‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 88 sur 208 · ATTAQUES ÉPILEPTIFORMES · texte numérisé non relu

ATTAQUES ÉPILEPTIFORMES

jusqu’au dernier moment l’espérance de le voir guérir. Quand il eut rendu le dernier soupir, elle poussa un grand cri, perdit connaissance et resta pendant une heure immobile, les membres contracturés; puis elle eut un accès de fou rire et se livra à toutes sortes d’extravagances.

Depuis cette époque, Mme X... est sujette à des attaques spontanées qui se répètent plus ou moins souvent, mais toujours avec les mêmes caractères. \ oici comment se passent les choses. Quand elle doit avoir une attaque, elle sent dès le matin des fourmillements dans les membres, un agacement indescriptible, un sentiment de lassitude générale tout spécial, avec des bâillements répétés et un grand besoin de sommeil. Cet état dure toute la matinée. Vers une heure de l’après-midi, les malaises augmentent, et subitement une contracture tétanique violente s’empare de tous les membres. Pendant deux heures consécutives les muscles restent rigides, immobiles. Au bout de ce temps, la malade commence à faire quelques grimaces, à grincer des dents et à marmotter quelques paroles indistinctes. Peu à peu la contracture se dissipe, la parole devient plus intelligible, les phrases se succèdent avec logique, et, en les écoutant, on se rend fort bien compte qu’elles correspondent à une scène délirante très précise. En général, elles se rapportent à des événements de la vie passée de la malade et particulièrement à des événements dans lesquels sou mari a joué un rôle actif. Un jour, par exemple, dans cette période de son attaque, Mm0 X... s’écrie: « Ferdinand! Ferdinand!... Mais tu vas te noyer!... Vite, un bateau... Dépêchez-vous d’aller à son secours... Vous ne voyez donc pas qu’il va se noyer... Plus vite... Plus vite... », et joignant les gestes à la parole elle s’agite sur son lit et exécute des mouvements semblables à ceux que fait le batelier pour ramer. Tout cela correspond à une scène émouvante dans laquelle le mari de Mm0 X..., Ferdinand, faillit être emporté par le courant pendant une inondation. D’autres fois le délire roule sur des faits récents qui ont impressionné la malade ou frappé son imagination. Dans tous les cas la phase délirante dure vingt minutes environ et se termine tout à coup par une sorte de réveil brusque, après lequel Mmc X... ne se rappelle rien de ce qui s’est passé pendant l’attaque.

Enfin, Messieurs, pour terminer l’énumération des variétés des attaques convulsives anormales des hystériques, je dois vous dire <[iie chez quelques malades les convulsions ressemblent absolument à celles qui caractérisent l’épilepsie partielle 1 ou le grand mal comitial. Assurément ces variétés épileptiformes des convulsions hystériques sont rares, mais il importe de savoir qu’on peut les rencontrer pour éviter, le cas échéant, des erreurs de diagnostic. Gela me conduit à vous parler des rapports de l’hystérie et de l’épilepsie.

1 Voyez à ce sujet : Ballet et Crespin, Des attaques d'hystérie à forme d'épilepsie partielle ( Arch . de netirol., 1884)- — Cliavcot, Leçons sur les maladies du systèmenerveux, 1887, t. III, p. 278.

La plupart des auteurs modernes considèrent l’hystérie et l’épilepsie comme deux névroses complètement distinctes. La doctrine ancienne, d’après laquelle l’hystérie se combinerait avec l’épilepsie pour former une espèce hybride méritant le nom d’hystéro-épilepsie, est abandonnée par la grande majorité des cliniciens. Le mot d 'hystéro- épilepsie, détourné de sa signification primitive, ne sert plus à désigner aujourd’hui que les formes graves de l’hystérie convulsive, particulièrement celles dans lesquelles les mouvements désordonnés du tronc et des membres sont précédés par une période de convulsions toniques semblables à celles qui s’observent au début des accès épileptiques. En réalité, l’hystéroépilepsie est une forme de l’hystérie; elle n’emprunte à l’épilepsie que des apparences symptomatiques grossières; elle n’est pas de nature épileptique L

Tout le monde reconnaît, du reste, que si l’hystérie et l’épilepsie ne se combinent pas, elles peuvent cependant s’associer. Rien n’empêche qu’un même malade soit à la fois hystérique et épileptique; cette association n’est même pas extrêmement rare. Mais dans les cas de ce genre, les deux névroses conservent leur indépendance nosologique; elles évoluent séparément, chacune avec son cortège propre de symptômes et de complications, chacune avec ses accidents spécifiques. Les malades atteints d’hystérie et d’épilepsie ont alternativement des attaques hystériques franches et des accès épileptiques vrais, sans qu’il y ait fusion des deux maladies en une forme convulsive mixte tenant à la fois de l’hystérie et de l’épilepsie.

Les anciens croyaient aussi que l’hystérie et l’épilepsie, appartenant à la même famille pathologique et ne différant en somme que par le degré des accidents, étaient susceptibles de se transformer l’une en l’autre 2.

'Voyez à ce sujet: Charcot Leçons sur les maladies du système nerveux, t. I, XIIIe leçon, sur V hystéro-cpilepsie.

- Van Swieten dit : «Intérim tamen affinia advnodum hæc mala sunt et passio hysterica sæpius observata fuit in epilepsiam mutari. » Georget exprime la même opinion dans les termes suivants : « L’épilepsie a une telle ressemblance avec la cérébropathie spasmodique ou prétendue hystérie que celle-là n'est qu’un degré plus avancé de celle-ci. Outre l’analogie qui existe entre leurs caractères, la transformation de l’une en l’autre ne laisse aucun doute sur la vérité de cette assertion. »

Page 1