moi organique1 se trouve totalement aboli. Cab... nous a fourni sur ce sujet des renseignements précis. Lorsque, il y a huit jours, son membre supérieur gauche a été frappé de paralysie motrice, le sentiment de l’existence de ce membre a été du même coup aboli, et pendant les trois jours qu’a duré la paralysie, Cab... ne sentait pas qu’il avait un bras gauche. Depuis que la paralysie s’est modifiée et que le malade peut mouvoir son membre supérieur lorsqu’il le regarde, le sentiment de l’existence de ce membre est revenu. « L’autre jour, dit Cab..., il me semblait que je n’avais pas de bras gauche; aujourd’hui je sens très bien que j’ai mes deux bras. » Or, la peau, les muscles, les os, les ligaments sont, en apparence du moins, tout aussi insensibles qu’il y a huit jours. L’anesthésie est complète, absolue; aucune excitation ne provoque de perception. Comment expliquer alors le retour de la notion subjective de l’existence de ce membre?

Faut-il admettre que des nerfs, indifférents à des excitations extérieures violentes, peuvent cependant transmettre, dans certaines conditions morbides, les impressions délicates provenant de l’intimité des tissus? Doit-on plutôt supposer que les centres perceptifs des sensations organiques sont autres que ceux des sensations tactiles et dolorifiques vulgaires? Pour apprécier la valeur de ces hypothèses, il faudrait étudier avec soin un grand nombre de cas de perte de la notion de l’existence des membres, analyser les circonstances dans lesquelles ce trouble sensitif se manifeste, déterminer les symptômes qui l’accompagnent toujours et ceux qui lui sont accidentellement associés. Or, ces recherches n’ont pas encore été faites, et rien n’autorise à préjuger les résultats qu’elles fourniront.

1 II va sans dire que cette expression : le moi organique, n'a aucune signification psychologique. Elle est employée ici pour désigner par abréviation l’ensemble des sensations qui donnent à la conscience la notion de l’existence îles organes.

ANESTHÉSIES PROFONDES ET VISCÉRALES.

L’anesthésie hystérique peut-elle atteindre les viscères thoraciques et abdominaux? 11 est impossible de pratiquer des explorations directes de nature à fournir une réponse précise à cette question. Cependant plusieurs raisons permettent de supposer que tous les viscères peuvent devenir insensibles aux excitations les plus violentes. On sait que la pression des seins, qui est très douloureuse à l’état normal, n’est pas perçue par certaines hystériques. Il en est de même pour la compression des testicules chez quelques hystériques mâles.

L’insensibilité des viscères abdominaux est rendue très vraisemblable par la facilité avec laquelle sont supportées, par la plupart des malades, les pressions énergiques pratiquées sur le ventre. Chez les personnes bien portantes, la compression violente des parois abdominales, celle de la région épigastrique en particulier, détermine une sensation spéciale d’angoisse douloureuse avec tendance rapide à la syncope. Chez les hystériques, on peut habituellement comprimer très fortement l’abdomen, frapper brutalement l’épigastre sans provoquer de sensations désagréables. Paule C... présente à un haut degré cette remarquable insensibilité de l’abdomen. Je la fais coucher sur un lit, je comprime son ventre aussi énergiquement que je le puis avec mon poing, elle ne manifeste aucune douleur; clic éprouve plutôt, dit-elle, une sensation de bien-être. Je frappe à coups redoublés sur son épigastre, et loin d’en* être incommodée, elle rit de ces violences qui feraient probablement tomber en syncope un homme vigoureux et bien portant.

Cette anesthésie profonde de l’épigastre peut être considérée comme un des meilleurs stigmates de l’hystérie, et je crois qu’au point de vue du diagnostic elle a au moins autant de valeur que l’anesthésie du pharynx ou de la conjonctive. 11 est curieux de noter qu’elle a été constatée autrefois et considérée comme un phénomène d’origine surnaturelle.

Carré de Montgeron, l’historiographe convaincu et enthousiaste des miracles accomplis sur le tombeau du diacre Paris, en fait une description très détaillée. Il raconte qu’une jeune fille, nommée Jeanne Moler, supportait sur le creux épigastrique des coups

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