DOUZIÈME LEÇON
INSTABILITÉ DES ANESTHÉSIES HYSTÉRIQUES; AGENTS ESTHÉSIOGÈNES
SOMMAIRE
I. Modifications spontanées des anesthésies hystériques dans le cours de la maladie et
après la guérison.
II. Modifications provoquées. Histoire de la découverte des agents esthésiogènes : obser-
vations de Briquet, Duchenne, Yulpian, etc., sur les effets de la faradisation cutanée. Détermination des intluences métalloscopiques : recherches de Burq; contrôle de Charcot; rapport de üumontpallier à la Société de biologie. Découverte de divers autres agents esthésiogènes.
III. Démonstrations expérimentales : retour de la sensibilité sous l’influence de la
faradisation cutanée. Effets de l'application d’une pièce d’or sur l’avant-bras d’une hystérique hémianesthésique.
IV. Expériences relatives à l'action esthésiogène du mercure liquide, des vapeurs
mercurielles et de quelques gaz.
Messieurs,
L’anesthésie hystérique apparaît quelquefois très brusquement. Du jour au lendemain, d'un instant à l’autre, elle peut s’installer sur de grandes surfaces des téguments, sur un ou plusieurs organes des sens. C’est ainsi que M. Ch. Richet a vu « une petite fille de quatorze ans, prématurément hystérique, car elle n’était pas encore réglée, qui, sous l’influence d’une- attaque d’hystérie nocturne, devint du jour au lendemain complètement analgésique de tout un membre » h
D’après Gendrin et llenrot, l'anesthésie se développerait toujours en même temps que les premières attaques convulsives. Briquet a démontré que cette opinion était beaucoup trop exclusive. 11 a observé soixante et une femmes manifestement hystériques qui n’avaient jamais eu d’attaques convulsives et qui présentaient cependant de l’anesthésie cutanée. Toute perturbation vive de
1 Cb. Richet, Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilité. Th. doct., Paris, 1877, p. 276.
l’économie, peut, d'après ses observations, être la cause occasionnelle de l’apparition de l’anesthésie. Une jeune fille de ses malades devint tout à coup hémianesthésique en apprenant la mort de sa mère l.
L’invasion de l’anesthésie est-elle toujours aussi rapide? Cela est peu probable, mais nous ne pouvons rien affirmer à ce sujet.
En revanche, nous savons que l’anesthésie hystérique n’est pas un symptôme fixe, immuable. Une fois installée, elle peut subir des modifications, soit par le fait de l’évolution naturelle de la maladie, soit sous l’influence de causes extérieures ou expérimentales; et comme ces modifications spontanées ou provoquées constituent un des caractères les plus importants des troubles sensitifs dépendant de l’hystérie, il importe que nous les étudiions avec quelques détails.
Les démonologistes des xvie et xvne siècles savaient que les marques des sorcières n’étaient pas absolument indélébiles. Pierre de Lancre fait observer que, souvent, des marques découvertes et dûment constatées pendant l’enquête n’existent plus au moment du procès, preuve évidente, selon lui, de la malignité du démon, lequel s’efforce, par ces changements imprévus, de mettre en défaut la sagacité des magistrats. Il fait remarquer aussi que l’insensibilité des sorcières qui ont cessé depuis longtemps d’avoir des rapports avec le diable finit par disparaître. « La vérité est, dit-il, que les marques de celles qui sont, depuis longtemps y a, hors du sabbat, se trouvent parfois sensibles, et celles qui sentent V esquille n'estant plus sorcières, disent, qu’en cette mesme marque, estant encore sorcières, elles l’eussent soufferte jusques en la teste sans douleur 2. »
1 Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l’hystérie. Paris, 1859, p. 274.
2 Pierre de Lancre, Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons où il est amplement traicté des sorciers et de la sor celer ie. Livre très utile et nécessaire , non seulement aux juges, mais à tous ceux qui vivent soubs les lois chrestiennes. Paris, 1611, p. 186-187.
Pierre de Lancre n’est pas le seul qui rapporte des observations de ce genre. Bodin (De la démonomanie des sorciers. Paris, 1587, p. 88) signale plusieurs exemples de la disparition des marques. « Aubert de Poitiers, dit-il, advocal au Parlement, m’a dict qu’il avoit assisté à l'instruction du procez d’un sorcier mareschal de Chasteau- Tliierry, qui se trouva marqué sur l’espaule dextre, et le jour suyvanl le Diable lui avoit efj'acé la marque... M. Claude Doffay, procureur du Roy à Ribemont, m'a dict