HYSTERIE SANS ANESTHÉSIE
qu'un rôle effacé, comparativement aux autres manifestations de l'hystérie;
3° Ceux où des anesthésies multiples, frappant simultanément la peau, les membranes muqueuses, les organes des sens et les tissus profonds, constituent un faisceau de symptômes d’une grande importance dans l’ensemble des accidents hystériques.
Chacun de ces groupes de faits mérite quelques considérations.
lrr Groupe : V Anesthésie fait complètement defaut. — Contrairement à l’opinion de Gendrin et de llenrot, l’anesthésie n’est pas un symptôme constant et nécessaire de l’hystérie. Certains malades atteints d’accidents manifestement hystériques, voire môme d’accidents convulsifs graves, ne présentent aucun trouble appréciable des fonctions sensitives. Les cas de ce genre sont exceptionnels, j’en conviens, mais on en rencontre quelques-uns, et, pour ma part, je crois en avoir observé deux sur une quarantaine d’observations d’hystérie dans lesquelles la sensibilité a été spécialement examinée, ce qui fait une proportion de 5 pour 100 environ.
Le premier est relatif à une dame de quarante et un ans qui, à l’occasion de fortes commotions morales, a eu dans sa vie trois grandes tempêtes hystériques. En 1873 elle fut victime d’une tentative d’empoisonnement. A la suite des émotions résultant de la découverte et du jugement du coupable, elle eut tous les jours, pendant dix-huit mois consécutifs, une ou plusieurs attaques hystéro-épileptiques suivies de scènes délirantes pendant lesquelles elle imitait le chant du coq, le gloussement de la poule, le roucoulement de la tourterelle, etc. Puis elle se rétablit et jouit pendant six ans d’une santé parfaite. En 1882 son mari mourut. Les attaques de nerfs reparurent avec les mêmes caractères et persistèrent encore pendant dix-huit mois. Enfin, il y a six mois, après une discussion d'intérêts très violente avec une de ses voisines, M"’° X... fut reprise d’accidents convulsifs. Elle a maintenant tous les deux ou trois jours une grande attaque hystérique, et dans l’intervalle des attaques elle pousse presque continuellement une sorte de mugissement involontaire des plus incommodes. Ce mugissement, qui accompagne les mouvements inspiratoires, s’arrête quand la malade parle ou lit à haute voix. Il s’atténue
quand elle fixe son attention sur quelque chose, par exemple quand elle lit ou quand elle fait des calculs. Il cesse complètement durant la nuit. Il disparaît aussi pendant quelques heures a la suite des grandes attaques convulsives.
La nature de tous ces accidents est manifestement hystérique. Les circonstances qui ont provoqué leur première apparition, leur disparition complète pendant des années, les conditions dans lesquelles ils se sont reproduits, la forme des convulsions, les caractères du spasme rythmique respiratoire, tout cela ne peut laisser aucun doute sur l’exactitude du diagnostic. Eh bien! malgré la gravité de ces manifestations hystériques, Mmc X... ne présente aucun trouble appréciable de la sensibilité. J’ai exploré maintes fois sa peau, ses muqueuses (sauf celles de l’anus et des organes génitaux), ses tissus profonds sans pouvoir découvrir la plus légère anomalie dans les réactions sensitives. M. Lichtwitz a soumis ses organes des sens à des examens répétés et n’a rien constaté d’anormal dans leur fonctionnement.' 11 n’existe pas de rétrécissement des champs visuels, pas de troubles des perceptions colorées, pas d’insensibilité du pharynx ni de l’épigastre, etc.
Un autre exemple très net d’hystérip sans trouble de la sensibilité nous a été fourni, l’an dernier, par une jeune fille de dix-huit ans, nommée Madeleine M..., traitée à la salle 7, pendant trois mois environ, pour des vomissements incoercibles. Cette jeune lille, somnambule dans son enfance et sujette, depuis la puberté, à des attaques convulsives ayant tous les caractères des attaques hystériques vulgaires, a été guérie de ses vomissements à la suite de quelques séances de faradisation; mais les attaques convulsives ont persisté beaucoup plus longtemps.
Pendant les trois mois qu’elle a passés à l’hôpital nous avons souvent examiné l’état de la sensibilité de cette malade, et malgré tout le soin que nous avons apporté à ces explorations, nous n’avons jamais pu découvrir aucun trouble des fonctions sensitives de la peau, des muqueuses, des organes des sens, ni des tissus profonds.
Ces deux laits me paraissent assez démonstratifs pour infirmer l’opinion des auteurs qui pensent que l’hystérie est toujours et nécessairement accompagnée de troubles de la sensibilité. Ils prouvent d’une façon tout à fait péremptoire que les fonctions sensitives peuvent rester absolument normales dans certains cas d’hystérie avérée.