CARACTÈRES DES ACCIDENTS HYSTÉRIQUES
bulos; d'autres étaient sujets à des congestions pulmonaires suivies ou non d’hémoptysies. Plus tard, les grands accidents hystériques se sont manifestés, et, à partir de ce moment, les attaques convulsives, l’anesthésie, les douleurs locales ou diffuses, les paralysies, les contractures, etc., se sont succédé sans aucune régularité apparente, à des intervalles variables, sous l’influence des causes occasionnelles les plus légères.
e) Les accidents hystériques n'ont habituellement pas sur la santé générale et sur l'état mental des sujets qui en sont atteints le retentissement qu'auraient des accidents semblables, mais dépendants d’une autre cause.
Quelques exemples vous feront comprendre l’importance clinique de cette proposition.
M. Charcot1 a depuis longtemps insisté sur l’innocuité de l’état de mal hystérique comparativement à l’excessive gravité de l’état de mal épileptique ou éclamptique. Quand les convulsions épileptiques ou éclamptiques se reproduisent à de courts intervalles, elles s'accompagnent d’une élévation rapide de la température du corps. En même temps que la température s’élève, la langue devient sèche, le visage se couvre de sueurs profuses, et l’on voit se développer une sorte d’état typhoïde dont le pronostic est fatal à courte échéance. Rien de semblable dans l’état du mal hystérique. Les attaques convulsives dépendant de l’hystérie peuvent se reproduire sans trêve, sans repos, pendant plusieurs jours consécutifs, sans que la vie soit en danger. MM. ballet et Crespin 2 ont rapporté récemment une observation des plus démonstratives à ce sujet. 11 s’agit d’une jeune fille de dix-sept ans qui eut, dans une période de vingt jours consécutifs, huit mille attaques hystériques il type épileptiforme, et un peu plus tard, dans une période de vingt-six jours, vingt-un mille sept cent huit attaques. Malgré cette énorme fréquence des attaques, la température de son corps ne s’éleva pas sensiblement au-dessus de la normale; elle ne cessa d’osciller entre 37°2 et 37°9; et la malade survécut.
Autre exemple: L’anurie, lorsqu’elle survient dans le cours des maladies du cœur, dans les affections rénales, dans les empoi-
1 Charcot, Do Vischurie hystérique (Leçons sur les maladies du système nerveux , 31' édition. Paris, 1877, t. I, p. 275).
2 Ballet et Crespin, Des attaques d’hystérie à forme d’épilepsie partielle (Archives de neurologie, septembre 1884, t. VIII, p. 129).
sonnements, etc., est un symptôme d’une extrême gravité, et si la sécrétion urinaire ne reprend pas son cours régulier, les malades meurent d’urémie après un temps qui varie de quelques heures «à cinq ou six jours en moyenne. Chez les hystériques, au contraire, l’anurie peut persister pendant des semaines sans que la santé générale soit sérieusement altérée, sans que l’existence soit menacée.
Je pourrais vous citer beaucoup d’autres symptômes dont la signification pronostique, toujours grave en dehors de l’hystérie, devient relativement bénigne quand l’hystérie en est la cause. L’anorexie absolue, les vomissements répétés, la céphalée persistante, l’hémoptysie, l'hématémèse, les paralysies des membres, etc., sont de ce nombre.
L’indifférence avec laquelle les femmes hystériques supportent les accidents qui les frappent est tout à fait remarquable. Rien n’altère profondément et d’une façon durable leur sérénité. Les malades atteints d’hémiplégie ou de paraglégie organique sont habituellement attristés, inquiets de leur état; ils songent avec terreur à l’avenir qui leur est réservé; ils s’alarment de la durée de leur maladie; ils craignent de ne pas guérir. L’hystérique, au contraire, ne s’inquiète de rien; aucun accident ne l’effraie. 11 semble qu’elle ait la certitude absolue de sa curabilité. Elle vomit des flots de sang sans en être émue. Elle ne se croit jamais sérieusement malade. Chez elle, comme chez l’enfant, le rire est toujours près des larmes, et souvent, au milieu des souffrances les plus violentes, elle surprend les personnes qui l’entourent par la vivacité de ses réponses, par la frivolité de ses préoccupations, par le souci qu’elle prend de sa toilette et de ses attitudes.
J’insiste, Messieurs, sur cette dernière particularité du caractère des hystériques; elle a, si je ne me trompe, une réelle importance pratique. Le médecin ne doit négliger aucun détail d’observation, si futile qu’il puisse paraître, et j’affirme que, dans certains cas de diagnostic difficile, une fleur coquettement placée dans les cheveux ou sur la poitrine des malades, un ruban artistement noué autour de leur cou, ont presque la valeur de signes révélateurs de l’hystérie.
Le sentiment de la propreté et de la coquetterie est un des premiers à disparaître dans les maladies organiques des centres nerveux; c’est le dernier qui persiste chez les hystériques.