VINGT ET UNIÈME LEÇON
SOMMAIRE
1. Insuffisance des théories anciennes des attaques hystériques. Exposé des idées de Briquet.
II. Discussion de la théorie de Briquet. 1° Existe-t-il des centres encéphaliques des passions affectives? 2° L’excitation de ces centres donne-t-elle lieu à des réactions spéciales? 3° L'exagération de ces réactions peut-elle rendre compte des attaques hystériques?
III. Analyse expérimentale des mouvements résultant de l’excitation corticale du cer-
veau : mouvements simples et convulsions épileptoïdes. Analogies de ces réactions motrices avec celles qui se produisent dans les attaques hystériques.
IV. Interprétation pathogénique des différents phénomènes des attaques convulsives
hystériques.
Messieurs,
Les convulsions hystériques dont nous avons étudié les caractères dans les leçons précédentes, ont évidemment pour condition causale immédiate, un état morbide de l’activité des centres nerveux. Quel est cet état? Sur quels éléments anatomiques siège-t-il? Par quel mécanisme arrive-t-il à déterminer la production et la sériation des phénomènes qui constituent les attaques convulsives? Telles sont les questions que je voudrais essayer de traiter aujourd’hui devant vous.
Je sais bien que, dans l’état actuel de nos connaissances, c’est là une entreprise difficile. Mais qu’importe 1 Alors même que cette incursion dans le domaine des interprétations pathogéniques ne devrait nous conduire à aucune solution définitive, elle aurait toujours l’avantage de nous obliger à réfléchir à quelques-uns des problèmes les plus ardus de la physiologie pathologique, et de nous forcer à établir, en quelque sorte, à propos d’un cas particulier, le bilan de nos connaissances générales sur le fonctionnement des organes centraux de l’innervation.
L’histoire des théories à l’aide desquelles les anciens ont cherché a expliquer les convulsions hystériques est plus amusante qu’utile. Elle peut avoir de l’attrait pour les curieux qui cherchent à se rendre compte des origines et de l’évolution des doctrines médicales, mais elles manquent absolument d’intérêt pour les physiologistes qui désirent trouver dans les interprétations scientifiques autre chose que de futiles accumulations d’hypothèses sans fondement. Or, les théories anciennes de l’hystérie reposent entièrement sur des erreurs ou des superstitions si grossières qu’elles ne méritent même plus la discussion.
Ce serait perdre notre temps que de nous arrêter à exposer et à combattre : soit la doctrine hippocratique, d’après laquelle l’utérus serait un petit animal capricieux et volage, inclus dans un animal plus grand et capable d’entreprendre des promenades à travers les grandes cavités splanchniques de ce dernier, en causant des perturbations organiques graves, des suffocations, des palpitations, des convulsions, tout le long de son passage; soit la doctrine galénique, d’après laquelle la passion utérine serait le résultat de l’élaboration, dans la matrice insuffisamment satisfaite, d’humeurs peccantes susceptibles de monter au cœur et au cerveau; soit la doctrine des démonologistes, d’après laquelle les attaques hystériques seraient produites par la malice de méchants diables ayant élu domicile dans le corps des malades et prenant un cruel plaisir à démontrer leur puissance en terrassant leur victime et en la jetant dans d’horribles convulsions. D’ailleurs, si vous désiriez connaître par le détail ces théories surannées, vous en trouveriez l’exposition et la critique dans plusieurs ouvrages classiques, particulièrement dans celui de Briquet.
C’est aussi dans cet ouvrage que vous trouverez la première tentative sérieuse d’explication physiologique des attaques convulsives de l’hystérie, celle qui doit servir de base et de point de départ à notre étude actuelle.
Briquet considère comme établi qu’il existe dans l’encéphale une portion destinée aux passions affectives. Toute excitation vive de cette portion des centres nerveux se traduit extérieurement par un ensemble de manifestations qui représentent, à un