‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 8 sur 208 · II. Rôle de l’hérédité dans la prédisposition à l’hystérie · texte numérisé non relu

II. Rôle de l’hérédité dans la prédisposition à l’hystérie

III. La complexité des conditions héréditaires explique l'association fréquentede l’hystérie

avec d’autres névroses (neurasthénie, épilepsie, vésanies, etc.).

IV. Symptômes révélateurs des tendances névropathiques chez les enfants prédisposés

à l’hystérie.

Messieurs,

L’étiologie de l’hystérie a été étudiée depuis longtemps, avec un soin extrême, principalement par les auteurs français.

Georget a tracé de main de maître, en 1821, dans un substantiel article du Dictionnaire clc médecine, la formule des principales lois qui président au développement de la grande névrose.

Briquet, en 1859, a repris la question dans un des chapitres les plus instructifs de son remarquable ouvrage. En se basant sur l’analyse de quatre cent trente observations originales, il a pu déterminer la part prépondérante qui revient à l’hérédité névropathique et aux émotions morales dans la production des accidents hystériques. 11 a également, plus que tout autre, contribué à déraciner le préjugé qui rattachait l’hystérie à un état morbide primordial de l’appareil génital de la femme.

Enfin, dans ces dernières années, M. Charcot a complété les recherches de ses prédécesseurs. Dans ses leçons cliniques et dans les mémoires publiés par ses élèves, MM. Marie, Berbez, Guinon,etc.,

CAUSES PREDISPOSANTES.

il a démontré la fréquence de l’hystérie masculine et mis au-dessus île toute contestation l’intluence pathogénique des traumatismes et de certaines intoxications.

.le voudrais essayer de vous faire connaître ce que ces travaux nous ont appris de positif sur les causes de la névrose hystérique.

L’hystérie est une maladie très fréquente. De tout temps, elle paraît avoir sévi avec intensité sur l’espèce humaine. Les épidémies de démonopathie, le délire de la sorcellerie, qui prirent du xmc au xvne siècle les proportions d’un véritable fléau, n’étaient autre chose que des manifestations hystériques. Sydenham écrivait à la fin du xvue siècle que l’affection hystérique est la plus fréquente de toutes les maladies chroniques L

L’hystérie n'est donc pas, ainsi que le répètent inconsidérément de prétendus moralistes, une maladie de notre fin de siècle et un produit de notre civilisation raffinée. Elle n’a, du reste, soit dit en passant, rien de commun avec cette névrose de fantaisie, faite d’érotisme et de cabotinage, dont on trouve la description complaisante dans certains romans contemporains.

Et, à ce propos, laissez -moi vous mettre en garde contre une opinion erronée très répandue parmi les gens du monde.

Beaucoup de personnes s’imaginent que l’hystérie est le résultat de besoins génitaux d une excessive intensité, l’expression pathologique du tempérament érotique, la conséquence et le châtiment du libertinage des mœurs.

Ce préjugé, qui dérive directement des opinions professées par les auteurs anciens relativement à l’intervention active et pour ainsi dire personnelle de la matrice dans la production des troubles nerveux, ce préjugé, dis-je, est si profondément enraciné dans l'esprit public, que dans certaines familles le médecin n’ose pas

1 Sydenham, Dissertation sur l'affection hystérique. « L'affection hystérique, dit-il, autrefois appelée les vapeurs hystériques, est, si je ne me trompe, la plus fréquente de toutes les maladies chroniques. Et comme les lièvres avec leurs dépendances, étant comparées avec les maladies chroniques, font deux tiers par rapport à un, de même les affections hystériques font la moitié de ce troisième tiers, c’est-à-dire la moitié des maladies chroniques. En effet, il est très peu de femmes qui en soient entièrement exemptes, à l'exception de celles qui sont accoutumées à une vie dure et laborieuse. Or les femmes font la moitié des adultes. Et meme entre les hommes, beaucoup de ceux qui s’attachent à l’étude et mènent une vie sédentaire sont sujets à la même maladie. »

ÉTIOLOGIE DE L’HYSTÉRIE.

prononcer le mot d’ hystérie , comme s’il s’agissait là d’une maladie honteuse, comme si une honnête femme ou une fille vertueuse ne pouvait être hystérique.

Pour vous prouver que je n’exagère pas, il me suffira de vous rappeler un fait qui s’est passé tout récemment dans nos salles. Une jeune lille de seize ans avait été admise d’urgence dans le service pour des attaques convulsives dont la nature hystérique ne pouvait être douteuse. Trois jours après son entrée, sa mère vint la voir et, apprenant que nous avions porté le diagnostic d 'hystérie, elle entra dans une grande colère et retira aussitôt son enfant de l’hôpital, en disant avec fureur à qui voulait l’entendre que sa fille était honnête, qu’il était dès lors impossible qu’elle fût hystérique et que nous avions agi avec une bien coupable légèreté en la déclarant atteinte d’une pareille maladie.

Cette mère était imbue du préjugé auquel je faisais allusion il y a un instant. Elle croyait à l’origine génitale de l’hystérie; elle pensait que l’inconduite est la cause habituelle de la grande névrose.

Or, il faut que vous le sachiez et que vous puissiez le proclamer hautement à l’occasion, ces théories surannées ne reposent sur aucun fondement sérieux. Les recherches de Briquet en ont depuis longtemps fait justice. L’observation de tous les jours démontre que certaines hystériques sont d’une irréprochable moralité et qu’il n’y a aucun rapport constant entre le vice et l’hystérie.

Parmi les malades qui se trouvent en ce moment réunies dans nos salles, trois sont encore vierges et pures; deux sont d’excellentes mères de famille; plusieurs ont contracté des liaisons illégales, sans avoir pour cela des instincts pervers ou des entraînements passionnels violents; trois seulement sont livrées au libertinage et recherchent avec ardeur les plaisirs vénériens.

Les excitations génitales et le dévergondage des mœurs ne paraissent donc pas jouer dans l’étiologie de l’hystérie le rôle prépondérant que leur attribuaient les auteurs anciens et que leur attribuent encore aujourd’hui les gens du monde. On peut être profondément corrompu sans être hystérique, de même qu’on peut être foncièrement hystérique sans être corrompu.

Au reste, l’hystérie n’est pas, comme on le croyait autrefois, une affection spéciale au sexe féminin. L’homme est souvent atteint de cette névrose. Sur un total de 523 malades du sexe masculin examinés par M. Marie1 à la consultation du bureau central

1 Progrès médirai, 27 juillet 1889.

CAUSES PREDISPOSANTES.

d’admission des hôpitaux de Paris, il y avait 28 hystériques (soit o pour 100), ce qui constitue un chiffre considérable.

On n’est pas encore exactement fixé sur la proportion relative des cas d’hystérie chez l’homme et chez la femme. Briquet a observé 204 cas d’hystérie féminine et 11 seulement d’hystérie masculine, d’où il résulterait que le nombre des hystériques femmes serait vingt fois plus grand que celui des hystériques hommes.

Mais à l'époque où Briquet faisait ces observations, l’hystérie masculine avait été fort peu étudiée; on ne la diagnostiquait que dans les cas où elle se traduisait par des symptômes exceptionnellement éclatants; on la méconnaissait très souvent. Aussi est-il impossible de considérer comme exacte la proportion indiquée par cet auteur.

Le relevé statistique des cas d’hystérie observés dans notre service depuis cinq ans constitue un document qui se rapproche probablement davantage de la réalité. Sur 100 hystériques que nous avons eu à traiter dans nos deux salles \ nous trouvons 31 hommes et 69 femmes, ce qui fait à peu près un rapport de 1 a 2.

Ainsi que fa très justement fait remarquer M. Charcot, il ne faut pas s’attendre a ne rencontrer l’hystérie mâle que chez des sujets imberbes, timides, chétifs et présentant les attributs extérieurs du féminisme. On l’observe souvent, au contraire, chez de gros gaillards, vigoureux, habitués à des travaux grossiers et n’ayant ni l’esprit cultivé ni l’imagination ardente.

Le plus souvent c’est après la puberté que la maladie éclate. Le tableau suivant indique l’âge auquel elle s’est développée chez nos cent malades :

De G à 10 ans

Hommes.

Femmes.

Total.

11 ressort de l’examen

de

ce tableau que

l’hystérie

est plus

■écoce chez la femme

que

chez l’homme.

Elle se

développe

1 Une salle d'hommes de 40 lits et une salle de femmes de 36 lits.

JG

ÉTIOLOGIE DE L'HYSTERIE.

surtout chez la femme entre onze et vingt-cinq ans, et chez l’homme entre vingt-six et quarante ans.

Dans quelques cas, tout à fait exceptionnels, l’hystérie s’est montrée avec tous ses symptômes caractéristiques chez des enfants de quatre ou cinq ans ou chez des vieillards ayant dépassé la soixantaine. Mais ce sont là des raretés, des curiosités pathologiques dont il n’y a pour ainsi dire pas lieu de tenir compte dans la pratique courante.

Les premiers accidents se développent habituellement sous l’influence d’une 'cause occasionnelle futile, d’une émotion morale par exemple, ou d’un traumatisme ou d’une intoxication. Cependant tous les gens qui se mettent en colère, qui font une chute, qui boivent à l’excès, ne deviennent pas nécessairement hystériques. Au-dessus des causes déterminantes il y a, en effet, des causes prédisposantes dont le rôle est extrêmement important et dont nous allons nous occuper.

De toutes les causes prédisposant à l’hystérie, l’hérédité est la plus commune et probablement aussi la plus efficace. La plupart des auteurs modernes sont d’accord sur ce point. Ceorget, Briquet, Bernutz, Charcot, déclarent tous que l’hystérie est une maladie héréditaire au premier chef, et l’occasion de vérifier cette assertion est si fréquente dans la pratique qu’on ne s’explique pas qu’il puisse y avoir des divergences d’opinion à ce sujet. On ne comprend pas, par exemple, comment un médecin jouissant d’une grande notoriété, M. Russel Reynolds, a pu écrire, dans un Traité de pathologie médicale très répandu en Angleterre, que « l'hérédité ne paraît avoir aucune influence sur le développement de l’hystérie » '.

Cette manière de voir est en opposition formelle avec les résultats de l’observation clinique. Presque tous les hystériques comptent, en effet, dans leurs ascendants directs ou collatéraux, des sujets atteints de troubles plus ou moins sérieux du système nerveux; presque tous sont des héréditaires.

1 « Hereditary taint has not been shown to exert any marked influence in the development of hysteria. » (.4 System of medicin, edited by Russel Reynolds, article Ilysteria. London, t. II, 18158, p. 306.)

CAUSES PRÉDISPOSANTES.

Quelquefois l’hérédité est similaire, c’est-à-dire que des parents hystériques donnent naissance à des enfants hystériques. « la féminin, disait Hoffmann, maluni hystericum in liberos per nativitatem transire, eonstantis semper et perpétuai fuit eæpcrientiœ. » D'après les statistiques de Rriquet, «les sujets nés de parents hystériques sont, par le fait de l'hérédité, douze fois plus prédisposés à l’hystérie que les sujets nés de parents non hystériques. » Il est clair, ajoute Briquet, que plus l’hystérie aura eu d’intensité chez les parents, plus les enfants auront de chances de devenir eux-mêmes hystériques *.

L’hérédité similaire ne s’observe cependant que dans un tiers des cas d’hystérie : cent trois fois sur trois cent vingt-sept cas, d’après les statistiques de Briquet.

Mais l’hérédité similaire ne représente pas tous les modes possibles de la transmission héréditaire. On admet généralement aujourd’hui que les névroses peuvent se modifier ou se transformer en passant des ascendants aux descendants. Un épileptique, par exemple, n’engendre pas nécessairement des épileptiques; il peut aussi donner le jour à des enfants aliénés ou idiots. L’hystérie n’échappe pas à cette loi de Y hérédité dissemblable des maladies du système nerveux. Elle peut être, par voie de transformation héréditaire, le produit d’une autre névrose ou de l’une quelconque des nombreuses formes des dégénérescences physiques ou psychiques qui entrent à un titre quelconque dans la famille névropathique. Aussi trouve- t-on dans les ascendants de beaucoup d’hystériques des épileptiques, des aliénés, des originaux, des violents, des superstitieux, des neurasthéniques, des débauchés ou encore des malades affectés de certaines lésions organiques des centres nerveux.

Briquet conclut de ses statistiques que « les hystériques ont 25 pour 100 de parents atteints de maladies nerveuses ou d’affections de l’encéphale », tandis que « les sujets non hystériques n’ont que 2 et 1/8 pour 100 de ces parents». ( Loc . rit., p. 00.)

En ne tenant compte que des faits que j’ai eu l’occasion d’observer, je serais disposé à croire que la proportion indiquée par Briquet est encore au-dessous de la réalité. Vous pourrez en juger en prenant connaissance des antécédents héréditaires des malades traités actuellement dans notre salle des femmes.

1 Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l’hystérie. Paris, 1859, p. 90.

ÉTIOLOGIE DE L’HYSTÉRIE.

Écoutez le résumé succinct de leur généalogie :

Observation I. — Elisa G..., dix-neuf ans, femme de chambre. Père épileptique. Mère d’un caractère extrêmement violent. Une sœur jumelle de la malade est hystérique. Sa sœur aînée est sujette à des attaques convulsives avec perte de connaissance.

Obs. II. — Marie M..., vingt-trois ans. Père violent, s’irritant à tout propos, toujours en colère. Mère bien portante, d’un caractère très doux. La sœur aînée de la malade est sujette à des attaques convulsives survenant à l’occasion des moindres contrariétés.

Obs. III. — Alice S..., 1 ingère, vingt-sept ans. Père très irascible. Mère sujette à des névralgies et à des attaques convulsives se terminant par des sanglots. Une sœur de la malade est franchement hystérique.

Obs. IV. — Théophile S..., vingt-deux ans. Père rhumatisant, d’un caractère très emporté. Mère violente, sujette à des attaques de nerfs. Une tante de la malade est hystérique et somnambule. Une de ses sœurs est hystérique.

Obs. V. — Anaïs L..., lailleuse, dix-huit ans. Père laborieux et sobre, devenu fou à quarante-sept ans et mort trois mois après dans un asile d’aliénés. Mère très nerveuse, très excitable, sujette depuis sa jeunesse à des névralgies intercostales, n’a cependant jamais eu d’attaques de nerfs. Une sœur de la malade est très nerveuse. Deux frères sont bien portants.

Obs. VI. — Amélie H..., vingt-trois ans. Père d’un caractère doux, mort à quarante-six ans d’une maladie de poitrine, après être resté pendant seize ans hémiplégique du côté droit. Grand-père maternel mort d’un asthme à l’âge de soixante-dix ans. Grand’ mère maternelle très nerveuse, sujette à des attaques de nerfs. Mère tracassière, excentrique, souffrant souvent de névralgies et ayant assez fréquemment des attaques convulsives. Un frère aîné de la malade, âgé de vingt-cinq ans, est original et violent. Un autre frère plus jeune est très emporté et a des attaques de nerfs.

Obs. VII. — Marie-Louise G..., dix-huit ans. Père très irascible. Mère bien portante. Grand-père paternel mort de paralysie, était sujet à des attaques de nerfs sur les caractères desquelles on n’a pas de renseignements précis. Une sœur de la malade, âgée de quinze ans, est nerveuse, impressionnable, tremblant à la moindre émotion.

Obs. VIII. — Elisabeth R..., vingt-huit ans. Père nerveux, violent, s’irritant pour les motifs les plus futiles. Mère morte phtisique. Un oncle de la malade est un original et un lubrique. Son frère et sa sœur jouissent d’une lionne santé.

Obs. IX. — Jeanne M..., vingt et un ans. Père bien portant, sobre, d’un caractère calme et sérieux. Mère extrêmement violente. Elle ne paraît pas avoir eu d’attaques de nerfs, mais elle est originale et fait abus du café dont elle boit plus d’un litre par jour.

Obs. X. — Marie A..., dix- neuf ans. Père sujet à des accès de somnambulisme spontané. Mère violente, brutale.

Obs. XI. — Elisabeth M..., vingt-trois ans. Père violent, sujet à des

CAUSES PRÉDISPOSANTES. pj

névralgies. Mère d’un earucLère indolent. Une tante paternelle est très irritable et a de temps en temps de grandes attaques de nerfs.

Obs. XII. — Eléonore L..., dix-sept ans. Père débauché, ivrogne, a eu plusieurs attaques de delirium trcmens. Mère bonne, douce, bien portante.

Ocs. XIII. — Berthe M..., dix-neuf ans. Grand-père paternel alcoolique. Grand' mère nerveuse, irritable. Père buvait de l’absinthe à hautes doses el s’enivrait très fréquemment. Mère sujette à de grandes attaques convulsives. Sœur hystérique.

Ainsi, parmi les '20 ascendants directs et immédiats (pères et mères) de nos 13 malades, nous trouvons i hystériques, l épileptique, 9 violents, 1 hémiplégique, l aliéné, 1 somnambule, 1 alcoolique, 1 absinthique et 1 névropathe sans attaques convulsives, ce qui fait au total 20 sujets atteints d’accidents nerveux sur 20 personnes.

L’influence de l’hérédité est tout aussi évidente dans l’hystérie masculine que dans l’hystérie des femmes. M. E. Batault, qui a étudié récemment cette question, est arrivé à des conclusions tout à fait démonstratives L Sur 100 observations d’hystérie mâle, dans lesquelles l'état de santé des ascendants se trouve mentionné, l’hérédité pathologique est manifeste 77 fois, c’est-à-dire dans plus des trois quarts des cas.

Les observations recueillies dans notre service confirment pleinement ces données. Sur 31 hystériques mâles traités dans nos salles, 20 appartiennent manifestement, par leur hérédité, à la famille névropathique; ils comptent dans leurs ascendants des hystériques, des épileptiques, des aliénés, des ivrognes, des impulsifs, etc.

En voici quelques exemples :

Obs. XIV. — Gu il ... , trente-six ans, gaziste, entré à l’hôpital pour une monoplégie hystéro-traumatique du membre supérieur droit, a un grandpère très nerveux, un père violent, une mère hystérique et une tante sujette à des attaques de nerfs.

Obs. XV. — Log..., trente-neuf ans, atteint de monoplégie hystéro-traumatique du membre supérieur gauche, descend d’un père très violent et d’une mère asthmatique. Un de ses oncles et deux de ses cousins sont affectés d’asthme nerveux.

Obs. XVI. — Lebl..., trente et un ans, atteint également d'une monoplégie hystéro-traumatique, est né d’un père alcoolique et d’une mère hystérique et aliénée.

1 Émile Batault, Conte, à i élude de Vhgstcrie chez Vhommc. Th.doct., Paris, 188"».

20 ÉTIOLOGIE DE L’HYSTÉRIE.

Übs. XVII. — Car..., vingt-six ans, traité pour des accidents hystérosaturnins, est le fils d’un père alcolique et Lrutal qui est mort dans un asile d’aliénés, et d’une mère sujette à des attaques de nerfs.

Obs. XVIII. — Yo..., cinquante et un ans, admis à l’hôpital avec une chorée saltatoire, compte parmi ses ascendants : un père alcoolique et violent, une mère et une sœur très nerveuses, une cousine franchement hystérique.

Les autres sont a peu près dans les mêmes conditions.

Je irai fait allusion jusqu’ici qu’à l’hérédité névropathique. C’est, en effet, la plus importante, mais son influence paraît être singulièrement augmentée quand elle se combine avec celle de certains états constitutionnels, par exemple de l’arthritisme. Au dire de plusieurs auteurs, l’arthritisme serait le terrain favorable par excellence au développement des névroses, et dans l’arbre généalogique des maladies il devrait être représenté par un tronc dont l’hystérie, la neurasthénie, la chorée, etc., figureraient les branches principales.

On a dit aussi que l’hystérie pouvait être une manifestation héréditaire des diathèses scrofuleuse ou tuberculeuse. M. Grasset a défendu cette opinion avec le talent que vous lui connaissez. D’après lui, des parents scrofuleux ou tuberculeux donneraient souvent le jour à des enfants névropathes ou hystériques, lesquels, à leur tour, engendreraient fréquemment des scrofuleux ou des tuberculeux h

Je me contente de vous indiquer ces idées sans insister sur les discussions qu’elles pourraient soulever.

La complexité très grande et la variabilité des conditions héréditaires d’où dérive la prédisposition à l'hystérie, expliquent les différences qu’on observe dans l’état mental et le caractère des hystériques. Dans les cas les plus simples, l’hystérie n’est accompagnée d’aucun trouble psychique; dans d’autres cas, au contraire, elle coexiste -avec des anomalies intellectuelles ou morales tout à fait analogues à celles qui caractérisent les diverses formes de la

1 Grasset, Des rapports de V hystérie avec les diathèses scrofuleuse et tuberculeuse (Mnntpelli rr-Méd i cal, 1 SRI).

folio héréditaire. Ces anomalies ne sont pas subordonnées à la névrose, elles lui sont surajoutées. Elles ne dépendent pas de l'hystérie, elles la compliquent. L'hvstérie et la folie héréditaire sont, en somme, deux états morbides distincts; mais, comme ils proviennent tous deux de la même source, ils se trouvent fréquemment réunis chez les mêmes sujets. C’est pourquoi les hystériques manquent si souvent de cet équilibre moral qui est la marque de la santé psychique; c’est pourquoi vous trouvez parmi eux des mystiques, des émotifs, des violents, des débauchés, des impulsifs, des suicides, des agoraphobiques, quelquefois même des aliénés dangereux qu’on est obligé de tenir enfermés dans les asiles spécialement affectés au traitement des maladies mentales; c’est pourquoi aussi on ne doit pas accepter sans réserves les descriptions faites par certains auteurs du caractère et de l'état mental des hystériques. A mon avis, il n’y a pas d’état mental propre à l’hystérie, il y a seulement des associations morbides fréquentes par le fait desquelles toutes les formes possibles de la dégénérescence héréditaire peuvent coexister avec l’hystérie.

Une des combinaisons morbides les plus communes est celle de l’hystérie avec cette névrose complexe qu’on a désignée sous les noms de névrospasmie, nervosisme, hystéricisme, hystérie vaporeuse, irritation spinale, névropathie protéiforme , névropathie cérébro-carcliaque, faiblesse irritable du système nerveux, etc., et qu’on appelle habituellement aujourd’hui neurasthénie. Beaucoup de médecins ont le tort grave de confondre sous le nom collectif d 'accidents hystériques tous les troubles fonctionnels du système nerveux qu’ils observent chez les femmes. Cette façon de procéder simplifie singulièrement le diagnostic, mais elle suppose, entre des groupes symptomatiques très différents les uns des autres, une identité de nature et d’évolution qui n’est pas confirmée par l’observation clinique. En réalité, l’hystérie et la neurasthénie sont des maladies bien distinctes qui peuvent se trouver éventuellement réunies chez certains sujets, tout en conservant leur individualité pathologique.

Je pourrais en dire autant de l’association, assez rare du reste, de l’hystérie et de l’épilepsie. M. Charcot a montré que, chez les sujets atteints à la fois de ces deux maladies, chacune des névroses se manifestait par des symptômes propres, et qu’il ne résultait pas de leur coexistence une espèce hybride tenant à la fois de l’une et de i’aure.

KTJOLOülK J)K L'H YSÏK1UE.

Dans la pratique, il n’est pas inutile de rechercher et de reconnaître ces diverses alliances morbides de l’hystérie. Le pronostic et le traitement varieront, en effet, selon qu’il s’agira d’hystérie simple ou d’hystérie compliquée de folie héréditaire, de neurasthénie ou d’épilepsie.

.le désire attirer maintenant votre attention sur la série des accidents névropathiques que présentent très fréquemment, pendant leur enfance, les sujets destinés à devenir plus tard hystériques.

Ces accidents, dont le diagnostic est quelquefois difficile, ont été explicitement signalés par Georget en 1824. La plupart des hystériques, dit cet auteur, « ont montré, dès le bas âge, des dispositions aux affections convulsives, un caractère mélancolique, colère, emporté, impatient, susceptible: quelques-uns ont eu alors des attaques de catalepsie, des migraines, des serrements de gosier, des étouffements L »

L’observation clinique confirme complètement les opinions émises par Georget. La plupart des malades prédisposés à l’hystérie et destinés à devenir franchement hystériques ont, pendant leur enfance, des accidents nerveux variés. Le nombre de ces accidents est même plus considérable que ne l’a indiqué Georget. A côté des attaques de catalepsie, des serrements de gorge, des étouffements explicitement signalés par cet observateur, il faut placer, si je ne me trompe, certaines variétés de toux sèche quinteuse, coqueluchoïde, arrivant par accès et persistant pendant des jours, des semaines ou des mois, malgré les traitements qu’on lui oppose.

Les crises de vomissements survenant sans causes appréciables ou à l'occasion d’émotions morales, les crises de hoquet, les crises de palpitations de cœur, les terreurs nocturnes des enfants, la céphalée des adolescents, ont vraisemblablement la même signification.

Certaines formes de congestion pulmonaire, avec ou sans hémoptysie, certaines hémorragies nasales ou gastriques paraissent également devoir être rangées parmi les accidents névropathiques

1 Georget, article Hystérie du .Dictionnaire de médecine, 1884, t. XI, p. 532.

CAl'SKS IMU'IHSI'OSANTKS.

Jft l’enfance, au même titre que les accès de somnambulisme spontané, les contractures ou les paralysies temporaires des membres, les anesthésies sensitives ou sensorielles, les névralgies et les douleurs articulaires d’apparence rhumatoïde.

Presque tous nos malades ont présenté quelques-uns de ces accidents :

Ons. XIX. — Elisa (1... a eu dans sa première enfance des convulsions suivies de rigidité des membres. Plus tard elle est devenue sujette à des hoquets qui duraient quelquefois toute une journée. Elle avait un caractère violent, acariâtre, taquin. Elle était souvent punie, et quand cela arrivait elle avait de petites attaques de nerfs caractérisées par des malaises, des envies de pleurer et par la sensation d’une boule qui, partant du flanc gauche, remontait vers le cou et l’étranglait. Il n’y avait cependant pas de convulsions ni de pertes de connaissance.

Ons. XX. — Amélie H... a eu des maux de tète persistants qui ont fait craindre une méningite, et plus tard des vomissements de sang se reproduisant tous les matins pendant quinze mois consécutifs.

Ons. XXI. — Alice S... a été incommodée par des épistaxis très fréquents. Elle était tracassière, susceptible, émotive; elle pleurait ou riait sans motifs; elle aimait à taquiner ses compagnes. Quand on lui faisait des observations, elle se mettait dans des colères violentes, trépignait et se roulait par terre. A quatorze ans, elle eut une pneumonie (?).

Ons. XXII. — Anaïs L... a été sujette, de six à dix ans, à des crises de palpitations de cœur qui survenaient sous l’influence des moindres émotions.

Ons. XXIII. — Marie-Louise G... a eu, vers l’âge de trois ans, des convulsions vermineuses (?). De quatorze à seize ans, elle a été incommodée par des crises de vomissements qui survenaient de temps en temps sans cause connue et duraient chaque fois une journée entière.

Ons. XXIV. — Jeanne M... a beaucoup souffert de névralgies; elle a eu de plus, pendant six mois, à l’âge de dix-neuf ans, des vomissements incoercibles.

Ons. XXV. — Eléonore L... a eu une enfance maladive. A dix ans elle souffrit pendant trois mois d’une toux sèche, quinteuse, convulsive, ressemblant beaucoup à celle de la coqueluche, mais en différant par l’absence d’expectoration. Un peu plus tard, elle eut des douleurs rhumatoïdes dans les membres.

Ons. XXVI. — Théophile S... a eu dans sa jeunesse quatre fluxions de poitrine ou congestions pulmonaires. Elle a commencé à se masturber vers l’âge de douze ans, et elle raconte qu’à celle époque les excitations génitales étaient souvent suivies de petites pertes de connaissance accompagnées de contractures de tous les membres, sans convulsions concomitantes.

Ons. XXVII. — Sous l’influence de la même cause, Elisabeth R... avait des évanouissements qui duraient plusieurs minutes, ou des crises de sanglots et de pleurs.

24 ÉTIOLOGIE UE L’HYSTÉIUE.

Or.s. XXVIII. — Berthe M... a eu très souvent dos convulsions vermineuses (?). A l’âge de deux ans, une de ces convulsions a été suivie d’une paraplégie qui a persisté pendant six mois. A six ans elle a eu une fluxion de poitrine (?). Son caractère était violent, intraitable. Elle entrait pour des riens dans des colères inconcevables, et, quand elle se mettait en colère, elle sentait une boule qui tournait dans son ventre et montait l’étreindre à la gorge; puis, quand elle se calmait, il lui arrivait fréquemment d’avoir des quintes de toux sans expectoration qui duraient un jour ou deux. A quatorze ans, elle a tenté deux fois de se suicider parce que ses parents ne voulaient pas l’autoriser à se marier.

Ons. XXIX. — Marie A... a eu de loin en loin, pendant toute son enfance, des crises de vomissements incoercibles qui survenaient sans qu’aucun écart de régime pût les expliquer, duraient de quinze à vingt jours et disparaissaient sans laisser de traces. A douze ans elle fut atteinte d’un gonflement douloureux du ventre que plusieurs médecins prirent pour du carreau, mais qui se dissipa brusquement deux mois après. Elle avait, en outre, de temps en temps des crises de sanglots.

Il y aurait un intéressant chapitre de pathologie h écrire sur ces troubles nerveux des enfants prédisposés à l’hystérie. On s’est beaucoup occupé dans ces derniers temps de l’hystérie infantile. Mais on a eu surtout en vue l’étude de l’hystérie précoce et non pas celle des prodromes lointains de l’hystérie. Les symptômes que je viens de vous signaler n’ont pas été étudiés avec tout le soin qu'ils méritent. Ils ont cependant une grande importance, non pas à cause de leur gravité immédiate, car ils guérissent presque toujours, même sans traitement, mais à cause de leur signification pronostique à longue échéance et des indications qu’ils peuvent fournir pour le traitement prophylactique de l’hystérie future. Quand on les reconnaît à temps, on doit soumettre les enfants qui les présentent à une hygiène physique et morale, dont je vous indiquerai plus tard les règles. On peut ainsi, dans un bon nombre de cas, combattre les prédispositions morbides les plus accentuées et diminuer de beaucoup les chances de l’explosion ultérieure des grands accidents hystériques.

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