‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 83 sur 208 · HYPNOSE POST-CONVULSIVE · texte numérisé non relu

HYPNOSE POST-CONVULSIVE

:V’ Péuiode post- convulsive. — Quand les convulsions sont, terminées, les malades restent, pendant un laps de temps souvent assez prolongé, les yeux fermés, les membres flaccides, dans un état analogue à celui qui s’observe dans le sommeil hypnotique. E’est dans le cours de cette phase d'hypnose post-convulsive que

se produit le délire. Il commence habituellement quelques minutes après la cessation des mouvements convulsifs. C’est un délire de paroles; les malades s’entretiennent d’ordinaire à haute voix avec un

interlocuteur imaginaire, sans faire de gestes. En général, l’entretien roule sur des événements passés. C’est une sorte de rêve parlé se rapportant à des scènes qui ont vivement frappé l’imagination des malades et qui ont laissé dans leur esprit une trace profonde.

Pendant la durée de cette période, les patients sont quelquefois étrangers à ce qui se passe autour d’eux; ils ne répondent pas aux questions qu’on leur pose, rien ne les détourne de la contemplation de l’idée fixe qui les domine. D’autres fois, ils entendent ce qu’on leur dit, y répondent par monosyllabes et reviennent aussitôt à leur rêverie. Dans quelques cas enfin, ils ne prêtent attention qu’aux questions rentrant dans la systématisation délirante qui les obsède; on peut alors se substituer au personnage avec lequel ils croient converser, à la condition de tenir des propos en rapport avec ceux que pourrait tenir ce personnage.

Dans un certain nombre de cas, la période d’hypnose postconvulsive est moins complexe. Il n’y a pas de délire systématisé, mais les malades chantent à tue-tête, ou bien ils rient à gorge déployée, ou bien encore ils pleurent à chaudes larmes, sans qu’on puisse leur faire dire les motifs de cette joie exubérante ou de cette tristesse profonde.

Enfin, le calme se rétablit, le délire cesse et les malades, ouvrant brusquement les yeux, reviennent à l’état de veille normal. Ils restent d’ordinaire pendant quelques secondes comme étourdis; ils se frottent les paupières, regardent avec étonnement les personnes qui les entourent et demandent ce qui vient de se passer.

Quand l’attaque a été de courte durée, ils réparent tout de suite le désordre de leurs vêtements et reprennent sans plus tarder leurs occupations habituelles. Quand, au contraire, les convulsions ont été violentes et prolongées, ils éprouvent un grand sentiment de lassitude qui les oblige à se reposer pendant quelques heures. Ils ne tombent cependant pas dans l’état de sommeil stertoreux qui succède habituellement aux accès épileptiques.

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La description rapide que je viens de vous faire des principaux phénomènes qui se succèdent dans le cours des attaques convulsives de l’hystérie vulgaire correspond à un groupe important de faits cliniques dans lesquels les attaques se présentent avec tout le cortège de leurs manifestations prémonitoires, convulsives et terminales. A côté de ces cas types, il en est d’autres qui sont incomplets ou irréguliers. Nous les étudierons bientôt; mais auparavant je veux vous montrer par quelques exemples que le tableau que j’ai esquissé devant vous n’est pas une œuvre de fantaisie et qu’il correspond à des observations dont vous pourrez facilement contrôler l’exactitude.

Nous avons précisément en ce moment à la salle VII deux malades sur lesquelles il vous sera loisible de suivre pas à pas l’évolution des attaques, car il ne se passe guère de jours qu’elles n’aient de convulsions à l’heure de la visite; ce sont les nommées Anaïs L... et Élisabeth M...

Observation I. — Hystérie avec attaques convulsives régulières. — Anaïs L... est une grande jeune fille de dix-huit ans, brune, intelligente, affectueuse, très vive et très espiègle. Son père est mort aliéné à l’àge de quarante-sept ans. Sa mère, actuellement âgée de quarante-cinq ans, est d’un caractère très irritable; elle n’a jamais eu d’attaques de nerfs, mais elle est sujette à des névralgies intercostales violentes.

Anaïs paraît avoir joui d’une bonne santé jusqu’à l’âge de six ans. A cette époque, elle fut. placée dans un couvent. Une de ses maîtresses lui ayant donné l’ordre de fermer une fenêtre, elle monta sur un tabouret pour lui obéir; mais la fenêtre, mal assujettie, se détacha du mur et lui écrasa le deuxième métacarpien droit. Sous l’influence de la frayeur et de la douleur, elle eut immédiatement une grande attaque convulsive qui dura une heure. Une seconde attaque, aussi intense que la première, se produisit quand le médecin plaça la main meurtrie dans un appareil. La plaie guérit, du reste, assez rapidement, et pendant plusieurs années il n’y eut pas d’attaques nouvelles.

A douze ans, les règles s’établirent sans accidents. L’année suivante, Anaïs entra en apprentissage dans un atelier de confection. Un dimanche, elle alla à la messe avec une de ses compagnes. Un homme placé à côté d’elles fut frappé d’apoplexie pendant l’office. Anaïs en fut vivement émue. Le spectacle de cet homme agonisant resta présent à son esprit; pendant deux jours, elle ne put penser à autre chose. Le mardi matin, en

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