A GEN TS EST 1 1 ESIOG E N ES
anesthésique un agent esthésiogène actif, la sensibilité réparait au bout de quelques minutes. Elle se montre d’abord au niveau des points où la peau est en contact direct avec l'agent esthésiogène; puis elle gagne de proche en proche, de façon à envahir en quelques minutes tout le côté primitivement anesthésié. En même temps, la sensibilité disparaît progressivement dans le côté qui était sensible au début de l’expérience, de telle sorte qu’en réalité l’anesthésie n'a pas disparu, elle a été transférée d’un côté à l’autre.
Les oscillations consécutives se produisent après que l’agent esthésiogène a été enlevé. L’hémianesthésie reprend alors sa position primitive; mais avant de se lixer du côté où elle existait avant le début de l’expérience, elle subit un certain nombre d’oscillations de plusieurs minutes de durée, pendant lesquelles on peut la constater tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.
Les résultats obtenus par la Commission de la Société de biologie furent rapidement vulgarisés par la presse médicale de tous les pays. De tous côtés ils furent contrôlés, commentés et amplifiés. Ils donnèrent lieu à une foule de travaux 1 qui ajoutèrent quelques détails à l’histoire des agents esthésiogènes dont la liste s’allongea rapidement. On démontra, en effet, qu’à côté de la faradisation, de la galvanisation, de l’aimantation, de l'application des métaux, des
1 Parmi les travaux relatifs à l'esthésiogénie qui furent publiés vers cette époque, on consultera avec prolit, en outre des nombreuses communications faites à la Société de biologie par MM. Charcot, Dumontpallier, Burq, Regnard, Vigouroux, etc., les mémoires suivants :
Maragliano e Seppilli, S tiidi clinici a conlribulo dell’azione (telle correnli elettriche dei metalli e dclle magnetti in aleuni casi di anestesia ( Rivista s périment ale di FrenkUria, 1878).
A. Hughes Bennett, The efjèct of attention on the bodily organs ( British medical Journal, 1878) et Metalloscop y and, Metalloterapy. Brain, t. I, p. 331.
Gradle, Metalloscopg and Metalloterapy {Jour, ofneruoxis and me niai discases, 1878).
Westpiial, Ueber Metalloscopie (Berliner klinische Wochenschrift, 1878, n° 30).
Enlenburg, Ueber Métallothérapie ( Deutsche medizinische Wochenschrift, 1878, ii " 85 et 26) et Metalloscopie und Métallothérapie ( Wiener medizinische Presse, 1879, nus 1, 2, 4 et 5).
HackTucke, Melalloscopy and expectant attention ( The Journal of nervous and, mental discases, january 1879).
Sigerson, An exarni nation of certain rccenlly reported phénomène, in connect ion wilh hystcro-cpilrpsy and cérébral anesthésia ( British medical Journal, 1879).
Franz Millier, Zur Metalloscopie a nd, Magnetioirkung bel hyslcrichen Lülimnngcn (Berliner klinische Wochenschrift, 1879, n° 28).
Douglas Aigre, Etude clinique sur la, metalloscopie et Itt métallothérapie externe dans l’anesthésie. Th. doct., Paris, 1879.
M. SchifT, De la métallothérapie, communication faite le 21 septembre 1879 à la Société des naturalistes allemands à Baden-Baden (traduction française in Archives des Sciences physiques et naturelles, 15 janvier 1880).
Vigouroux, Metalloscopie, Métallothérapie, Esthésiogènes ( Archives de neurologie , l. 1 et II). Etc., etc.
lis INSTABILITÉ DES ANESTHÉSIES HYSTÉRIQUES.
vibrations mécaniques, il convenait de placer : l’eau chaude ou froide (Thermes, de Cérenville, Adamkiewicz, Scliiff), le collodion (Seure), les plaques d’or (YYestphal), les sinapismes et les vésicatoires (Grasset, Biaise, Adamkiewicz), certains minerais ou sels minéraux, tels que le sulfure de fer, le fluorure de calcium, le sulfate et le carbonate de fer (Parona), le bois (lloggard, Bennett, Dujardin -Beaumetz), le jaborandi en injections sous -cutanées (Grasset, Lannois, lluchard), le nitrite d’amyle en inhalation (Rosenthal, Urbantschitsch), etc.; chacune de ces substances pouvant, chez certains malades, réveiller la sensibilité dans les parties anesthésiques. Mais tout cela ne changea rien au fond même des choses. Les notions expérimentales qui avaient provoqué toutes ces recherches restèrent incontestées, et elles sont, à juste titre, devenues classiques.
J’ai hâte, Messieurs, de vous montrer avec quelle étonnante facilité les agents esthésiogènes font disparaître l’anesthésie de certains hystériques.
Commençons par répéter les observai ions de Briquet et de Duchenne.
Voici une malade dont la sensibilité cutanée est abolie sur tout le côté gauche du corps. Je mets à nu son avant-bras gauche, et vous voyez qu’on peut le piquer et le pincer sans provoquer aucune réaction sensitive : l’anesthésie y est totale et complète. J’applique sur cet avant-bras les deux électrodes d’une machine d’induction. Le courant est peu intense; une personne bien portante le supporterait sans peine. Notre malade, bien entendu, ne le sent pas du tout. Mais attendons quelques instants... L’expérience est commencée depuis deux minutes, et voilà que la patiente se plaint d’éprouver une sensation désagréable. La sensibilité est déjà revenue dans la zone cutanée comprise entre les électrodes. Si nous piquons la peau dans cette région, la malade sent très bien la piqûre; si nous la frôlons avec le bout du doigt, elle sent distinctement le contact. Deux minutes de faradisation légère ont suffi pour faire disparaître localement l’anesthésie.
Faisons une expérience d’un autre genre, et suivons-en les détails d’aussi près que possible.
AGENTS ESTHÉSIOGÉNIE. IV.»
Paulo E... est hémianesthésique droite. J’enfonce hardiment une épingle sur différents points du côté droit de son corps, et vous voyez qu’elle ne bouge pas, tandis qu’elle se plaint vivement quand on essaie de la piquer sur le côté gauche du visage ou sur les membres du côté gauche. Sur la face antérieure de son avant-bras droit (côté insensible) je place une pièce de vingt francs en or et je la fixe avec deux petites bandelettes de taffetas gommé. La malade ne sent pas plus le contact de la pièce métallique qu’elle ne sentait tout à l'heure les piqûres. Mais ne soyons pas trop impatients : il faut un certain temps pour que les effets métalloscopiques se produisent... Voilà une minute et demie que l’expérience est commencée, et Paule nous dit qu’elle éprouve une légère sensation de chaleur au niveau de la pièce d’or. La sensibilité est-elle déjà revenue? Pas encore, car vous voyez que la malade ne sent pas les piqûres profondes que je fais à sa peau, au voisinage immédiat de la pièce. 11 s’est produit cependant une modification physiologique qui précède souvent le retour de la sensibilité : les piqûres que je viens de pratiquer laissent perler de grosses gouttelettes de sang, tandis que les piqûres faites antérieurement n’ont pas saigné du tout1.
Le métal est appliqué maintenant depuis trois minutes. La malade éprouve toujours la même sensation de chaleur, mais avec plus d’intensité : « C’est, dit-elle, comme si j’avais un sinapisme sur l’avant-bras. » Explorons sa sensibilité. J’enfonce l’épingle au voisinage de la pièce, et Paule pousse un cri. La main et le bras droits sont encore insensibles, mais l’anesthésie a disparu tout autour de la pièce d’or, sur une surface régulièrement circulaire de dix centimètres de diamètre environ. Examinons rapidement l'avant-bras gauche, dont la sensibilité était normale au début de l’expérience. Juste dans le point symétrique à la zone devenue sensible sur l’avant-bras droit j’enfonce profondément l’épingle, et la malade n’éprouve aucune douleur, tandis qu’à quelques centimètres plus loin la sensibilité est restée intacte. Attendons quelques instants avant de faire de nouvelles explorations... Voilà cinq minutes que l’expérience est en train. En ce moment l’avant-
1 Burq a très bien vu celte action des métaux sur la circulation, il a même constaté que dans certains cas les métaux agissaient seulement sur quelques-uns des phénomènes connexes de l'anesthésie. Tel métal qui ne réveille pas la sensibilité peut, d’après ses observations, élever la température locale, ou bien activer la circulation, ou bien encore augmenter la force musculaire. Mais habituellement la sensibilité, la circulation capillaire el la force de contraction des muscles sont modifiées simultanément.
INSTABILITÉ DES ANESTHÉSIES II VSTÉI5IQEES.
bras droit est sensible dans toute son étendue, depuis le poignet jusqu’au pli du coude, tandis que l’avant-bras gauche est devenu insensible.
Ainsi, pendant que la sensibilité reparaît progressivement au voisinage de la pièce d’or placée sur l’avant-bras droit et s etend lentement comme une tache d'huile, elle disparaît parallèlement dans les points symétriques du côté opposé, (l’est là le phénomène du transfert, décrit pour la première fois par les membres de la Commission de la Société de biologie. Attendons encore quelques minutes, et tout le côté droit de notre malade sera devenu sensible, tandis que tout le côté gauche sera devenu insensible. L'hémianesthésie sera transférée de droite à gauche, non pas seulement l’hémianesthésie cutanée, mais tous les troubles de la sensibilité des muqueuses, des organes des sens et des tissus profonds. Ainsi, tout à l’heure la conjonctive droite était insensible et la gauche sensible; dans un instant, c’est la conjonctive droite qui sera sensible et la gauche insensible. L’odorat était aboli du côté droit et conservé du côté gauche; mais quand le transfert sera complet, la malade percevra très bien les odeurs par la narine droite et ne les appréciera plus du tout par la narine gauche. 11 en sera de même pour tous les autres sens, pour tous les autres modes de la sensibilité.
Pour pratiquer l’expérience dont vous venez d’être témoins, nous nous sommes servis d’une pièce d'or. Nous aurions pu tout aussi bien choisir un disque d’argent, de cuivre, de plomb, d’étain, d’acier, de fer, de zinc, de laiton, et peut-être aurions-nous obtenu les mêmes effets qu’avec la pièce d’or, car nous savons, par les observations nombreuses de Burq, de Charcot, de la Commission de la Société de biologie, etc., que tous ces métaux sont des agents esthésiogènes puissants. 11 est à remarquer toutefois que ces observations ont été faites exclusivement avec des métaux à l’état solide L Or il serait assez intéressant de savoir si un métal à l’état liquide ou à l’état gazeux jouirait des mêmes propriétés
1 Dans la savante revue critique que M. Vigouroux a consacrée à l’étude des agents esthésiogènes ( Archives de neurologie, t. I et II), il rapporte que Burq a fait quelques tentatives pour remplacer les applications métalliques par des injections hypodermiques de différents sels ayant des métaux pour base, mais M. Burq n'a jamais publié les détails de cotte série de recherches. Peut-être les résultats obtenus n'ont-ils pas
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esthésiogènes. .l'ai fait, pour résoudre cette question, un certain nombre d’expériences avec le mercure, et les résultats en ont été tellement précis qu’ils méritent, je crois, de vous être signalés.
•l’ai commencé par essayer, sur plusieurs hystériques hémianesthésiques, l’action du mercure à l’état liquide. Le dispositif de l’expérience était des plus simples. Les malades plongeaient un des doigts du côté anesthésique dans un verre h expérience contenant quelques centimètres cubes du métal. Sur presque tous les sujets que j’ai soumis à cette épreuve la sensibilité a reparu après quelques instants, d’abord dans le doigt immergé, puis dans la main, l’avant-bras, le bras, et a gagné de proche en proche (avec transfert) tout le côté du corps qui était primitivement insensible. J’ai voulu savoir ensuite si le mercure incorporé dans un corps gras et appliqué sur des parties anesthésiques y réveillerait la sensibilité. Presque toutes les tentatives que j’ai faites dans cette direction ont été suivies de succès, et je crois pouvoir vous affirmer que l’onguent napolitain est un excellent esthésiogène.
Il restait à étudier l’action des vapeurs mercurielles. Je me suis servi pour cela de flanelle imprégnée de mercure dans le laboratoire de mon excellent collègue M. le professeur Merget et; dégageant de grandes quantités de vapeurs métalliques. Des fragments de cette flanelle placés sur la peau de l’avant-bras ont produit les mêmes effets esthésiogéniques que le mercure liquide, mais avec plus de lenteur; il a fallu un quart d’heure environ pour déterminer le transfert complet de l’anesthésie. 11 est à peine besoin de vous dire que toutes les précautions nécessaires ont été prises pour éviter les causes d’erreur. Ainsi, la flanelle dégageant les vapeurs mercurielles n’a pas été mise en rapport immédiat avec la peau. Dans toutes nos expériences elle en était séparée par une couche de toile fine à travers laquelle les vapeurs pouvaient facilement passer, mais qui était suffisante pour empêcher le contact direct du sel métallique avec le tégument. D’autre part, nous avons fait des expériences de contrôle dans lesquelles, au lieu d’employer de la flanelle préparée, nous nous servions, à l’insu du sujet, d’étoffes non mercurialisées, et dans ces expériences nous n’avons obtenu aucun effet.
répondu à son attente. J'ai essayé, en effet, de pratiquer sur des hystériques des injections sous-cutanées de citrate de fer et de quelques autres sels métalliques; mais j’ai dû renoncer à poursuivre ces expériences parce que les injections étaient mal supportées par les tissus. Leur action esthésiogénique m’a paru du reste être nulle ou insignifiante.
En somme, les métaux n'agissent pas seulement sur 1 anesthésie des hystériques quand ils sont appliqués sur la peau à l’état solide. Le mercure liquide et les vapeurs mercurielles peuvent, chez certains malades, réveiller la sensibilité tout aussi bien que le font les plaques métalliques solides qui sont généralement employées.
Les recherches dont je viens de vous entretenir m’ont conduit à expérimenter l’action esthésiogénique des gaz. J’ai fait d’abord arriver sur des régions anesthésiques des jets de gaz d’éclairage, d’oxygène, d’acide carbonique, d’hydrogène; mais j’ai renoncé bientôt à ce procédé, parce que l’action physique du souffle pouvait avoir une influence mécanique, indépendante de la nature du gaz employé. 11 fallait à tout prix écarter cette complication. J’y suis arrivé en me servant de grands flacons de verre a large ouverture, fermés par une lame de caoutchouc percée d’un trou ovalaire pour laisser passer la main des malades (comme dans les pléthysmographes de Mosso et de François-Franck) et munis d’une tubulure latérale permettant d’y faire pénétrer les gaz. Avec cet appareil on peut plonger la main dans un bain d’oxvgène, d'hydrogène, d’acide carbonique, etc., et l’y maintenir aussi longtemps qu’on le désire. J'ai soumis deux hystériques hémianesthésiques à ces rnanuluves gazeux, et chez toutes deux les résultats ont été parfaitement concordants. Le gaz d’éclairage, l’oxygène, l’acide carbonique n’ont produit aucune modification appréciable de la sensibilité; l’hydrogène au contraire a très rapidement fait disparaître l’anesthésie en la transférant d’un côté à l’autre. Je ne veux pas induire de ces expériences qu'elles donnent une preuve nouvelle de la nature métallique de l’hydrogène, mais il n’en est pas moins curieux de constater que parmi les quatre gaz qui ont servi aux expériences un seul a eu une action esthésiogénique évidente, et c'est précisément celui que les chimistes considèrent comme un métal.