‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 94 sur 208 · VINGTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LEÇON

DES ZONES S P A SMOG È X E S (suite cl fin).

SOMMAIRE

I. Siège anatomique des zones spasmogènes : a) zones cutanées; 6) zones sous-cutanées; c) zones viscérales.

II. Disparition temporaire des zones spasmogènes sous l'inlluence de l’électrisation, de l’anémie locale, de la réfrigération, etc.

III. Dole des zones spasmogènes dans les phénomènes de l’aura hystérique.

IV. Importance pratique delà connaissance des zones spasmogènes et spasmo-frénatrices.

Messieurs,

Dans la leçon précédente nous avons étudié la distribution topographique des zones spasmogènes et spasmo-frénatrices sur la tète, le tronc et les membres; mais nous n’avons fait aucune tentative pour déterminer leur siège anatomique précis.

Lorsque, guidés par des observations purement empiriques, nous comprimons les lianes, l’épigastre, le thorax ou les membres d’un hystérique dont nous voulons provoquer ou arrêter les convulsions, nous agissons à la fois sur tous les tissus qui entrent dans la composition de la région comprimée, et nous ignorons, en somme, si les effets qui suivent la compression dépendent de l'excitation de l'un ou de l’autre de ces tissus à l’exclusion des autres. Il importerait cependant d’être fixé sur ce point de la physiologie pathologique des zones hystérogènes, et, le moment me paraît venu de vous indiquer ce que nous savons à ce sujet.

Au point de vue de leur siège anatomique, les zones spasmogènes doivent être divisées en .zones cutanées, zones sous-cutanées et zones viscérales.

250 DES ZONES SPASMOGÈNES.

a) Los zones cutanées sonl les moins communes de toutes. Je puis cependant vous montrer aujourd’hui une malade qui en possède plusieurs, de telle sorte qu’il nous sera facile d’en étudier ensemble les principaux caractères.

Cette malade, nommée Pauline T..., est entrée dans le service à plusieurs reprises pour des accidents hystériques.

Dès les premiers examens auxquels nous l’avons soumise, nous avons constaté quelle avait des zones spasmogènes extrêmement

l'in. 2i, — Zones spasmogènes et spasmo-frénatrices de Pauline T...

excitables, siégeant sur les apophyses épineuses de plusieurs vertèbres, sur les seins, les poignets, les plis du coude, les cuisses, les genoux, les jarrets, sur toute l’étendue des deux jambes, sur le petit doigt de la main gauche, etc. (fl g. 24). Elle avait aussi deux zones spasmo-frénatrices occupant la région épigastrique et la région ovarienne gauche.

Toutes ces zones existent encore aujourd’hui. Elles sont toutes cutanées, en ce sens que leur activité peut être mise en jeu par des excitations superficielles de la peau. Pour provoquer les atta-

/ON ES SOUS - CUTAN ÉES .

ques convulsives, il n’est pas nécessaire de comprima- les points spasmogènes de notre malade; il suffit de les toucher légèrement, de les effleurer avec le doigt ou avec un corps étranger, avec un pinceau à aquarelle, par exemple, de laisser couler sur elles quelques gouttes d’eau froide ou chaude, de les échauffer par le rayonnement d’un corps en ignition ou de les refroidir par la pulvérisation de quelques gouttes d’éther.

Je fais étendre Pauline T... sur un lit et je passe légèrement sur l’une de ses jambes l’extrémité d'un crayon : l’attaque éclate aussitôt. Si on applique sur la peau, au voisinage des limites de ces zones spasmogènes cutanées, deux électrodes, et qu’on lance par leur intermédiaire une forte secousse d’induction ou de courant de pile, on provoque également les convulsions. 11 en est de même si on fait partir une étincelle statique de l’un quelconque des points de la peau qui recouvre les zones du tronc ou des membres.

Les zones des jambes sont tellement excitables que si la malade ne prend pas de grandes précautions pour mettre ou pour ôter ses bas, elle est exposée à se donner elle-même des attaques convulsives. Cet accident s’est produit déjà plusieurs fois, et ce qui rend sa production particulièrement facile, c’est que, malgré sa remarquable excitabilité, la peau des jambes n’est le siège d’aucune espèce de douleur spontanée. Du côté gauche elle est même tout à fait anesthésique.

Les zones cutanées siègent évidemment dans la peau, ou mieux dans les expansions nerveuses terminales de la peau. Il est curieux de constater à ce sujet qu’elles peuvent se rencontrer sur des régions cutanées qui sont complètement anesthésiques.

Faut-il en conclure que ce ne sont pas les nerfs sensitifs qui sont les agents de transmission des excitations hystérogènes? Je n’essaierai pas de répondre à cette question, bien résolu que je suis à n’introduire aucune interprétation physiologique dans l’étude des faits cliniques dont nous nous occupons actuellement.

b) Les zones sous-cutanées sont beaucoup plus communes que les zones cutanées. Elles diffèrent de ces dernières par ce fait que les excitations limitées à la peau ne sont pas capables d’éveiller leur activité. Voici, par exemple, la nommée Marie M..., que vous avez vue dans la dernière leçon. Elle a, vous vous en souvenez sans doute, une zone spasmogène au niveau du pli du

Page 1