‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 53 sur 208 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

235 observations, Briquet a trouvé 4 cas d’anesthésie générale, 93 cas d’anesthésie hémilatérale et 138 cas d’anesthésie en îlots.

Les faits que j’ai eu l’occasion d’observer ne concordent pas exactement avec les proportions indiquées par la statistique de Briquet. Sur 40 observations d’hystérie étudiées dans le service dans ces derniers temps, l’anesthésie faisait totalement défaut dans 2 cas (soit 5 pour 100); elle était très limitée et pour ainsi dire insignifiante dans 2 cas (soit 5 pour 100); elle était étendue et profonde chez 36 malades (soit 90 pour 100). Sur ces 36 malades, l’anesthésie était générale 8 fois (soit 20 pour 100 de la totalité des cas d’hystérie), hémilatérale 18 fois (soit 45 pour 100), et disposée en îlots 10 fois (soit 25 pour 100).

Je ne dois pas oublier de vous dire, en terminant, que l’hémianesthésie hystérique peut exister sur le côté droit ou sur le côté gauche du corps, mais qu’elle siège beaucoup plus fréquemment à gauche qu’à droite. Sur nos 18 cas d’hémianesthésie, il y en avait 14 à gauche et 4 à droite. La proportion est à peu près la même dans les statistiques des autres auteurs. Briquet signale 79 cas d’hémianesthésie gauche contre 20 cas d’hémianesthésie droite. MM. Bournevillc et Regnard ont observé 34 hémianesthésiques, dont 23 du côté gauche et 11 du côté droit. En additionnant tous ces chiffres, on trouve, sur 142 cas d’hémianesthésie hystérique, 107 exemples d’hémianesthésie gauche contre 35 d’hémianesthésie droite.

Je crains, Messieurs, que les détails analytiques dans lesquels j’ai été obligé d’entrer ne vous aient fait un peu perdre de vue les grandes lignes de l’étude que nous venons de poursuivre ensemble sur la distribution des anesthésies hystériques. Aussi je vous demande la permission de terminer cette leçon par l’énoncé des conclusions qui doivent en ressortir.

1° L’anesthésie est un symptôme très fréquent de l’hystérie, mais ce n’est pas un symptôme absolument constant. Elle existe dans la plupart des cas (95 pour 100), non dans tous. Elle peut faire complètement défaut chez quelques malades (5 pour 100) atteints d’accidents hystériques non douteux.

2° Lorsque l’anesthésie existe, elle peut être limitée à un ou

plusieurs organes des sens, à une ou plusieurs muqueuses, à un ou plusieurs points de la peau (5 pour 100); mais, dans la grande majorité des cas (00 pour 100), elle frappe à la fois d’une façon inégale et irrégulière les organes de la sensibilité générale et ceux des sensibilités spéciales.

3° L’anesthésie cutanée est parfois étendue à toute la surface du tégument externe, d’autres fois elle est exactement hémilatérale, quelquefois enfin elle est disposée en îlots disséminés.

4° Quand l’anesthésie cutanée est étendue à toute la surface du corps (20 pour 100), elle peut aussi atteindre plusieurs membranes muqueuses et plusieurs organes des sens; mais elle ne porte jamais en même temps sur toutes les membranes muqueuses et sur tous les organes des sens.

5° L’anesthésie cutanée hémilatérale est commune (45 pour 100); elle coexiste habituellement avec des anesthésies des muqueuses et des organes des sens. Toutefois, les troubles de la sensibilité observés sur les muqueuses et les appareils sensoriels ne sont pas rigoureusement et exclusivement limités à un côté du corps. Presque toujours, sinon toujours, il y a des parties de ces organes qui sont épargnées du côté où existe l’anesthésie cutanée et des parties qui sont atteintes du côté où la peau a conservé sa sensibilité normale. A proprement parler, rien n’est plus rare que l’hémianesthésie sensitivo- sensorielle complète dans l’hystérie. On n’observe guère que des hémianesthésies cutanées avec prédominance plus ou moins marquée des troubles sensoriels du côté où le tégument externe est insensible.

6° L’anesthésie cutanée est souvent disposée en îlots disséminés sur la surface du corps (25 pour 100). Dans ce cas, les îlots anesthésiques sont très irrégulièrement répartis. Ils siègent indifféremment sur le tronc, la tète ou les membres. Leur nombre et leurs dimensions sont extrêmement variables; leur forme ne correspond pas à l’aire de distribution anatomique des nerfs sensitifs ni des vaisseaux sanguins de la peau. Des anesthésies plus ou moins étendues des muqueuses et des organes des sens coexistent ordinairement avec l’anesthésie en îlots du tégument externe.

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