PSEUDO-MÉNINGITE. «MO
Kn voici une dont les détails ont été recueillis dans le service en 1880.
Obs. III. — Accidents hystériques simulant une ménin go-encéphalite chronique ; céphalée persistante ; contracture des deux membres inférieurs et du membre supérieur gauche; attaques syncopales et convulsives; délire; agraphie et cécité verbale; guérison.
Elise X..., âgée de treize ans, est une jeune fille grande, forte, bien constituée, quoique non encore menstruée.
Ses antécédents héréditaires sont mauvais. Son grand-père maternel est mort d’ataxie locomotrice; sa grand’mère maternelle s’est suicidée dans le cours d’une maladie mentale; sa mère est sujette à des accidents hystériques.
Elle-même a eu, dans son enfance, des terreurs nocturnes fréquentes, et vers l’àge de huit à neuf ans, elle a commencé à souffrir de temps en temps de vomissements opiniâtres qui persistaient pendant des périodes de plusieurs jours consécutifs ou même de plusieurs semaines. Ces vomissements avaient lieu très peu de temps après les repas et 11e contenaient que des aliments. Ils survenaient sans cause connue et disparaissaient de même. Dans leurs intervalles, l’enfant paraissait très bien portante.
En 1883, Élise fut placée dans une pension. Elle y passa l’année sans être malade, travaillant modérément et n’ayant qu’à se louer de l’affabilité do ses maîtresses et de la bonne amitié de ses compagnes. Pendant les vacances, elle n’éprouva aucune contrariété sérieuse. Le 3 octobre 1884, jour fixé pour la rentrée des classes, elle quitta sa famille sans regrets excessifs. Elle paraissait même, au dire des personnes qui la virent à ce moment, enchantée de reprendre le cours de ses études. Le lendemain, elle fut très gaie et. ne se plaignit d’aucun malaise. Le 5 octobre, à trois heures de l’après-midi, au milieu d’une classe, elle perdit tout à coup connaissance et resta inerte, sans convulsions ni contracture, pendant une demi-heure environ. Cet accident se reproduisit à peu près chaque jour, pendant les dix jours suivants, entre trois et quatre heures de l’après-midi. Un médecin distingué, M. le Dr Bernard, qui en a été témoin, raconte que l’enfant était, pendant ces accès, dans un état de résolution musculaire complète, sans qu’il survînt le moindre changement dans la coloration de la face, dans le pouls, dans les mouvements respiratoires. Elle semblait dormir; la figure était calme, les paupières fermées. Aucune excitation ne pouvait la faire sortir de cet état. L’accès finissait brusquement, comme il avait commencé, et la petite malade déclarait qu’elle n’avait aucune conscience de ce qui venait do se passer.
Dans l’intervalle de ces pertes de connaissances, Elise souffrait continuellement de la tête; de plus, on ne tarda pas à s’apercevoir que ses membres inférieurs s’affaiblissaient notablement. A partir du 15 octobre elle fut obligée de garder le lit. Les pertes de connaissance devinrent plus fréquentes et s’accompagnèrent de convulsions générales très violentes. Les deux pieds et les mains devinrent raides, contracturés; des îlots
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d’anesthésie et d’hyperesthésie se montrèrent sur différents points du corps. L’état général restait cependant assez bon. Il n’y avait pas de vomissements, pas de lièvre. Le pouls était régulier, l’intelligence nette.
Dans le courant du mois de décembre, la maladie parut s’aggraver. Les maux de tète devinrent plus pénibles. Le pouls fut, à diverses reprises, trouvé lent (48 pulsations) ou irrégulier. Enfin, la malade perdit en quelques jours la mémoire. Les attaques convulsives, de plus en plus fréquentes, se reproduisaient de six à dix fois par jour.
Ces symptômes persistèrent sans atténuation pendant toute l’année 1885. Les parents d’Élise étaient désolés et découragés; ils se décidèrent cependant, sur mes instances, à faire entrer leur enfant à l’hôpital (dans le service des dames payantes), où nous pûmes l’observer tout à loisir pendant les premiers mois de 1886. Elle avait alors régulièrement cinq à six attaques convulsives chaque jour. Chaque attaque s’annoncait par un malaise spécial et par des hallucinations. La petite malade devenait triste, maussade; elle disposait elle-même de son mieux les coussins placés sur son lit, puis elle attendait, les yeux fixes, l’explosion des convulsions. Au début de l’attaque, elle voyait souvent, disait-elle, de petits monstres rouges ou diversement colorés qui venaient piétiner sur le côté gauche de son corps. Alors sa tète s’inclinait vers le côté gauche; elle poussait quelques gémissements étouffés, ses membres étaient pris d’une raideur tétanique générale et elle perdait, connaissance. Des convulsions cloniques violentes suivaient la phase tonique. Elles duraient une dizaine de minutes et n’étaient pas suivies d’hypnose post-convulsive.
Dans l’intervalle des attaques, la malade présentait des symptômes permanents, sensitifs, moteurs et psychiques, d’une grande importance pour le diagnostic.
Les troubles sensitifs étaient représentés par une céphalalgie constante et très pénible. Toute la tête était douloureuse et le cuir chevelu était le siège d’une hyperalgésie si marquée qu’il était impossible de peigner la malade. En outre, on constatait une analgésie complète de tout le côté droit du corps, et une hyperalgésie légère de tout le côté gauche (fig. i5). Les organes des sens étaient affectés, les uns d’hyperesthésie (odorat et ouïe du côté droit), les autres d’hypoesthésie (œil gauche). Il existait en outre un léger strabisme interne de l’œil droit avec diplopie intermittente.
Du côté de la motilité on trouvait : 1° une contracture permanente des trois derniers doigts de la main gauche. Les phalanges de ces doigts étaient dans l’extension forcée, les phalangines et les phalangettes dans la flexion, ce qui donnait à la main la forme de la griffe cubitale. Les mouvements volontaires des doigts contracturés étaient impossibles, ceux du pouce et de l’index étaient conservés ; 2° une contracture permanente très marquée de tout le membre inférieur gauche, avec déviation du pied en dehors, et une contracture Iég'-re du membre inférieur droit sans déviation du pied. Les masses musculaires des deux mollets étaient, très amaigries; celles des cuisses et des membres supérieurs étaient normales.
L’intelligence avait subi une perturbation bien singulière qui ne doit.