‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 97 sur 208 · APPLICATIONS PRATIQUES · texte numérisé non relu

APPLICATIONS PRATIQUES

les douleurs de l’aura hystérogène surviennent, l’aura ovarienne les suit de près, et finalement les convulsions hystériques se produisent.

Lorsque l’excitation provocatrice de l’attaque est représentée par la compression de l’une quelconque des zones spasmogènes des membres, du thorax ou de la tète, il n’y a pas d’aura psychique, mais l’excitation des points spasmogènes est suivie de l’aura ovarienne. Pour se rendre bien compte de la succession des phénomènes dans les expériences de ce genre, il faut choisir des zones modérément excitables et exercer sur elles une pression légère et soutenue. La malade éprouve alors, au niveau même de la zone comprimée, une douleur profonde, constrictive. Puis elle sent que la boule ovarienne « se décroche » et commence son ascension à travers l’abdomen et le thorax. 11 n’v a pas, en général, d’irradiations intermédiaires entre la douleur locale de la zone excitée et la sensation de boule ovarienne. Les convulsions commencent, comme dans les attaques spontanées, quand la boule est arrivée à la gorge.

Les attaques provoquées par l’excitation de la région ovarienne ne sont précédées ni par une aura psychique ni par une aura hystérogène. La malade éprouve tout de suite la sensation de la boule hystérique qui s’élève et l’étrangle.

En résumé, les prodromes complets des attaques hystériques spontanées se composant de trois phases successives, on peut provoquer l’explosion des convulsions en donnant artificiellement naissance aux sensations qui caractérisent l’une ou l’autre de ces phases prodromiques. Dans ces cas, les phénomènes pathologiques évoluent suivant l’ordre régulier de leur succession naturelle dans les prodromes des attaques spontanées, à partir de la phase qui a été artificiellement provoquée; l’excitation expérimentale n’a pas d’effets rétroactifs.

La connaissance des zones spasmogènes et spasmo-frénatrices a une grande importance pratique.

J’ai des raisons sérieuses de penser que, dans un bon nombre de cas, les attaques violentes et prolongées des petites hystériques sont entretenues par l’excitation involontaire et inconsciente des zones spasmogènes de ces malades. Les personnes qui les entourent s’empressent autour d’elles, et, avec les meilleures intentions

DES ZONES SPASMOGÈNES.

du monde, s’efforcent de les maintenir aussi énergiquement que possible. Que la malade ait plusieurs zones excitables, et ce sera un hasard heureux si l’une d’elles n'est pas comprimée par ces aides trop dévoués, et si cette compression ne provoque pas des reprises incessantes des convulsions.

Les liens résistants, les camisoles de force, qu’on se croit trop souvent obligé d’employer, ont quelquefois le même effet.

Nous avons eu récemment dans le service un exemple frappant de cette influence fâcheuse de l’excitation involontaire des zones spasmogènes sur la prolongation indéfinie des attaques convulsives. Il nous a été fourni par la nommée Pauline T..., sur laquelle je vous ai montré, il y a quelques instants, des zones cutanées d’une si remarquable excitabilité. La première fois qu’on la conduisit à l’hôpital, ce fut à la suite d’une attaque convulsive qui avait duré douze heures consécutives. Les attaques qu’elle eut les jours suivants dans le service se prolongèrent aussi fort longtemps. Les efforts qu’on faisait pour maintenir la malade semblaient augmenter la violence des convulsions au lieu de les calmer. Sur ces entrefaites, nous découvrîmes ses zones cutanées des membres. Ordre fut donné de ne plus chercher à IA maintenir de force, si elle venait à avoir des attaques nouvelles, et de se contenter de l’empêcher de tomber de son lit, en ayant bien soin de ne comprimer aucun des points excitables des membres. Depuis cette époque, elle a eu des attaques très nombreuses, mais jamais les convulsions n’ont duré plus de quelques minutes.

La possibilité de provoquer ou d’arrêter à volonté les attaques convulsives peut fournir au médecin les moyens de rendre aux malades de réels services.

Les cas où il y a avantage à provoquer des attaques ne sont pas rares.

Quelquefois les phénomènes de l’aura spontanée se prolongent et donnent lieu à des souffrances pénibles. Il suffit de provoquer artificiellement l’attaque pour faire cesser les angoisses et les douleurs qui dépendent de l’aura.

D’autres fois les attaques convulsives des hystériques sont suivies de certains accidents persistants, tels que contracture ou paralysie des membres, chorée saltatoire, spasmes rythmiques, etc., qui peuvent disparaître à la suite d’une nouvelle attaque spontanée ou provoquée.

Enfin, il est des cas dans lesquels la provocation possible

A PPL I G ATI 0 N S PR ATI QU ES .

d’une attaque convulsive par l’excitation d’une zone spasmogène permet de fixer sur-le-champ un diagnostic difficile ou incertain. J'ai eu l’occasion récemment d’apprécier la valeur de ce moyen de diagnostic dans une circonstance particulièrement délicate, car l’erreur pouvait avoir les plus désastreuses conséquences.

Voici le fait : Je fus appelé, il y a quelques mois, par un médecin des environs de Bordeaux pour voir une de ses parentes, malade depuis la veille seulement et dont l’état inspirait déjà de terribles inquiétudes. Je me rendis aussitôt à l’appel de mon confrère. La malade était une jeune femme de vingt -quatre ans, enceinte de cinq mois et jouissant habituellement d’une excellente santé. La veille au soir elle avait dîné chez un de ses parents. Après le repas, et à la suite d’une contrariété sans importance, elle avait été prise subitement de convulsions violentes qui s’étaient reproduites toute la nuit à des intervalles rapprochés. Un chirurgien et un accoucheur appelés en consultation dès le matin avaient posé le diagnostic de convulsions éclamptiques et avaient conseillé l’avortement immédiat. Je vis la malade dans l’après-midi, vingt et une heures après le début des accidents. Elle ne répondait pas aux questions qu’on lui posait et paraissait être absolument privée de connaissance. De temps en temps elle avait de violentes convulsions cloniques, après lesquelles elle retombait aussitôt dans le coma. La température de la peau était normale; le pouls, régulier, battait 72 fois par minute. Les pupilles, moyennement dilatées, réagissaient très bien sous l’influence de la lumière. La malade n’avait eu ni selles ni miction involontaires. L’urine retirée par la sonde était claire, abondante et ne renfermait pas de traces d’albumine. Les battements de cœur du fœtus pouvaient être perçus dans la région iliaque gauche. Cet ensemble de symptômes me laissait des doutes sur la nature éclamptique des accidents. .Mais la situation était assez pressante pour qu’on ne se contentât pas de présomptions plus ou moins hypothétiques. Je recherchai alors s’il existait sur quelque point du corps une zone spasmogène. La pression de la colonne vertébrale, des jarrets, des plis du coude resta inefficace. Mais, pendant que je pressais un point limité situé au-dessous du sein gauche, la malade se raidit tout à coup et eut une attaque de convulsions cloniques tout à fait semblable aux convulsions hystériques vulgaires. Cela pouvait être une simple coïncidence. J’attendis que l’attaque fût calmée, puis je pressai de nouveau la région sous -mammaire gauche, et les convulsions

DES ZONES SPASMOGÈNES.

recommencèrent aussitôt avec les mêmes caractères. Après cela il n’y avait plus de doute possible. Ma conviction était faite ainsi que celle de mon confrère. Nous pûmes affirmer à la famille de la malade qu’il ne s’agissait pas là de convulsions éclamptiques, mais de convulsions hystériques, ce qui comportait un tout autre pronostic. Nous nous contentâmes de conseiller quelques inhalations d’éther; les accidents se calmèrent rapidement, et la malade accoucha, au terme normal de sa grossesse, d’un enfant vivant et bien portant.

Des faits du même genre se présenteront peut-être un jour ou l’autre à votre observation. N’oubliez pas, si cela arrive, que la découverte d’une zone spasmogène peut, en un instant, faire cesser votre embarras, et n’hésitez pas à en faire la recherche avec le plus grand soin.

La possibilité d’arrêter les attaques convulsives par la compression des zones spasmo-frénatrices est une ressource précieuse dont le médecin a le devoir de se servir toutes les fois que les convulsions sont trop violentes ou trop prolongées. Il évitera ainsi aux malades des fatigues inutiles et à leurs familles les inquiétudes exagérées que cause presque toujours le spectacle de grandes attaques convulsives.

En résumé, la connaissance des zones spasmogènes et spasmofrénatrices met le médecin en mesure de rendre aux malades plusieurs sortes de services :

1° Elle lui permet d’éviter que les convulsions des hystériques soient exagérées ou prolongées par des manœuvres maladroites et inopportunes;

2° Elle lui fournit le moyen de provoquer artificiellement des attaques convulsives, ce qui peut être avantageux, soit pour faire cesser l’état pénible qui accompagne les auras prolongées, soit pour modifier certains accidents permanents de l’hystérie, soit pour fixer un diagnostic incertain;

3° Enfin, elle l’arme d’un moyen très efficace pour arrêter instantanément, dans beaucoup de cas, les attaques convulsives les plus violentes.

Ces avantages pratiques justifieront, je l’espère, les développements dans lesquels j’ai cru devoir entrer sur l’étude des zones spasmogènes et spasmo-frénatrices.

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