‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 55 sur 208 · VARIATIONS SPONTANÉES · texte numérisé non relu

VARIATIONS SPONTANÉES

Ges observations correspondent exactement avec ce que nous constatons aujourd’hui chez nos hystériques dont les anesthésies peuvent se déplacer dans le cours de la maladie et disparaître totalement après la guérison. Nous avons suivi, chez plusieurs de nos malades, ces modifications spontanées de l’insensibilité. Anaïs L... est entrée à l’hôpital, à la fin de janvier 1886, avec une hémianesthésie gauche. Le 18 mars une exploration nouvelle de sa sensibilité démontra que l’anesthésie était devenue générale.

Catherine L..., qui présentait, en avril 1886, de larges îlots d’anesthésie disséminés sur toute la surface du tégument, n’avait plus, au mois de juillet de la même année, que trois petites plaques d’insensibilité, l’une à la nuque, l’autre à l’épaule gauche et la troisième à la face externe de la cuisse du même côté. C’est, du reste, l’anesthésie en îlots qui se modifie le plus facilement.

L’anesthésie suit quelquefois, d’une façon très régulière, les diverses phases de la maladie; elle s’étend quand les autres accidents s’aggravent; elle s’atténue et disparait quand ils s’apaisent. Kxemple : Alix S... est entrée pour la première fois à l’hôpital, en 1881, à la suite d’une tentative de suicide. Elle n’avait alors qu’une plaque d’anesthésie sur la joue gauche, plaque qui avait totalement disparu quand elle sortit du service. Pendant les années 1883 et 188 'a, son existence fut traversée par des épreuves cruelles. Elle eut des chagrins et des soucis de toutes sortes. Les attaques convulsives devinrent très fréquentes et la plaque d’anesthésie de la joue s’étendit à tout le côté gauche du corps. En 1885, son sort s’améliora; elle trouva une place avantageuse dans un atelier

qu’il droit vu la marque de Johanne Ilervillier, sorcière de laquelle il m’a envoyé tout le procez, et le jour suyvant la marque se trouva effacée. »

Jacques Fontaine (Des marques des sorciers et de la réelle possession que le diable prend sur le corps des hommes, etc. Lyon, 1611, p. 18) pose la question de savoir si les marques se peuvent effacer ou non, et raconte à ce propos l’anecdote suivante : « Messieurs de la Cour du Parlement d’Aix en Provence, dit-il, commandèrent aux médecins et chirurgiens de visiter Magclaleine de la Palud, accusée d’est re aie nombre dos sorcières, par le rapport d’une fille de la Compagnie de Sainte-Ursule, nommée Loyse, qui ostoit possédée par charmes. La dicte Magdaleine, desja repantie et convertie, comme l'on croit, désigna les lieux de ses marques aux médecins et ch irurgiens , à savoir : une en chaque advant-pied, la troisième au côté gausche à V endroit du cœur, lesquelles on sonda comme l’on est accoustumé , on les trouva seiches, dures et sans aucun sentiment. Le jour de Pasques prochaine, elle rapporta au père qui l’exorcisoit et à plusieurs autres, qu’elle avoit senti de grandes et extrêmes douleurs aux lieux où estaient les marques, qui fut cause qu’elle fut visitée de nouveau par les médecins et chirurgiens, et trouva-t-on que véritablement les marques qu’on avoit auparavant sondées n’y estoyent plus, car en y mettant une esguille comme on avoit faict auparavant, on trouva le lieu de la marque fort mol, et après l’avoir picqué il. sortit du sang vermeil de la picqueure, dont on estima que les marques de sorcières qu’elle avoit étoient effacées. »

et vécut paisible et heureuse pendant plusieurs mois. Les accidents hystériques s’atténuèrent; l’anesthésie disparut même tout à fait. Il y a quelques mois, à la suite de nouveaux chagrins, Alix S... a eu quelques attaques convulsives violentes, et, en explorant sa sensibilité cutanée, nous avons constaté un large îlot d’anesthésie occupant tout le membre supérieur gauche. Enfin, ces jours-ci elle est venue un matin nous consulter pour un léger mal de gorge; nous avons examiné sa sensibilité, et nous n’avons plus trouvé trace d’anesthésie.

Les variations spontanées de l’anesthésie ont, assurément, une grande valeur diagnostique; mais, pour les constater, il faut suivre les malades, les soumettre à des examens prolongés et répétés, ce qui n’est pas toujours possible. Les variations expérimentales ont, sur les précédentes, l’immense avantage de pouvoir, dans certains cas du moins, être provoquées à volonté, en un laps de temps qui ne dépasse pas quelques minutes. Les anciens démonologistes ne paraissent pas les avoir connues L Briquet est, si je ne me trompe le premier auteur qui en fasse mention. 11 a constaté que la faradisation de la peau faisait souvent disparaître l’anesthésie cutanée des hystériques. « Le plus habituellement, dit-il, cinq à six minutes suffisent pour réveiller la sensibilité de la portion de peau sur laquelle on opère. Souvent, dès que la sensibilité est rétablie dans le lieu faradisé, elle reparaît également à ses environs dans un rayon assez étendu. Dans un certain nombre de cas il a suffi de la faradisation du membre supérieur, par exemple, pour que la sensibilité reparût dans le membre inférieur1 2. »

Duchenne (de Boulogne) rapporte en 1885, dans la première édition de son livre sur Y Électrisation localisée, plusieurs faits démontrant l’efficacité de la faradisation cutanée dans le traitement

1 Une phrase assez obscure de Pierre de Lancre tendrait cependant à faire supposer que les sorcières employaient quelquefois des frictions énergiques sur les parties anesthésiques pour faire disparaître leurs marques : « Voire avec un tel artifice, qu’estant vingt ou trente en mesme prison, elles se visitoient l'une Vautre et si elles se trouvaient la marque, le diable leur avoit appris de se gratter et esgratigner si oustrageusenient que parfois leurs espaules semblaient des espaules de suppliciés, qui viennent de

souffrir le fouet ou des escourgées violentes Mais tout cela n' empeschoit pas qu’on

ne descouvrit visiblement la marque. » ( Loc . cit ., p. 486.)

- Briquet, Traité clinique el thérapeutique de l’hystérie. Paris, 4859, p. G84.

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