THÉORIE DES COURANTS ÉLECTRIQUES
1° Des métaux appliqués sur la peau humaine déterminent des courants d’une intensité suffisante pour être mesurés par des galvanomètres très sensibles1 * * *;
2° L’intensité de ces courants est variable selon la nature du métal appliqué5 et selon l’état de la peau;
3° Le passage dans la peau d’un courant de pile, d’une intensité égale à celle du courant que détermine sur la même peau l’application d’un métal actif, produit exactement les mêmes effets estliésiogènes que le métal lui-même.
Les deux premières propositions n’ont pas besoin de commentaires; mais la dernière exige quelques explications, car elle exprime sous une formule très concise une des plus intéressantes découvertes de M. Regnard : celle des points neutres des courants. Quand on fait passer dans la peau d’un sujet des courants d’intensités différentes, on constate que les effets obtenus ne sont pas proportionnels à l’intensité des courants employés. Une excitation faible, A, provoquera un retour rapide de la sensibilité; une excitation plus forte, B, ne modifiera pas l’anesthésie; une excitation plus forte encore, C, agira comme esthésiogène. Les courants A et C seront actifs, tandis que le courant intermédiaire B sera neutre. Pourquoi? Nous l’ignorons. Mais ces différences d’action de courants d’intensité variable n’en expliquent pas moins, dans une certaine mesure, les différences d’action des métaux. Nous savons, en effet, que les métaux appliqués sur la peau déterminent des courants dont l’intensité varie avec la nature du métal employé et l’état de la peau. Supposez que sur un malade déterminé l’or produise un courant égal à. A, le fer un courant égal à B, le cuivre un courant égal à C, et nous comprendrons, sans invoquer l’intervention de forces inconnues ou d’influences mystérieuses, que, sur ce malade, l’or et le cuivre — qui provoquent des courants efficaces — soient actifs, tandis que le fer — qui donne naissance à un courant neutre — soit inactif.
La théorie de M. Regnard est incontestablement très ingénieuse; elle repose sur des laits d’une grande valeur; mais elle est passible
1 Le galvanomètre qui a servi aux expériences de M. Regnard était à (il très tin et
n'avait pas moins de trente mille tours de spire.
- Pour citer quelques chiffres, l'or vierge donnait une déviation de l’aiguille du galvanomètre de 3°, l'or monnayé de 12°, le cuivre de 40° à 45°. On trouvera le détail des expériences dans le premier rapport de M. Dumontpallier à la Société de biologie et.
dans une communication faite par M. Regnard à la même Société, dans la séance du
17 février IS77.
1 ou T1JÉ01UES DES ACTIONS ESTHÉSIOGÉNIQUES.
de certaines objections qui ont surtout frappé M. Vigouroux et Font engagé à substituer à la théorie des courants électriques celle de la polarité électrique.
b) Théorie de la polarité électrique. — Les courants, dit M. Vigouroux, jouent peut-être un rôle dans la production des phénomènes d’esthésiogénie métalloscopique, mais ce rôle est secondaire, indirect. Les métaux semblent devoir surtout leurs propriétés esthésiogéniques à la polarité électrique résultant de leur contact avec la peau : « L’action des métaux est un phénomène d’électricité statique. » En faveur de cette opinion, M. Vigouroux invoque un certain nombre de faits d’expérimentation, en particulier le phénomène dont je vous ai déjà parlé, de la neutralisation des effets métalloscopiques par la superposition de deux métaux différents. Si l’on admet que l’action du métal en contact avec la peau est le résultat d’un courant électrique, provoqué lui -même par un phénomène chimique, on ne conçoit pas comment cette action peut être annulée par l’application d’un autre corps sur la surface extérieure du métal. Au contraire, cela s’explique facilement avec l’hypothèse d’une influence due à des tensions électriques différentes. L’effet des plaques superposées obéit alors à cette loi des tensions voltaïques d’après lesquelles la tension totale qui résulte d’une série de contacts est la même que celle qui serait donnée par le contact direct des deux extrêmes de la série. Si donc nous appliquons une pièce de cuivre sur la pièce d’or, les effets, au point de vue de la tension, seront les mêmes que si le cuivre était directement en contact avec la peau, et si nous recouvrons la pièce de cuivre d’une nouvelle pièce d’or, nous devons théoriquement avoir (et nous aurons en effet, d’après les expériences de M. Vigouroux) les mêmes effets physiologiques que s’il y avait une pièce d’or unique sur la peau. A vrai dire, cette interprétation de l’influence neutralisante de l’action d’un métal sur l’autre n’est pas à l’abri de toute critique l; mais M. Vigouroux appuie sa théorie sur d’autres raisons. Il a constaté que des plaquettes de platine, inefficaces sur certains malades, deviennent actives quand elles ont été préalablement mises en rapport pendant un certain temps avec un élément faible de Trouvé, c’est-à-dire quand elles ont été
* Une des principales objections qu'on pourrait lui faire, c'est que, sur beaucoup de malades, l’application sur un métal actif d’un autre métal également actif arrête les effets esthésiogéniques, tandis que, d’après la théorie, la neutralisation du premier ne devrait avoir lieu que lorsque le second est par lui-même inactif.